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Radio don : Où vont vos dons et à quoi servent-ils ? avec notre trésorier, Antoine Fouchard

micRadio Fidélitétoday17 mars 2026 9

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    Radio don : Où vont vos dons et à quoi servent-ils ? avec notre trésorier, Antoine Fouchard Radio Fidélité


Radio Fidélité face au défi : quand les subventions s’évaporent, les auditeurs prennent le relais

Quand le trésorier ouvre les livres de comptes

C’est par un mardi ensoleillé – chose rare à Nantes, comme le souligne Antoine Fouchard avec un sourire dans la voix – que le trésorier de Radio Fidélité s’est prêté au jeu des questions-réponses. Et la première interrogation tombe, directe : où vont exactement ces dons que les auditeurs envoient régulièrement ?

La réponse d’Antoine est limpide. Ces contributions constituent « un poumon absolument essentiel » pour la radio. Deux destinations principales : d’abord, maintenir la qualité des émissions qui informent sur la vie locale et proposent des contenus religieux. Ensuite, et c’est peut-être moins évident pour le grand public, financer les investissements techniques. Parce qu’une radio, même associative, ne peut pas se permettre de rester figée dans le temps.

Des équipements qui coûtent, des ambitions qui restent

Vous vous souvenez de cette couverture exceptionnelle depuis Rome lors de l’élection du pape ? Ou des émissions en direct du Salon de l’agriculture, deux années consécutives ? Ces moments forts ne tombent pas du ciel. Ils nécessitent du matériel performant, des connexions fiables, des équipements capables de suivre le rythme. « Lorsque nous devons faire des émissions sur place, il faut que nous ayons tous les moyens techniques pour pouvoir nous connecter », explique Antoine.

Le Congrès Mission à Paris, les élections municipales… Chaque événement demande des ressources. Et c’est là que vos dons prennent tout leur sens. Ils ne servent pas uniquement à payer des factures d’électricité – bien que ça compte aussi. Ils permettent de vous faire vivre ces moments, de créer cette proximité qui fait la spécificité de Radio Fidélité.

La fidélité, justement, parlons-en

Qui donne à cette radio chrétienne de Loire-Atlantique ? Antoine évoque avec émotion ces « donateurs extrêmement fidèles depuis des années et des années ». Cette relation, dit-il, est « extrêmement riche ». On sent dans ses mots une vraie reconnaissance, presque de la tendresse pour ces auditeurs qui, année après année, renouvellent leur soutien.

Mais la radio ne peut pas se contenter de vivre sur ses acquis. L’équipe cherche activement à toucher de nouveaux profils, notamment via les réseaux sociaux et les nouveaux médias. Parce que tout le monde ne sait pas forcément qu’il existe une radio chrétienne en Loire-Atlantique, ancrée dans le local. C’est un travail de longue haleine, une quête permanente de visibilité dans un paysage médiatique saturé.

Le couperet des restrictions budgétaires

Et puis vient le sujet qui fâche. Celui qui fait grimacer les trésoriers et donne des sueurs froides aux directeurs de structures associatives. Les subventions publiques sont en chute libre. Les chiffres font mal : 75 % de la subvention du conseil régional perdue en 2025, et en 2026, plus rien. Zéro. Nada.

À cela s’ajoutent les restrictions annoncées au niveau de l’État, via le FSER (Fonds de Soutien à l’Expression Radiophonique), rattaché au ministère de la Culture. Antoine ne mâche pas ses mots : « Nous avons énormément de difficulté à compenser ces baisses de subventions. »

La radio explore la piste du mécénat d’entreprise. Des discussions sont en cours, mais rien n’est acquis. Et pendant ce temps, l’horloge tourne.

Des coupes déjà opérées, mais jusqu’où aller ?

Radio Fidélité a déjà serré la ceinture en 2023 et 2024. Des restrictions importantes ont été faites. Mais aujourd’hui, l’équipe se trouve face à un mur. « Nous sommes dans une situation où il nous est difficile de réduire nos moyens et surtout nos moyens humains », confie Antoine.

Les salariés à l’antenne, ceux qui travaillent dans l’ombre pour permettre les diffusions… Toucher à ces effectifs signifierait automatiquement une baisse de qualité. Pire encore : cela obligerait la radio à réduire sa production interne, celle qui fait sa richesse et son identité. Cette production locale, reconnue et appréciée par les auditeurs, pourrait être remplacée par des émissions achetées à l’extérieur.

Le problème ? Ces contenus externes seraient « déconnectés de la vie locale, déconnectés de notre ancrage en Loire-Atlantique ». Antoine parle d’une « spirale négative ». On comprend l’angoisse. C’est toute l’âme de la radio qui serait en jeu.

La liberté a un prix, et ce sont les dons qui la garantissent

Il y a quelque chose de paradoxal dans cette situation. Les subventions publiques diminuent, certes. Mais cette baisse renforce aussi l’importance des dons privés. Et avec eux, une certaine forme de liberté éditoriale. Clara, l’animatrice, le souligne pendant l’interview : les dons permettent de « garder cette liberté qu’il y a à Radio Fidélité ».

Antoine acquiesce. Sans un niveau suffisant de subventions, la radio devra réduire ses effectifs. Et donc sa capacité à produire du contenu local, vivant, connecté aux réalités du territoire. C’est un équilibre fragile, constamment menacé.

Rome, ou quand l’audace paie

Pour terminer sur une note plus légère, Antoine revient sur son « plus beau souvenir » de trésorier. Spoiler : c’est encore cette fameuse couverture de l’élection du pape à Rome. Quand Simon Marty, le directeur, est venu lui présenter le projet, Antoine a d’abord eu la réaction typique d’un trésorier : « Oh là là mon dieu, combien ça va coûter ? »

Mais l’équipe a lancé un appel aux dons exceptionnel. Et là, magie. Les auditeurs ont répondu présent. Massivement. Antoine se souvient de ce « compteur » qu’il tenait avec Véronique, la secrétaire : « Aujourd’hui on a reçu tant, aujourd’hui on a reçu tant… »

Cette newsletter créée pour suivre l’équipe à Rome en temps réel a créé une connexion extraordinaire. Des auditeurs scotchés à leur poste « du matin jusqu’au soir », passionnés par ce suivi. Pour Antoine, c’est la preuve d’une « connivence avec nos auditeurs » qui dépasse le simple rapport donateur-bénéficiaire. C’est une vraie communauté.

L’équation impossible du monde associatif

Radio Fidélité incarne les contradictions du secteur associatif français en 2026. D’un côté, une mission de service public : informer, créer du lien, proposer des contenus de qualité ancrés dans le territoire. De l’autre, des ressources qui se tarissent et une dépendance croissante à la générosité privée.

Les équipes sont « très sérieuses », conscientes de cette fragilité, note Antoine. Pas de dépenses inconsidérées, pas de notes de frais extravagantes. Juste l’essentiel pour faire vivre une radio qui compte pour ses auditeurs.

Mais combien de temps peut-on tenir ainsi ? La question reste en suspens, comme un point d’interrogation planant au-dessus des studios nantais. Le modèle économique des radios associatives est bousculé. Radio Fidélité n’est pas seule dans cette situation, loin de là. Mais chaque structure doit trouver ses propres solutions, tisser son propre réseau de soutien.


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