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Semaine Sainte : le vendredi saint avec le Père Hubert Vallet

micRadio Fidélitétoday3 avril 2026 59

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    Semaine Sainte : le vendredi saint avec le Père Hubert Vallet Radio Fidélité


Vendredi Saint : quand Dieu meurt sur la croix pour nous sauver

Quand le silence n’est pas vraiment silence

On pourrait croire que le Vendredi Saint est une journée silencieuse. C’est d’ailleurs ce qu’on dit souvent. Mais le Père Hubert Vallet nuance : « J’aurais peut-être pas utilisé cet adjectif que j’aurais plus volontiers gardé pour le lendemain. » Parce qu’en réalité, c’est une journée où il se dit énormément de choses. Le procès du Christ. Ses dernières paroles. Son dernier cri sur la croix.
« On entend Dieu sur la croix qui est en train effectivement de rendre le dernier souffle de son humanité », explique-t-il. Cette journée n’est pas silencieuse, elle est vertigineuse. Dense. Presque inimaginable. Comment concevoir qu’un Dieu puisse mourir ?
Nos sens habituels – la vue, l’ouïe – sont volontairement privés de leurs repères. Les croix sont voilées, les statues masquées, les tableaux cachés. Pas de fleurs, pas de cierges. Cette privation a un but précis : nous recentrer sur l’essentiel. Nous forcer à appréhender « la réalité absolument vertigineuse d’un Dieu qui va mourir sur une croix ».

Le chemin de croix à 15 heures
Dans les paroisses, deux moments liturgiques marquent cette journée. D’abord, le chemin de croix, souvent célébré à 15 heures. Pourquoi cette heure précisément ? C’est la neuvième heure selon le décompte juif – on part de 6 heures du matin, on ajoute 9, ça fait 15. L’heure retenue pour la mort du Christ en croix.
Beaucoup de paroisses proposent des chemins de croix tous les vendredis de carême. Mais celui du Vendredi Saint a quelque chose de particulier. C’est un exercice pédagogique, héritier des anciens pèlerinages à Jérusalem. Quand on ne pouvait plus se rendre sur les lieux saints, on a transporté l’expérience ici. On a représenté les scènes, comme Saint François d’Assise l’a fait avec la crèche.
« Nos yeux ont besoin de voir, nos pieds quand ils le peuvent se déplacent, et puis nos oreilles », souligne le Père Vallet. Le chemin de croix fait appel à tous nos sens. Les chants répétitifs – « C’est par le bois de la croix que tu as sauvé le monde » – et les passages évangéliques nous replongent dans cette passion qui constitue le cœur même des évangiles.

Judas, ou le miroir de notre propre trahison
Impossible d’évoquer le Vendredi Saint sans parler de Judas. Cette figure nous met mal à l’aise. Est-il un homme libre ? Un instrument ? Un homme perdu ?
Mais attention, prévient le Père Hubert Vallet : « Tout ne commence pas par une trahison, tout commence par l’amour infini de Dieu pour l’humanité. » Il faut remonter plus haut. Bien plus haut. Jusqu’à cet amour créateur d’un Dieu qui constate que l’humanité, créée bonne, s’est détournée de lui. La nécessité du salut naît de là.
Judas n’est que « l’ultime chaînon de toute une chaîne ». Nos péchés, nos trahisons à tous ont conduit celui qui vient donner tout l’amour de Dieu à accepter que cet amour soit refusé jusqu’à ce point-là. Le mystère de l’iniquité, c’est que plus Jésus donne de tendresse à Judas – le baiser au jardin de Gethsémani, la place d’honneur à la Sainte Cène – plus le cœur de Judas s’endurcit.
« Qui d’entre nous peut dire : ah ben moi je suis sûr que ça n’aurait pas été moi ? » lance le prêtre. Ce serait audacieux, voire présomptueux. Judas nous renvoie à notre propre responsabilité dans ce drame. Il est un miroir tendu à notre humanité fragile.

La croix qui sauve, pas la résurrection
Voilà qui peut surprendre. On nous répète que c’est la résurrection qui est au cœur de la foi chrétienne. Alors pourquoi cette insistance sur la souffrance et la mort du Christ ?
Le Père Vallet est catégorique : « Nous sommes sauvés par la croix du Christ. » Saint Paul l’avait compris avant même que les évangiles ne soient rédigés. La résurrection va manifester la puissance de ce salut, nous permettre d’en jouir. Mais c’est la croix qui sauve.
« La croix, c’est cet amour de Dieu qui va jusque-là. » Ce qui nous convertit, c’est notre contemplation humble et confuse de cet amour qui englobe toutes les conséquences dramatiques de notre péché. Le paradoxe n’est pas dans le contraste mort-résurrection. Il est dans un amour de Dieu qui va jusqu’à la mort.
La résurrection surgit de l’intérieur de la passion. Parce que l’amour de Dieu s’y est manifesté parfaitement. Parce que le Fils a été parfaitement Fils jusque-là. « Le Père a glorifié son Fils, mais déjà par la croix », rappelle l’évangile de Saint Jean.

Adorer un instrument de torture ?

Cet après-midi, dans les églises, les fidèles vont s’approcher de la croix pour l’adorer. Ça peut paraître incongru, non ? Vénérer un objet de supplice ? Un instrument qui a servi à torturer et tuer des milliers de personnes à l’époque romaine ?
« Les images, les gestes ont toujours besoin d’être interprétés », reconnaît le Père Hubert Vallet. C’est pourquoi la vénération de la croix s’accompagne de textes, de passages évangéliques, de commentaires. Ils nous font toucher du doigt que cet instrument de supplice est devenu la manifestation de l’amour infini de Dieu.
« S’il s’agissait simplement de faire un souvenir morbide d’une crucifixion terrible, non, ça n’aurait pas de sens. » On ne célèbre pas la passion pour faire œuvre d’historien. On la célèbre parce qu’on a besoin d’entrer spirituellement dans cette réalité du salut. Se laisser toucher par elle. Être véritablement converti.
Le carême, la Semaine Sainte, le Vendredi Saint : tout vise à notre sanctification. À notre conversion.

Une grande prière pour le monde entier
Le vendredi soir, l’Église intercède avec une force particulière. C’est logique : le Christ offre sa mort pour nous. C’est le moment d’intercession par excellence. On prie pour le pardon, pour les misères du monde, pour de nombreuses personnes.
Parmi ces prières figure celle pour le peuple juif. Un paragraphe qui a d’ailleurs évolué au fil du temps. On disait autrefois « les juifs perfides » – étymologiquement, ceux dont la foi (fides) n’avait pas été amenée à son achèvement selon la vision chrétienne. Le mot a disparu. Il n’y a plus trace de cette animosité qui a empoisonné l’histoire.
Car le Père Vallet le rappelle avec force : « Lorsque Jésus porte sa croix et accomplit le salut de l’humanité, il accomplit en même temps la mission d’Israël. » Toute la vie du Christ est connectée au mystère d’Israël. Il obéit au Père et accomplit l’alliance, cette alliance ancienne qui avait été meurtrie.
Deux erreurs à éviter absolument. La première : croire que Jésus a accompli quelque chose de déconnecté du mystère d’Israël. La seconde, « dramatique » et « portée pendant longtemps » : faire du peuple d’Israël le responsable exclusif, unique et conscient de la mort du Seigneur. « Ce qui n’est absolument pas le cas. »
Les Romains étaient là. Les spectateurs aussi. Et nous tous, par nos péchés. La croix devrait faire surgir en nous « beaucoup plus grand amour aussi pour ce peuple que le Christ accomplit par sa personne et sa mission et sa mort ».


Une journée qui nous concerne tous
Au fond, le Vendredi Saint nous ramène à l’essentiel. Pas au silence, mais au cri. Pas à la mort, mais à l’amour qui traverse la mort. Pas à la culpabilité morbide, mais à l’humilité qui reconnaît nos trahisons tout en accueillant le pardon.
C’est une journée où Dieu se fait totalement homme, jusqu’à mourir comme un homme. Une journée où l’amour va jusqu’au bout. Une journée qui nous invite à nous approcher de cette croix – cet instrument de torture devenu signe de salut – avec nos questions, nos doutes, notre foi fragile.


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