play_arrow

L'invité(e) de la matinale

Sur les traces des chemins de pèlerinages en Pays de la Loire

micRadio Fidélitétoday11 mai 2026 18 2

Arrière-plan
share close
  • cover play_arrow

    Sur les traces des chemins de pèlerinages en Pays de la Loire Radio Fidélité


Sur les traces des chemins de pèlerinages en Pays de la Loire

Quand le bitume ne suffit plus

Six pour cent d’augmentation en un an. Les chiffres donnent le tournis. Mais derrière ces statistiques, il y a quoi exactement ? Des gens qui en ont marre, tout simplement. Marre du bruit, de la course permanente, de cette sensation d’être constamment connecté sans jamais vraiment l’être.

Marie Saillant l’a vécu de plein fouet. En 2012, tout juste retraitée, elle se pose LA question : « Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de tout ce temps ? » Randonneuse aguerrie, elle entend parler de Compostelle lors d’une sortie avec son association de Vertou. Ça fait tilt. Pas un coup de foudre, non. Plutôt une évidence qui s’installe doucement, comme une certitude qui germe.

Des chemins à deux pas de chez soi

Voilà le truc qu’on ignore souvent : pas besoin de traverser la France pour trouver son chemin. En Loire-Atlantique, l’association Les Haltes Pèlerines recense une dizaine d’itinéraires. Certains font quatre kilomètres – oui, vous avez bien lu, quatre kilomètres. D’autres s’étirent sur plusieurs centaines.

Le chemin de Saint-Philibert-de-Grandlieu ? Quarante kilomètres, deux étapes de vingt. Parfait pour les familles qui veulent tester l’aventure le temps d’un week-end. Il y a même un bac à chaîne pour traverser l’Ognon à Pont-Saint-Martin entre mai et septembre. Les gosses adorent, paraît-il. Ce petit moment ludique qui transforme une marche en expédition.

Et puis il y a cette nouveauté : le chemin du Père Grignon de Montfort. Cent cinquante-huit kilomètres entre Pontchâteau et Saint-Laurent-sur-Sèvre. Marie et quelques membres de l’association ont participé à sa découverte, posé les balises, créé le pas-à-pas. Ouverture prévue en juin. Un tracé qui part du calvaire de Pontchâteau pour rejoindre le lieu où le Père de Montfort a rendu son dernier souffle.

L’association qui change la donne

Depuis 2020, Les Haltes Pèlerines en Loire-Atlantique jouent les guides pour ceux qui veulent se lancer. Plus de 500 adhérents aujourd’hui. Leur mission ? Accompagner, rassurer, conseiller. Parce que franchement, on a tous les jetons avant de partir pour la première fois.

« C’est souvent le poids du sac qui pose question », explique Marie. La check-list, les étapes, les hébergements, l’équipement – surtout les chaussures. Et cette vérité qui met du temps à s’imposer : moins le sac est lourd, mieux on se porte. On part avec tout un bazar, persuadé qu’on va en avoir besoin. Et puis on s’effeuille au fil des kilomètres, comme on se débarrasse du superflu.

L’association organise des rencontres mensuelles. Une à Nantes près de la cathédrale, une à Pornic, une autre à Clisson. Le succès est tel qu’ils doivent maintenant ouvrir le jardin pour accueillir tout le monde. Heureusement que c’est le printemps, hein ?

La Via Ligeria, cette pépite méconnue

Parlons d’elle. Cette voie créée en 2021 par Anthony Groire et Anne-Laure Timel pendant le COVID. Elle longe la Loire pour rejoindre la Via Francigena à Besançon, puis continue jusqu’à Rome. Cinq cents départs depuis sa création. Cent quatre-vingts rien qu’en 2025.

Marie accompagne actuellement des pèlerins qui partent de la cathédrale de Nantes. Certains vont jusqu’à Bourges, d’autres jusqu’à Vézelay, quelques-uns poussent jusqu’à Rome. On peut tout à fait morceler le parcours, s’arrêter quand on veut, reprendre plus tard. Quinze jours pour faire Nantes-Tours, c’est jouable.

Aujourd’hui, cent quatre-vingts hébergements jalonnent le chemin entre Nantes et Besançon. À pied, à vélo, peu importe. En avril dernier, plus de quatre-vingts départs ont été enregistrés. Début mai, trois jeunes femmes se sont élancées depuis Nantes. Le lendemain, une personne qui avait fait le Mont-Saint-Michel est venue récupérer la Via Ligeria.

Ces jeunes qui reprennent la route

Quarante pour cent des pèlerins de Compostelle ont entre 18 et 45 ans. Ça vous étonne ? Marie, pas vraiment. Elle voit défiler ces jeunes en recherche de pause. Après les études, entre deux boulots, après une rupture sentimentale ou professionnelle. Ils prennent leur sac et partent. Comme ça. Sans forcément savoir pourquoi.

« On part randonneur et on revient pèlerin. » Cette phrase d’Anne-Laure Timel résume tout. Au départ, on cherche juste à marcher, à bouger. Et puis quelque chose se passe en chemin. Une transformation discrète, presque honteuse tant elle touche à l’intime. Les gens en parlent peu, par pudeur. Mais ça se voit dans leur regard quand ils reviennent.

Spirituel ou pas spirituel ?

Quarante-six virgule six pour cent des pèlerins de Compostelle déclarent une motivation religieuse. Presque la moitié. Mais Marie le dit bien : chacun a ses raisons de partir. Et parfois, on ne les connaît pas au moment du départ. Elles se révèlent en marchant, plusieurs semaines ou mois après.

Ces chemins moins fréquentés que le Puy-en-Velay offrent cette introspection que beaucoup cherchent. Se retrouver soi-même, loin du tourbillon d’informations qui pollue les cerveaux – ses mots, pas les miens. Être dans du vrai, du concret. Pas dans ce flot permanent de sollicitations virtuelles.

Le sac à chagrin qu’on laisse en route

Marie parle de son premier chemin avec une émotion contenue. Son mari était décédé. Elle portait une peine immense, une culpabilité diffuse qu’elle ne comprenait pas vraiment. Sur le chemin, elle a laissé son « sac à chagrin ». Ces mots-là, elle les répète souvent.

La marche lui a donné la permission d’être heureuse à nouveau. Ce droit qu’on s’interdit parfois, allez savoir pourquoi. « Elle a changé ma vie », dit-elle simplement. Plus la même façon de raisonner, de voir les choses. Un apaisement profond. Un accélérateur de foi, aussi, même si elle ne savait pas vraiment pourquoi elle partait au début.

Des rencontres impossibles autrement

Voilà peut-être le plus beau cadeau du chemin : ces gens qu’on croise et qu’on n’aurait jamais rencontrés autrement. Marie en est persuadée. Sans son sac à dos, certaines personnes ne seraient jamais entrées dans sa vie. Une richesse « sans nom », comme elle dit.

Elle transmet maintenant cette joie à ses petits-enfants. Essaie de leur faire comprendre que ces chemins sont accessibles à tous, à n’importe quel âge. Pour la santé aussi – elle glisse ce clin d’œil avec un sourire dans la voix. Mais surtout pour ce qu’ils apportent à tous les niveaux. Une ouverture sur le monde qu’aucun écran ne peut offrir.

Un mouvement de fond

Les statistiques ne mentent pas. L’engouement est réel, massif, durable. Compostelle reste la référence – remis au goût du jour dans les années 50 ou 60 –, mais les alternatives se multiplient. Vers le Mont-Saint-Michel, vers Rome, vers des sanctuaires moins connus. Des chemins qui ont du sens, qui vont quelque part. Pas juste des GR pour randonner.

Cette recherche de sens, Marie la perçoit nettement lors des rencontres mensuelles. Les futurs pèlerins arrivent nombreux, curieux, un brin inquiets. Ils veulent des conseils pratiques, bien sûr. Mais aussi – surtout ? – être rassurés. Savoir qu’on a le droit d’avoir peur, que le corps peut lâcher, que la météo ne sera pas toujours clémente. Que c’est normal, en fait.

L’association propose désormais des traces GPX pour s’adapter aux nouvelles technologies. Parce que oui, on peut mêler tradition et modernité sans que ça dénature l’expérience. Les chemins sont balisés, mais avoir un GPS rassure. Et puis franchement, pourquoi se priver ?


L'invité(e) de la matinale

Rate it