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Immersion au cœur du satanisme en France : "Que ton règne vienne"

micRadio Fidélitétoday5 mai 2026 5

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    Immersion au cœur du satanisme en France : "Que ton règne vienne" Radio Fidélité


Dans les coulisses du satanisme français : voyage au cœur d’un monde méconnu

Quand l’imaginaire devient vocation

Tout commence dans l’enfance. Matthias Averty n’a jamais caché sa fascination pour la magie, l’occulte, ces territoires où le réel vacille. « Les magiciens noirs du Seigneur des Anneaux, Harry Potter… J’ai toujours été intrigué par ces personnages », confie-t-il. Cette curiosité n’est pas sortie de nulle part. Sa mère pratiquait le spiritisme, organisait des tables tournantes. Sa grand-mère, pourtant très catholique, se passionnait pour la littérature fin de siècle et ses mystères.

Grandir à Nantes a fait le reste. Entre le Hellfest, les Machines de l’Île et l’Utopia, la ville respire l’imaginaire. Le métal est devenu son univers naturel, avec ses références aux enfers et au diable. Mais attention, nuance importante : « Au Hellfest, on ne croise pas vraiment de satanistes. C’est plutôt de la provocation, une expression artistique radicale. » Pas de vraie dévotion au mal, donc. Juste une esthétique, un folklore.

Marseille, capitale française de l’occulte ?

Contrairement aux idées reçues, Nantes n’abrite pas de communauté sataniste active. C’est à Marseille que Matthias a trouvé son sujet. Un groupe se réunit plusieurs fois par an, loin des regards. Rien d’illégal, précisons-le d’emblée. Ces pratiquants explorent l’invisible, déchiffrent de vieux grimoires médiévaux, tentent de comprendre les formules des alchimistes d’antan.

« J’ai assisté à plusieurs messes, dont une particulièrement marquante au fond d’une grotte dans les calanques, à 20-30 mètres de profondeur », raconte le réalisateur. L’appréhension était réelle. Allait-il tomber sur une secte dangereuse ? Des rituels violents ? Non. Pas de sacrifices, pas de cercles de feu comme dans les films d’horreur. Mais des incantations, des hurlements, des invocations qui résonnent dans la roche. Des capuches pour préserver l’anonymat. Des masques. Une atmosphère qui renvoie aux premiers rites spirituels de l’humanité.

Le blasphème comme porte d’entrée vers la transe

Voilà qui mérite qu’on s’y attarde. Le décorum satanique n’est pas qu’une question d’esthétique gothique. Dans une société française imprégnée de culture judéo-chrétienne, le blasphème joue un rôle cathartique. « La plupart de ces pratiquants ont été baptisés, ont fait leur communion », explique Matthias. Blasphémer les sort de leur quotidien, les projette dans un état second. On n’insulte pas Dieu tous les jours au bureau, n’est-ce pas ?

Cette transgression crée une rupture nécessaire. Elle ouvre des portes, permet d’accéder à un état de transe. « Ça libère dans un premier temps, puis ça met dans un état qui permet d’ouvrir des portes magiques », analyse le documentariste. Finalement, ces satanistes cherchent moins à vénérer le mal qu’à échapper au confort matériel, aux préoccupations triviales. Une quête spirituelle, en somme. Paradoxal ? Peut-être. Mais c’est justement cette contradiction qui rend le sujet si riche.

Yacanan, le fil conducteur

Au départ, Matthias envisageait un mélange de documentaire et de fiction. Inutile. « La réalité a très rapidement dépassé la fiction. » Il a suivi Yacanan, un artiste nantais dont le parcours personnel soulevait suffisamment de questions spirituelles pour nourrir un film 100% réel. Pas besoin de reconstitution, pas de mise en scène. Juste être présent, capter l’instant.

Ce choix narratif révèle quelque chose d’essentiel : ces pratiquants ne sont pas des acteurs qui jouent un rôle. Leur démarche est authentique, sincère. Ils se posent des questions existentielles et ne trouvent pas de réponses satisfaisantes dans les religions établies. Le satanisme devient alors une alternative, un espace de liberté spirituelle.

Un phénomène vraiment marginal

Combien sont-ils en France ? Difficile à dire, mais certainement pas des milliers. « C’est une croyance qui reste très minoritaire », confirme Matthias. Pas de complot satanique, pas d’armée d’adolescents prêts à vendre leur âme. Les personnes interviewées dans le documentaire ne sont animées d’aucune intention malveillante. Elles cherchent une trance collective, un échappatoire.

Attention toutefois à ne pas généraliser. Aux États-Unis, certains collectifs sont nettement plus radicaux, parfois dangereux. Mais en France, du moins dans les cercles fréquentés par le réalisateur, rien de tel. « Je ne pense pas du tout que les gens que j’ai rencontrés sont damnés et iront en enfer », affirme-t-il avec un sourire. Il va même jusqu’à établir un parallèle audacieux : ces satanistes lui rappellent les premiers chrétiens, qui se réunissaient dans les grottes, loin des institutions romaines établies.

Au-delà du christianisme

Le documentaire ne se limite pas à la culture chrétienne. Chaque grande religion possède son versant occulte : la cabale pour le judaïsme, diverses formes d’ésotérisme pour l’islam et le bouddhisme. Des personnes issues de ces traditions peuvent être attirées par le satanisme, précisément parce qu’il questionne les dogmes, refuse les diktats des livres sacrés.

Cette dimension multiculturelle enrichit considérablement le propos. Le satanisme devient alors une sorte de laboratoire spirituel où se croisent des chercheurs de vérité, des assoiffés de liberté. Ils veulent explorer d’autres chemins, construire leur propre rapport au sacré. Une démarche profondément moderne, finalement.

La réponse du Vatican

Récemment, l’Association internationale des exorcistes a remis un rapport au pape Léon, alertant sur une recrudescence de l’occultisme. Des personnes « gravement affectées », selon leurs termes. Comment Matthias reçoit-il cette alerte ? Avec beaucoup de recul. « Pour tout vous dire, je n’en avais même pas entendu parler. »

Son expérience avec les exorcistes n’a pas été concluante. Beaucoup de refus lorsqu’il a tenté de les interviewer. Et puis cette découverte déconcertante : des exorcistes laïcs qui facturent 500 euros la séance, cabinet sur rue. « J’ai vraiment du mal à les prendre au sérieux », avoue-t-il. Les exorcistes formés au Vatican, en Italie – terre de superstitions – c’est une autre histoire. Mais en France ? Il ne constate aucune recrudescence inquiétante.

Les jeunes d’aujourd’hui lui semblent davantage tournés vers le sport, la musculation, les réseaux sociaux. « Ouvrir de vieux grimoires et se réunir dans la forêt la nuit ? Je ne suis pas sûr que ça les intéresse vraiment. »

La grande question : y croire ou non ?

Matthias Averty ne tranche pas. Cette question va « guider tout son travail artistique et tous ses questionnements spirituels » pour le reste de son existence. Il veut consacrer une grande partie de sa vie à explorer l’invisible, comprendre comment ça fonctionne, étudier le paranormal et les grands mythes religieux.

« Je ne crois pas en la figure de Satan particulièrement, ni en celle de Dieu en tant que créateurs », précise-t-il. Mais il pense que des forces peuvent nous guider vers plus de réponses. Une posture d’agnostique curieux, en quelque sorte. Ni croyant, ni athée militant. Juste un explorateur de territoires inconnus, caméra à la main.

Un documentaire qui intrigue

« Que ton règne vienne » poursuit sa tournée en France. Après Nantes, rendez-vous au Mans le 28 mai, puis à Laval le 29. Le film devrait être disponible en vidéo à la demande au second semestre. Les projections continuent d’attirer du monde, preuve que le sujet fascine. Normal : on parle rarement de satanisme dans les médias, et quand c’est le cas, c’est souvent sous un angle sensationnaliste.

Le mérite de Matthias Averty ? Avoir dépassé les clichés. Pas de diabolisation (sans jeu de mots), pas de complaisance non plus. Juste un regard documenté, empathique, qui donne la parole à des gens qu’on n’entend jamais. Des marginaux spirituels qui, au fond, ne demandent rien d’autre que la liberté de croire – ou de ne pas croire – à leur manière.


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