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Disparition de Manon Relandeau : comment mieux prévenir les violences faites aux femmes ?

micRadio Fidélitétoday13 mai 2026 11

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Disparition de Manon Relandeau : quand demander de l’aide devient le moment le plus dangereux

Le paradoxe terrifiant de l’appel à l’aide

Manon avait franchi le pas. Ce cap si difficile à passer pour tant de femmes. Elle avait contacté Citad’elles, cette association nantaise reconnue dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Mais voilà, elle n’est jamais arrivée à son rendez-vous.

Mahaut Bertu, première adjointe finance à la maire de Nantes en charge de l’égalité et de la lutte contre les discriminations, ne peut pas commenter cette affaire spécifique. L’enquête suit son cours. Mais elle confirme ce que les chiffres hurlent depuis des années : « Le moment où les femmes parlent, se saisissent d’une association, c’est parfois le moment où elles se disent qu’il est temps de partir. Et ça peut être les moments où les violences s’accélérent, où on a le plus grand risque de féminicide. »

C’est terrible, non ? Le moment où vous trouvez enfin le courage de demander de l’aide devient potentiellement le plus dangereux. Comme si oser espérer une vie meilleure déclenchait une mécanique infernale.

Des outils pour sécuriser l’invisible

Comment protéger une femme qui demande de l’aide quand son conjoint surveille son téléphone ? Quand chaque appel, chaque recherche internet peut la trahir ? Les associations ont dû s’adapter à cette surveillance numérique croissante.

« Quand les femmes précisent qu’elles sont surveillées, c’est noté, et les professionnels ne les rappellent jamais, ne les contactent pas », explique Mahaut Bertu.

Tout est discuté, pesé, calculé pour ne jamais mettre ces femmes plus en danger qu’elles ne le sont déjà. Pensez-y une seconde. On parle de femmes qui doivent effacer leurs traces comme des fugitives. Dans leur propre maison.

La violence n’a pas d’adresse

Saint-Étienne-de-Montluc, où vivait Manon, se trouve à une vingtaine de kilomètres au nord de Nantes. Un cadre rural, des exploitations agricoles, du calme apparent. Est-ce que l’éloignement favorise ces drames ? La réponse n’est pas si simple.

Les chiffres de Citad’elles montrent une répartition assez stable : plus de 50 % des femmes accompagnées sont nantaises, 85 % viennent de Nantes et sa métropole, 16 % du département hors métropole. « Ce qu’on voit, c’est que les femmes qui viennent ont tous les âges, tous les profils. Les violences sont absolument partout », constate Mahaut Bertu.

Partout. Le mot résonne. Ça veut dire dans les appartements du centre-ville comme dans les fermes isolées. Chez les cadres supérieurs comme chez les ouvriers. La violence conjugale ne discrimine pas selon le code postal ou la catégorie socioprofessionnelle.

Des structures qui craquent sous la pression

Depuis 2019, Citad’elles propose un accompagnement global. On peut y déposer plainte directement, la police et la gendarmerie se déplacent sur place. Mais porter plainte n’est pas obligatoire. Certaines femmes cherchent d’abord un soutien psychologique, un espace pour respirer, pour comprendre. « Chaque femme y trouvera ce dont elle a besoin », résume l’adjointe.

Sauf que. Il y a un énorme « sauf que ». Les associations sont à bout de souffle. Citad’elles est financée à 50 % par la ville de Nantes, en grande partie par la métropole. Mais d’autres financeurs se sont retirés. La région notamment.

Les chiffres donnent le tournis : le budget régional consacré à l’égalité femmes-hommes est passé de 670 000 euros à 60 000 euros en 2020, puis environ 10 000 euros en 2026. L’observatoire régional des violences a fermé. Des associations ont dû annuler leurs permanences en milieu rural depuis 2024. Plus aucune permanence sur la côte non plus.

« Concrètement, des femmes qui habitent ces territoires n’ont plus de solution et sont obligées de venir à Citadelle avec des trajets longs », déplore Mahaut Bertu. Elle ne mâche pas ses mots : « Quand les associations sont en danger, ce sont les femmes qui sont encore plus en danger. »

Le masculinisme, cette menace qui monte

On pourrait se dire qu’avec la parole qui se libère, avec #MeToo et tous ces mouvements, les choses s’améliorent. Détrompez-vous. Le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes vient de sortir un rapport alarmant sur la montée du masculinisme.

« Des hommes et des jeunes hommes s’organisent, échangent ensemble, s’alimentent sur leur haine des femmes », explique Mahaut Bertu. Elle parle de cette enquête récente sur un forum où des milliers d’hommes discutaient tranquillement de comment soumettre chimiquement leur conjointe pour la violer. Tranquillement. Comme on parlerait bricolage ou jardinage.

« On se rend compte à quel point c’est terrible ? Ces hommes-là le font en toute impunité », s’indigne-t-elle. En France, on compte plus de trois tentatives de féminicide par jour. Par jour. Et rappelons ce chiffre glaçant : 9 victimes de viol ou tentative de viol sur 10 connaissent leur agresseur.

Ce qui manque cruellement

Alors qu’est-ce qu’on fait ? Qu’est-ce qui manque dans tout ce dispositif qui semble pourtant se développer ?

« La prévention », répond sans hésiter Mahaut Bertu. L’éducation au consentement dès le plus jeune âge. Apprendre aux enfants ce qui est acceptable ou non. « On a plein d’enfants qui aujourd’hui ne savent pas qu’ils vivent des choses absolument anormales », notamment dans les cas d’inceste.

Puis il faut des réponses judiciaires fortes. Montrer aux agresseurs qu’il n’y a pas d’impunité. Que les peines sont lourdes. Qu’ils ne peuvent pas se sentir tout-puissants dans leur rapport aux femmes. « On a besoin d’un renforcement de l’ensemble des actions, de la prévention à l’accompagnement des victimes, aux réponses au niveau de la justice », insiste-t-elle.

Parce qu’aujourd’hui, on vit dans une société où une femme n’est pas en sécurité dans son propre foyer. Où le lieu qui devrait être le plus sûr est souvent le plus dangereux. Où demander de l’aide peut vous coûter la vie.

Un maillage territorial qui s’effrite

Les maisons des femmes se multiplient, c’est vrai. La Vendée vient d’en ouvrir une nouvelle. Ces espaces permettent des auditions sans passer par le commissariat, ce qui peut lever un obstacle psychologique important. Mais si les financements s’effondrent, à quoi bon multiplier les structures ?

« On a besoin d’un maillage sur l’ensemble du territoire », martèle Mahaut Bertu. Que les femmes puissent trouver de l’aide à proximité de chez elles. Pas à 50 kilomètres. Pas après une heure de trajet pendant laquelle leur absence peut être remarquée, questionnée, sanctionnée.

La ville de Nantes et la métropole prennent leur part, dit-elle. Mais elles ne peuvent pas tout faire seules. Il faut que l’État, la région, tous les acteurs marchent ensemble. Sinon, on colmate des fuites pendant que le navire coule.

Construire une autre société

« Il faut absolument qu’on arrive à construire une autre société, une société où on n’est pas en danger parce qu’on naît femme », conclut Mahaut Bertu. Ça paraît tellement basique comme revendication. Tellement évident. Et pourtant.

Manon Relandeau avait 15 mois de maternité derrière elle. Une exploitation à faire tourner. Des chevaux, des vaches. Une vie bien remplie. Elle a osé appeler à l’aide. Elle n’est jamais arrivée à son rendez-vous.


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