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Montée des eaux : une chercheuse nantaise alerte sur nos côtes atlantiques Radio Fidélité
Cet hiver, la Loire est montée comme on ne l’avait pas vu depuis plus de 30 ans. Des habitants ont été évacués, des records ont été battus à Nantes. Et pourtant, cette même région qui s’est retrouvée sous les eaux en février est aussi celle qui sera de plus en plus exposée aux sécheresses. Un paradoxe apparent, que la science explique très bien.
Agnès Baltzer, enseignante chercheuse à l’université de Nantes et au laboratoire LETG (Littoral, Environnement, Télédétection, Géomatique) en géographie physique, travaille sur ces questions depuis des années, du Groenland jusqu’à l’île d’Yeu. Elle était l’invitée de notre émission ce matin.
Un système mondial, des conséquences locales
Tout commence par un mécanisme simple à comprendre : l’accumulation de gaz à effet de serre réchauffe la surface de la Terre, ce qui amplifie l’évaporation, augmente la quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère et modifie les grandes circulations océaniques et atmosphériques. Résultat : des pluies plus intenses, des épisodes extrêmes plus fréquents.
Agnès Baltzer travaille notamment en Arctique, où les signaux sont particulièrement nets. « Depuis 2015, on a vraiment changé de système », explique-t-elle. En hiver, il pleut désormais là où il neigeait autrefois. Les glaciers continentaux ne parviennent plus à se reconstituer suffisamment pour résister à la fonte estivale. Et des glaciers qui fondent, cela signifie un niveau marin qui monte.
Ce niveau marin pourrait augmenter de 60 centimètres d’ici 2050, selon plusieurs études. Pour notre littoral atlantique et l’estuaire de la Loire, les conséquences sont déjà lisibles dans le paysage. Les marais bretons, les marais de Guérande : ces zones étaient autrefois sous l’eau, elles ont été comblées par les sédiments, et elles pourraient l’être de nouveau.
Plage par plage, un diagnostic sur mesure
Ce qui rend le travail des chercheurs particulièrement complexe, c’est que la montée des eaux n’agit pas de façon uniforme. Les sédiments se déplacent, les plages bougent, certains secteurs s’érodent quand d’autres se reconstituent. Sur l’île d’Yeu, où Agnès Baltzer mène des relevés mensuels sur huit sites depuis plus de huit ans, chaque plage raconte une histoire différente.
« On est obligé de raisonner plage par plage, ou petits morceaux par petits morceaux », dit-elle. Construire un grand mur de protection sur tout le littoral ? « Ça ne marche pas, on le sait, ça coûte très cher et ça ne sert absolument à rien. » La réponse doit être locale, précise, adaptée à la nature du sol, à l’orientation des tempêtes, à la composition de la côte.
S’adapter maintenant plutôt que subir demain
Le mot clé, pour Agnès Baltzer, c’est l’adaptation. Et surtout, l’anticipation. Le port de Brest, par exemple, est déjà en train de rehausser ses quais d’un mètre cinquante. « Plus on fait des choses en avance, moins on sera au pied du mur », insiste-t-elle. Attendre le dernier moment, c’est se priver du temps nécessaire pour tester des solutions, ajuster, recommencer si besoin.
Mais pour s’adapter, encore faut-il avoir les moyens d’agir. Et là, le bât blesse. L’île d’Yeu, commune isolée et non membre d’une communauté de communes, n’a pas accès aux mêmes aides que d’autres territoires. Des décharges anciennes enfouies sous des zones Natura 2000 compliquent les interventions. Le cadre administratif, conçu pour d’autres réalités, peine à suivre l’urgence du terrain.
La chercheuse appelle à une approche intégrée : que les scientifiques, les élus, les services de l’État et les habitants puissent communiquer directement, sans silos, pour trouver ensemble les bonnes réponses.
Jouer pour apprendre, sans anxiété
Face à l’éco-anxiété qui touche de nombreux jeunes, Agnès Baltzer et son laboratoire ont imaginé une autre façon de transmettre les connaissances : une escape box. Sur le principe de l’escape game, les participants doivent résoudre des énigmes en groupe pour passer d’un tiroir à l’autre, en apprenant au fil du jeu les mécanismes du changement climatique et de la montée des eaux.
« En jouant, on apprend de façon certaine des choses qui vont vraiment se graver », explique-t-elle. Contrairement à un cours magistral, le jeu engage activement les participants, stimule la coopération et ancre les connaissances dans la mémoire. Et surtout, il permet de sortir de la sidération pour retrouver une forme d’élan.
Car c’est bien là l’enjeu : comprendre ce qui se passe pour pouvoir agir. Pas dans 50 ans. Maintenant.