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L'invité(e) de la matinale

À cœur ouvert sur notre époque : "Mes Fidélités" d'Hervé Le Roch

micRadio Fidélitétoday20 mai 2026 17

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    À cœur ouvert sur notre époque : "Mes Fidélités" d'Hervé Le Roch Radio Fidélité


Hervé Le Roch : « Mes fidélités »

Quand l’écrit devient une thérapie

« Ma thérapie », voilà comment Hervé Le Roch qualifie son livre. Juste cette nécessité viscérale d’exprimer ce qu’il ressent, ce qu’il pense. Après des années à diriger des médias vendéens, cet homme, habitué des micros à l’humour salvateur, a ressenti le besoin d’aller plus loin. L’écrit ? « C’est simplement un outil supplémentaire », dit-il avec cette franchise désarmante qui le caractérise.

Mais ne vous y trompez pas. Si l’écrit reste la base du métier de journaliste, le livre permet autre chose. Une introspection. Un dialogue avec soi-même qui finit par devenir un dialogue avec les autres. « Je n’ai pas fait ça pour ça au départ », confie-t-il. « J’avais besoin d’exprimer ce que je ressentais. »

L’humour comme bouclier

« Inclusion intestinale », « Monsieur Patate au pays des zombies », « Végan de toi ». Les titres de ses chroniques font sourire, c’est voulu. Parce que quand on porte des convictions fortes dans une société qui ne veut plus vraiment écouter, l’humour devient une arme de survie. « C’est un des grands drames de notre société que de ne plus pouvoir se parler », déplore-t-il.

Hervé Le Roch se définit comme catholique, conservateur, vendéen. Des étiquettes qui aujourd’hui pourraient fermer quelques portes. Sous la légèreté affleure pourtant une mélancolie discrète. « Ça me fait du bien d’apporter un peu de légèreté aux choses quand on est un peu triste ou un peu désespéré. »

La foi, pilier d’un tout

Il y a cette chronique. Elle s’appelle « Tu vas bien ». Elle raconte l’indicible : la mort d’Augustin, son fils, à 18 ans.

« Ce n’est pas la foi qui s’est imposée, c’est la mort », confie-t-il. « J’avais la foi avant, mais maintenant j’ai cru. Quand on l’expérimente dans la détresse, on sait ce que c’est que la souffrance de la croix. »

Dans cette chronique, il écrit : « On ne fait pas le deuil d’un fils, on apprivoise sa fragilité. Ce que nous vivons est inhumain. C’est pour cela que nous avons choisi le divin. » Chez lui, la douleur n’est jamais théâtralisée. Elle demeure nue, presque retenue. Comme une présence avec laquelle il faut apprendre à vivre.

« Quand on perd un fils, on est toujours désespéré », confie-t-il avec honnêteté. « Pour autant, on apprivoise sa fragilité et on est en capacité d’essayer de donner de la joie aux gens. »

L’Église et ses failles

Durant dix ans, Hervé Le Roch a travaillé au sein du diocèse. Dix années à observer les failles d’une institution qu’il aime profondémment mais dont il a aussi vu les blessures et les renoncements. Des situations dramatiques qu’on lui demandait de taire. « Tu te tais, ce n’est pas ta place », lui disait-on. Mais comment se taire quand on est journaliste ? Comment fermer les yeux quand on voit des hommes faillir dans leur mission ?

Dans une de ses chroniques, il reconnaît s’être trompé lorsqu’il affirmait autrefois que les dérives de l’Église n’étaient pas systémiques. « La somme des situations dramatiques » auxquelles il a été confronté a fini par ébranler ses certitudes.

« Si on est journaliste, on est pragmatique et on passe son temps à se remettre en cause », explique-t-il. « Il y a un moment où on ne peut plus se taire, où il faut que ça sorte. J’ai choisi que ça sorte par le pardon. »

Le pardon. Pas la colère, pas la vengeance. Le pardon comme chemin de rédemption, pour soi et pour les autres.

Un chemin sous notre nez

« Je suis le chemin, la vérité et la vie. » Cette phrase du Christ traverse l’entièreté du livre. Pour Hervé, la réponse est là, sous nos yeux, quelle que soit notre condition. « Il suffit d’ouvrir la Bible, de lire avec intelligence et non pas avec militance. »

Pas de prosélytisme agressif chez lui. Plutôt une invitation douce, presque timide. « Regardez avec douceur, avec affection, avec amour, avec tendresse. Le bon Dieu vous attend. »

Ses 250 chroniques – dont 69 ont été sélectionnées pour le livre – sont autant d’étapes d’un cheminement personnel. « Chaque chronique me permet une avancée supplémentaire », dit-il. « La dernière est peut-être la première de ma nouvelle vie. »

Entre désespoir et joie

Alors, quelle est sa fidélité la plus profonde ? Ne jamais désespérer ? « Non », répond-il sans hésiter. « Ma fidélité la plus profonde, c’est d’essayer de donner de la joie. » Pas de se mentir sur son propre état, mais de transmettre la lumière malgré l’obscurité.

« Quand on perd un fils, on est toujours désespéré, je vous le dis du plus profond de mon cœur. Pour autant, on est en capacité d’essayer de donner de la joie aux gens. »

Tout est peut-être là. Dans cette volonté obstinée de transmettre un peu de lumière alors même que demeure l’obscurité.

Un homme qui continue d’avancer 

Mes fidélités n’est ni un manifeste politique ni un traité spirituel. C’est le livre d’un homme qui tente de rester debout sans cacher ses fragilités.

Hervé Le Roch parle de son époque avec lucidité, parfois avec inquiétude, mais jamais avec renoncement. Il ne se pose pas en donneur de leçons. Plutôt en compagnon de route. Un homme qui doute, qui souffre, qui croit encore au dialogue dans un monde saturé de fractures.

Un livre profondément humain, à découvrir au coin du feu, « Mes fidélités » aux éditions vendéennes.


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