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Voyage à Nantes révèle ses nouvelles œuvres de son édition 2026

micRadio Fidélitétoday12 mai 2026 14

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    Voyage à Nantes révèle ses nouvelles œuvres de son édition 2026 Radio Fidélité


 

Nantes transforme ses rues en galerie d’art à ciel ouvert cet été

Quand la terre devient manifeste artistique

Sophie Lévy, directrice du Voyage à Nantes, ne fait pas les choses à moitié. Pour sa première saison aux commandes, elle lance un cycle ambitieux de quatre ans consacré aux éléments naturels. Premier chapitre ? La terre. Pas celle qu’on piétine distraitement, mais celle qui nous porte, nous nourrit, nous définit.

« C’était une manière de montrer les liens plus profonds qu’on ne croit entre le monde du vivant et la question de l’art », explique-t-elle. Et franchement, le timing tombe à pic. À l’heure où les questions écologiques s’invitent à chaque coin de rue, où la géopolitique redessine les frontières et où l’on redécouvre la valeur des énergies renouvelables, ce retour aux fondamentaux résonne différemment.

Mais attention. Sophie Lévy refuse le carcan thématique trop rigide. Les dix artistes invités ont eu carte blanche pour interpréter ce concept comme bon leur semblait. Résultat ? Certains tirent le fil écologique, d’autres explorent la dimension politique ou territoriale. D’autres encore s’amusent avec la matière elle-même.

Des matériaux qui défient l’imagination

Parlons peu, parlons matière. Cette année, les artistes ont vraiment joué le jeu. On trouve de la bouse de vache – oui, vous avez bien lu – mais aussi du bois, de l’aluminium fondu, de la résine de pain. Une diversité qui ferait presque tourner la tête.

Prenez le palmier qui trônera dans la cour du Château des ducs de Bretagne. Une structure métallique où chaque cellule du tronc abrite une capsule en résine contenant des images. Un hybride fascinant entre nature exotique et génie humain, en dialogue direct avec l’architecture médiévale qui l’entoure.

C’est peut-être ça, le secret du Voyage à Nantes. L’équipe de production artistique maîtrise l’art de relever des défis de production monumentaux. Les artistes le savent avant même d’accepter l’invitation : ici, ils pourront jouer sur les échelles, repousser les limites techniques. Et ils ne s’en privent pas.

Les portes secrètes de Nantes s’ouvrent

Vous pensiez connaître Nantes ? Détrompez-vous. Cette édition dévoile des lieux habituellement inaccessibles au commun des mortels. La chapelle du lycée Clemenceau, par exemple. Sauf si vous y avez passé votre bac, vous n’avez probablement jamais mis les pieds dans cet espace désacralisé de toute beauté, baigné de lumière fin XIXe.

« C’est un peu le propre des grandes villes, cette capacité à ne pas se livrer d’un coup, à garder des zones mystérieuses », confie Sophie Lévy. Et elle a raison. Il y a quelque chose de profondément excitant à découvrir les coulisses d’une ville qu’on croit connaître.

La crypte de la cathédrale ouvrira également ses portes. Tout comme la grue Titan ou le square d’Aviel. Des espaces qui racontent chacun une histoire différente de la ville, des strates d’histoire urbaine qu’on ne soupçonne pas.

L’effort collectif touche Sophie Lévy. « J’ai une forme de gratitude vis-à-vis de toutes ces structures – églises, lycées, jardins, services municipaux – qui font un effort pour nous donner accès à leurs espaces. » Cette générosité institutionnelle témoigne de l’ancrage du Voyage à Nantes dans le tissu local. Ce n’est plus un événement parachute, c’est devenu un rendez-vous attendu, presque une tradition.

Place Graslin : du vaisseau-mère aux fouilles du futur

L’année dernière, Mother Ship de Prune Nourry occupait la place Graslin. Cette carcasse métallique évoquant un corps de femme enceinte semblait surgir des profondeurs, comme un passé enfoui remontant à la surface.

Cette année, Théo Mercier prend le relais avec une approche radicalement différente. Imaginez un champ de fouilles archéologiques… mais du futur. Un site dystopique où des fragments de notre présent ressurgiraient dans deux millions d’années, vestiges d’une civilisation disparue. Un jeu temporel vertigineux qui brouille les repères entre passé, présent et futur.

« C’est une sorte de jeu un peu théâtral, dystopique et amusé avec l’idée du temps », résume Sophie Lévy. Le sable devient alors le médium parfait pour cette méditation sur la fragilité de nos constructions humaines.

Quand le Voyage à Nantes se met au vin

Voici une surprise inattendue : Le Voyage à Nantes lance son propre muscadet. Cinq mille bouteilles bio du millésime 2025, entre 10 et 12 euros. L’idée ? Explorer le goût même de la terre nantaise.

Richard Bosset, responsable des Tables de Nantes, a eu le déclic en entendant parler du thème annuel. « Quel est le goût de la terre ? » s’est-il demandé. La réponse coule de source : le vin, bien sûr. Cette boisson qui capture l’essence d’un terroir, qui traduit en saveurs les caractéristiques géologiques d’un sol.

Le muscadet baptisé « Terres » au pluriel sera un assemblage de jus issus de différents types de roches qui composent le vignoble nantais. Un hommage liquide à la diversité géologique de la région. Et peut-être le début d’une nouvelle tradition ? Sophie Lévy reste évasive sur les éditions futures consacrées à l’eau, l’air et au feu, mais on devine que les équipes bouillonnent déjà d’idées.

Une fréquentation encore timide mais prometteuse

La Cantine du Voyage et la Station Nuage ont ouvert leurs portes le 2 avril. Pour l’instant, la fréquentation touristique reste mesurée. « On est vraiment au tout début de la saison », tempère Sophie Lévy. Le véritable test viendra fin mai, après les ponts de mai.

Mais une chose est sûre : le mode de vie initié par Le Voyage à Nantes s’est ancré dans les habitudes locales. D’autres guinguettes ont fleuri dans la ville, reprenant cette formule gagnante qui mêle musique, gastronomie et plaisir d’être dehors, au bord de l’eau. Cette démocratisation est peut-être la plus belle réussite du projet.

« Je trouve que c’est une très jolie manière de mêler des visiteurs qui viennent de loin à des habitants qui se déplacent à quelques kilomètres de chez eux pour prendre l’air », observe la directrice. Cette porosité entre touristes et locaux crée une atmosphère particulière, loin des clichés du tourisme de masse.

Un mouvement social sans impact ?

Impossible de passer sous silence le mouvement de grève qui secoue Le Voyage à Nantes depuis le 7 février. Des salariés des Machines de l’Île, de l’office du tourisme et du musée d’histoire ont débrayé. Un conflit qualifié d’inédit.

Sophie Lévy minimise l’impact sur la préparation de la saison. « C’est surtout un mouvement concentré aux Machines de l’Île. Les journées de grève pour les autres sites ont été d’une ou deux journées maximum. » Selon elle, cela n’a pas perturbé l’organisation de l’événement estival.

Reste que cette tension sociale interroge. Dans une structure qui célèbre la créativité et l’ouverture, comment les conditions de travail sont-elles perçues par ceux qui font tourner la machine au quotidien ? Une question qui mériterait peut-être plus qu’une réponse de surface.

L’expérience avant tout

Au fond, qu’on regarde une œuvre monumentale ou qu’on déguste un verre de muscadet frais, l’objectif reste le même : vivre une expérience. Se connecter aux autres, à soi-même, à un lieu. « La vie est une expérience agréable », résume Sophie Lévy avec une simplicité désarmante.

Le Voyage à Nantes a compris quelque chose d’essentiel : l’art n’a pas besoin d’être intimidant ou réservé à une élite. Il peut se vivre au détour d’une rue, dans une crypte oubliée, devant un palmier de résine ou en sirotant un vin local. Cette accessibilité sans concession sur la qualité artistique fait toute la différence.

Les dix artistes de cette édition ont carte blanche pour nous surprendre. Leurs interprétations du thème de la terre promettent de bousculer nos certitudes, de nous faire voir autrement ce sol qu’on foule chaque jour sans y penser.

 


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