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Le pape Leon XIV alerte sur les dangers de l'IA pour nos enfants

micRadio Fidélitétoday18 mai 2026 4

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Quand le pape alerte sur les dangers de l’IA pour nos enfants : « Leurs cerveaux ne sont pas à vendre »

Une rencontre au Vatican chargée de symboles

Fin avril, Sarah  El Haïry se trouvait à Rome pour un séminaire organisé par la Human Technology Foundation. L’occasion de rencontrer le pape et de lui remettre bien plus qu’une simple lettre protocolaire. « C’est toujours un moment particulièrement émouvant », confie-t-elle. Dans cette missive, des paroles de jeunes qu’elle accompagne, des témoignages de violences qu’ils ont subies et qu’ils ne veulent pas voir tomber dans l’oubli.

Mais Sarah  El Haïry avait aussi glissé dans ses bagages un morceau de patrimoine nantais : un livre vieux de plus de 120 ans sur Saint Donatien et Saint Rogatien, deux enfants martyrs. Un choix symbolique fort. « Cette mémoire a vocation à être transmise, comprise », explique-t-elle. Au-delà des siècles, le message résonne : protéger les enfants reste un combat universel, qu’il s’agisse de martyrs d’hier ou de victimes d’algorithmes aujourd’hui.

Les chiffres qui font froid dans le dos

Parlons peu, parlons chiffres. 46 % des enfants de moins de 10 ans possèdent déjà un smartphone. Pire encore : 65 % d’entre eux sont inscrits sur un réseau social alors qu’ils n’ont même pas atteint l’âge minimum fixé à 13 ans. On pourrait hausser les épaules et se dire que c’est le signe des temps. Sauf que derrière ces statistiques se cachent des réalités bien plus inquiétantes.

Le numérique, c’est vrai, offre des opportunités formidables. L’accès à la connaissance, la créativité, l’ouverture sur le monde… Qui nierait que nos enfants peuvent apprendre, créer, s’émanciper grâce à ces outils ? Mais voilà, il y a l’envers du décor. Les risques sur la santé physique et mentale s’accumulent : troubles du sommeil, sédentarité, baisse de concentration. Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg.

L’IA, ce nouveau terrain de manipulation

« Les enfants sont particulièrement manipulables par les algorithmes. » Ces mots du pape Léon XIV ne sont pas anodins. Ils pointent du doigt une réalité que beaucoup préfèrent ignorer : nos enfants sont devenus les cobayes d’une expérience grandeur nature dont personne ne maîtrise vraiment les conséquences.

Sarah El Haïry va plus loin. Pour elle, l’intelligence artificielle pose « un enjeu de vérité, de liberté, voire de responsabilité éthique ». Les algorithmes ne se contentent pas de divertir ou d’informer. Ils façonnent le développement cognitif, le regard sur le monde, le rapport aux autres. Une fake news circule six fois plus vite qu’une vraie information. Pensez-y une seconde. Six fois plus vite.

Les plateformes enferment les jeunes dans ce qu’on appelle des « bulles algorithmiques ». L’algorithme analyse leurs goûts, leurs clics, leurs hésitations, puis leur sert en boucle du contenu similaire. Résultat ? Un univers d’information unique qui rétrécit leur vision du monde au lieu de l’élargir.

Des drames bien réels

Les exemples tragiques ne manquent pas. En Floride, une adolescente s’est suicidée après des mois de conversations avec un chatbot qu’elle considérait comme un ami. Plus d’1,5 million d’enfants dans le monde déclarent avoir vu des images sexuelles détournées, de la pornographie ou du contenu pédocriminel. Sur X (anciennement Twitter), une IA développée sous l’ère Elon Musk permettait de « déshabiller » virtuellement des photos de jeunes. Glaçant.

« L’autorégulation ne suffit pas et ne suffira jamais », martèle Sarah El Haïry. Elle saisit la justice à chaque fois que la dignité des enfants est bafouée. Mais les procès, c’est du temps judiciaire. Ce qu’il faut, c’est de la régulation immédiate, ferme, sans concession.

Le modèle économique qui fait mal

Creusons un peu. Pourquoi ces plateformes sont-elles conçues pour capter l’attention de nos enfants ? Parce que c’est leur business model. Plus un enfant reste connecté, plus il génère de l’engagement. Cet engagement produit des données. Ces données sont vendues à des fins commerciales. Vous suivez ? Nos enfants ne sont pas les utilisateurs de ces plateformes. Ils en sont les produits.

Les « designs addictifs » ne doivent rien au hasard. Tout est pensé pour garder les yeux rivés sur l’écran : notifications incessantes, scroll infini, récompenses virtuelles. À 15 ans, 72 % des adolescents interrogés disent avoir un « compagnon » IA, disponible 24 heures sur 24, sans contradiction ni exigence. Une présence virtuelle qui remplace progressivement les interactions humaines réelles.

La parole du pape, un tournant ?

Alors, qu’est-ce que la parole du pape peut changer concrètement ? Sarah El Haïry en est convaincue : ces paroles sont « suffisamment rares, suffisamment puissantes » pour marquer les esprits. Léon XIII avait publié une encyclique sur l’accompagnement de l’humanité durant la révolution industrielle. Aujourd’hui, Léon XIV fait de même pour la révolution numérique.

Le message est clair : le numérique doit rester un outil au service de l’humain, pas l’inverse. Il doit servir le bien-être et le développement des enfants. « Les cerveaux de nos enfants ne sont pas à vendre », rappelle la haute commissaire en citant l’esprit des discussions au Vatican.

Cette encyclique attendue dans les prochains jours pourrait poser les jalons d’une réflexion éthique mondiale. Elle rappelle que l’innovation ne peut pas se faire au détriment de la dignité humaine, surtout quand il s’agit des plus vulnérables.

Des solutions existent, mais…

Sarah El Haïry refuse le défaitisme. « Je suis vigilante, je ne suis pas naïve, mais je ne suis pas défaitiste non plus. » Des outils existent déjà pour mieux protéger nos enfants. Le « safe by design », par exemple, consiste à intégrer la sécurité dès la conception de l’algorithme. Certaines applications respectueuses se développent, des leviers d’émancipation et d’apprentissage qui prouvent qu’une autre voie est possible.

Le Digital Service Act en Europe, le travail de l’Arcom et de Pharos en France… Les institutions se mobilisent. Mais face aux géants du numérique, la bataille semble parfois inégale. D’où l’importance d’une régulation ferme, d’une responsabilité éthique assumée par tous les acteurs.

En attendant la majorité numérique à 15 ans pour les réseaux sociaux et d’autres mesures législatives qui se font attendre, que peuvent faire les parents ? « Beaucoup de discussions », répond simplement Sarah El Haïry. Parler avec ses enfants de leur vie virtuelle, qui n’a « rien de superficiel ». Leur expliquer pourquoi le contrôle parental n’est pas une punition mais une protection.

L’exemplarité commence à la maison

Et puis, il y a cette question qui dérange : nos propres usages. Combien de parents interdisent le téléphone à table tout en consultant le leur ? Les enfants le remarquent, évidemment. « À nous aussi d’avoir un exercice exigeant face au miroir », souligne la haute commissaire à l’Enfance.

L’éducation aux médias et à l’information devient absolument essentielle. Les enseignants,les professionnels autour des enfants doivent être formés à ces nouveaux risques : algorithmes, designs addictifs, fake news. Il faut donner aux jeunes les clés pour décrypter ce qu’ils voient, pour comprendre qu’un chatbot n’est pas un ami, qu’une bulle algorithmique n’est pas la réalité.

Une responsabilité collective

« On protège la planète pour qui ? Pour nos enfants. Alors protégeons la planète et ceux qui ont vocation à y grandir. » Cette phrase de Sarah  El Haïry résume tout. Nous nous mobilisons pour la transition climatique, et c’est bien. Mais quelle cohérence y a-t-il à sauver la planète si nous laissons les esprits de nos enfants être façonnés par des algorithmes incontrôlés ?

La transition numérique pourrait être une chance. Une chance pour l’accès à la culture, pour la démultiplication des liens, pour l’apprentissage. Mais seulement si elle reste respectueuse, protectrice, et si elle prend en considération la particularité des plus jeunes.

Ce n’est pas qu’une responsabilité morale. C’est une responsabilité absolue, collective. Les plateformes doivent assumer leur part. Les États doivent réguler fermement. Les parents doivent accompagner. L’Église, par la voix du pape, rappelle les fondamentaux éthiques. Chacun a un rôle à jouer.


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