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Violences faites aux enfants : le collectif Enfantiste se mobilise Radio Fidélité
La mort de Lyana, 11 ans, retrouvée sans vie dans le Gers, a mis des milliers de personnes dans la rue. Près de 2 000 manifestants se sont réunis devant le palais de justice de Nantes lundi soir. Et chaque lundi, le mouvement se poursuit. À Nantes, à Saint-Nazaire, à Angers, des rassemblements continuent de se tenir devant les tribunaux. Le collectif Enfantiste est l’un des moteurs de cette mobilisation.
Un angle mort politique
Créé en 2022, le collectif Enfantiste est né d’un constat : aucun parti politique ne traitait l’enfance comme un véritable enjeu de société lors des élections présidentielles. Claire Bourdille, militante féministe, a fondé le collectif pour combler ce vide. « Dans tous les programmes, aucun parti politique ne mentionnait l’enfance comme un vrai sujet politique », explique Nathalie, membre du collectif Enfantiste 44.
Depuis, le collectif défend les droits de tous les enfants, sans exception : enfants racisés, en situation de handicap, LGBTQIA+. L’objectif est aussi de rappeler que la Convention internationale des droits de l’enfant, adoptée il y a 36 ans, reste largement inappliquée.
L’adultisme, racine du problème
Pour le collectif, il ne suffit pas de dénoncer les violences visibles. Il faut remonter plus loin. Le mot clé, c’est l’adultisme : la tendance à considérer les enfants comme des êtres inférieurs aux adultes, ce qui ouvre la voie à toutes les formes de domination.
« La racine de tout ça, c’est toutes les violences dites éducatives, dites ordinaires dans les familles. Notre société est adultiste », résume Nathalie. Le collectif demande que les enfants soient traités à égalité des adultes, conformément aux textes internationaux que la France a pourtant signés.
Des chiffres qui donnent le vertige
Les données avancées par la militante sont saisissantes. 160 000 enfants seraient victimes de violences sexuelles chaque année. 200 000 enfants subiraient des maltraitances chaque jour. 400 000 enfants seraient exposés aux violences conjugales chaque année. Des chiffres qui, mis bout à bout, représentent des millions d’adultes portant aujourd’hui les séquelles de leur enfance.
Et c’est précisément ce poids du passé qui peut freiner la protection des enfants d’aujourd’hui. « Le traumatisme est tellement fort qu’il peut nous empêcher de protéger les enfants d’aujourd’hui », observe Nathalie. Les adultes eux-mêmes, parfois anciens victimes, peinent à reconnaître les signaux que les enfants envoient pourtant clairement : comportements agités, attitudes corporelles, dessins, gestes. « Les enfants parlent, ils hurlent même. C’est nous, adultes, qui ne sommes pas en capacité de les entendre. »
Une loi intégrale réclamée, mais fragilisée
Une pétition approchant les 300 000 signatures réclame une loi intégrale contre les violences faites aux enfants, déposée fin 2025. Le collectif soutient l’idée, mais avec des réserves. Avec les élections présidentielles à venir, Nathalie doute que le texte passe en l’état. Elle regrette aussi que le projet ait déjà perdu « beaucoup de sa substance » et qu’il se concentre davantage sur les violences faites aux femmes que sur celles faites aux enfants.
Sur le fond, le collectif ne croit pas que l’alourdissement des peines suffise. Ce qu’il réclame, c’est une politique de prévention : des cours de sensibilisation dans les établissements scolaires, des dispositifs de protection renforcés, une vraie volonté politique. « En 2023, la commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants avait proposé 82 préconisations. Elles ne sont toujours pas appliquées », rappelle Nathalie.
Des rassemblements ouverts à tous
Lors des manifestations, un déséquilibre saute aux yeux : très peu d’hommes. Nathalie ne l’explique pas, mais lance un appel. « On est tous des alliés des enfants, ou on devrait l’être. La porte est grande ouverte. » Elle insiste aussi sur une idée souvent mal comprise : dans les violences faites aux enfants, la responsabilité n’est pas uniquement masculine. Des femmes aussi, parfois, ne protègent pas, ou n’en ont pas la possibilité face à la pression familiale ou judiciaire.
Le collectif continuera ses rassemblements chaque lundi devant les palais de justice de Nantes, Saint-Nazaire et Angers. Un combat de longue haleine, qui espère peser sur l’agenda politique des mois à venir.