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Choeur Allegretto : 70 ans de chant choral à Nantes

micRadio Fidélitétoday26 mai 2026 8

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    Choeur Allegretto : 70 ans de chant choral à Nantes Radio Fidélité


Allegretto : 70 ans de chant choral à Nantes, cap sur l’Espagne

Depuis 1954, le chœur Allegretto fait vibrer Nantes au rythme de ses harmonies. À quelques jours de trois concerts exceptionnels consacrés à l’Espagne, Odile Carrette, sa chef de chœur, nous ouvre les coulisses d’une aventure musicale qui traverse les siècles. De la Renaissance aux arrangements audacieux du Boléro de Ravel, ce voyage vocal promet de bousculer les codes.

ARTICLE

Un héritage qui traverse les générations

Soixante-dix ans d’existence, ça ne s’improvise pas. Le chœur Allegretto, c’est un peu l’institution musicale nantaise qu’on ne présente plus. Fondé en 1954 sous le nom de Printemps et Joie, cet ensemble a connu plusieurs vies. « C’est un vieux cœur de Nantes », sourit Odile Carrette avec une pointe de fierté dans la voix. Un vieux cœur, certes, mais qui bat toujours aussi fort.

Longtemps dirigé par Yves Letort, le chœur a su évoluer sans renier ses racines. Quand Odile Carrette arrive il y a une dizaine d’années, elle commence par seconder ce chef historique. Une transmission douce, progressive. « On s’est bien entendu avec Yves Letort. Il était content de pouvoir se reposer un petit peu sur moi », raconte-t-elle. Cette collaboration va durer jusqu’en 2020, année du décès d’Yves Letort. Depuis, Odile a repris les rênes. Seule.

Du pupitre d’orgue à la baguette de chef

Professeur des écoles de métier, Odile Carrette a fait un choix radical : quitter l’Éducation nationale pour se consacrer pleinement à la musique. Un virage à 180 degrés? Pas vraiment. « Le fait de transmettre, le fait de faire apprendre, ça j’aime beaucoup », confie-t-elle. Partir de rien pour construire quelque chose. Que ce soit avec des enfants de primaire ou des choristes amateurs, la démarche reste la même.

Formée à l’orgue à Roubaix et à la direction de chœur à Nantes, elle a ce profil hybride qui fait les bons pédagogues. D’ailleurs, beaucoup d’organistes deviennent chefs de chœur. La raison? « Il faut lire les trois portées en même temps. Donc le cerveau, il travaille bien. » Un entraînement mental qui s’avère précieux quand on doit coordonner 45 voix.

Elle se souvient avoir battu la mesure pour la première fois à huit ans. Premier geste appris au conservatoire, premier amour musical. La boucle est bouclée.

L’équilibre délicat entre exigence et plaisir

Diriger 45 amateurs chaque semaine, c’est jongler avec des personnalités, des niveaux, des attentes différentes. Comment maintenir le cap sans que personne ne décroche? « S’il n’y a pas d’exigence, il n’y a pas de plaisir », tranche Odile Carrette. Une formule qui peut paraître sévère mais qui cache une vérité profonde. Le plaisir naît de la progression, de la satisfaction d’avoir dépassé ses limites.

Le COVID a laissé des traces. Comme beaucoup d’ensembles, Allegretto a perdu des choristes. De 60 voix, ils sont passés à 45. Mais l’essentiel demeure : une ambiance chaleureuse, des amitiés solides. « C’est un cœur qui s’entend très bien, qui sont des amis en général », précise la chef de chœur.

Et comme dans toutes les chorales, même constat : les hommes manquent à l’appel. Six ténors et basses pour tenir face aux pupitres féminins. « C’est juste pour avoir un petit peu plus de corps », explique Odile. Un appel à peine voilé aux messieurs qui voudraient tenter l’aventure.

Les conditions d’entrée? Chanter juste, évidemment. Lire la musique, c’est mieux mais pas obligatoire. Et surtout, avoir envie. Le reste viendra.

Un voyage ibérique de cinq siècles

Cette saison, Allegretto met le cap sur l’Espagne. Pas l’Espagne des clichés touristiques, non. L’Espagne musicale, celle qui s’étire de la Renaissance jusqu’à nos jours. « J’aime beaucoup les maîtres de la Renaissance espagnole, je trouve que c’est très riche », explique Odile Carrette. Morales, Victoria… Ces compositeurs qui ont façonné la musique sacrée européenne.

Mais voilà, comment construire un programme cohérent qui embrasse cinq siècles? L’exercice relève du casse-tête. « Ce n’est pas très facile, surtout dans quel ordre on va mettre les pièces. » Le choix s’est porté sur une progression chronologique : démarrer avec la Renaissance, glisser vers les contemporains, puis terminer en apothéose.

Car le final sera spectaculaire. Le Boléro de Ravel, rien que ça. Arrangé pour chœur. « Il y a longtemps que j’avais envie de faire le Boléro de Ravel », avoue la chef de chœur. Mais comment intégrer Ravel dans un programme espagnol alors qu’il est français? Par l’inspiration, pardi. Cette œuvre hypnotique aux accents ibériques trouve naturellement sa place.

Quand Ravel rencontre le chant choral

Faire chanter le Boléro à un chœur, c’est un sacré défi technique. « C’est très compliqué », reconnaît Odile Carrette. D’abord, il a fallu trouver un arrangement. Pas question de s’y coller elle-même. Puis vient la question des paroles. Ou plutôt de leur absence. Dans la version retenue, pas de texte inventé. Juste des vocalises sur « a ».

Les choristes ont été un peu déroutés au début. Normal. Ils ont l’habitude de s’appuyer sur des mots, des phrases. Là, il faut tenir une ligne mélodique pure, sans béquille textuelle. L’harmonisation contemporaine n’arrange rien. Mais ils y arrivent. Petit à petit. Soutenus par un percussionniste qui assurera la fameuse caisse claire, ce rythme obsédant qui structure l’œuvre.

Entre sacré et profane, le grand écart assumé

À côté des pièces Renaissance, le programme fait la part belle à la musique populaire. Besame Mucho côtoie les motets sacrés. Un grand écart? « C’est un choix complètement assumé », affirme Odile. Elle apprécie particulièrement la musique traditionnelle quand elle est harmonisée à quatre voix. « Le public reconnaît, il l’aime et il est surpris aussi. »

Cette stratégie vise à élargir l’audience. Ne pas réserver le concert aux seuls initiés de musique classique. Toucher un public diversifié. « Il y en a pour tous les goûts », résume-t-elle. Une approche démocratique qui colle parfaitement à l’ADN d’un chœur amateur.

Parmi les pièces du programme, Pablo Casals occupe une place spéciale dans le cœur d’Odile. Trois œuvres du violoncelliste catalan figurent au répertoire, dont El Cant dels Ocells (Le Chant des oiseaux). « C’était son œuvre favorite. Il la jouait au violoncelle et nous, on la chante. » Un hommage vibrant à ce géant de la musique.

La magie du concert, cette récompense ultime

Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à consacrer autant d’énergie à diriger un chœur amateur? « C’est toujours une satisfaction d’entendre ce qu’on voudrait entendre », confie Odile Carrette. Voir le puzzle se construire semaine après semaine. Partir du brouillon pour arriver au chef-d’œuvre. Enfin, presque.

Mais la vraie récompense arrive au moment du concert. Quand Odile se retourne vers le public et qu’elle voit les sourires. « C’est très gratifiant. Vous dites ça y est, j’ai fait mon boulot. » Ces instants magiques où l’émotion circule, où la musique crée du lien. C’est pour ça qu’on fait de la musique ensemble, non?

Trois rendez-vous à ne pas manquer

Les 30 et 31 mai, puis le 3 juin, Allegretto investira trois églises nantaises. D’abord Saint-Claire à Nantes le 30 mai, puis Saint-Herblain le lendemain, et enfin la chapelle de l’Immaculée le 3 juin. Cette dernière bénéficie d’une acoustique exceptionnelle, un écrin idéal pour ce répertoire.

Trouver des créneaux disponibles, louer un piano, coordonner la logistique… L’organisation repose sur une équipe soudée. « Ils travaillent très bien », salue la chef de chœur. Car diriger, c’est aussi s’appuyer sur un collectif qui dépasse le seul aspect musical.

Et après? Un concert de Noël se profile déjà à l’horizon. Mais chaque chose en son temps. Pour l’instant, cap sur l’Espagne.

De la Renaissance au Boléro de Ravel, Allegretto nous rappelle que la musique chorale reste un art vivant, capable de traverser les siècles sans prendre une ride – à condition d’oser mélanger les genres et d’accueillir chacun avec le sourire.


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