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Semaine Sainte : les lycéens et leur foi avec Louise Ferrard-Hervouin, responsable de l’aumônerie des lycées publics de Nantes

micRadio Fidélitétoday1 avril 2026 69 7

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    Semaine Sainte : les lycéens et leur foi avec Louise Ferrard-Hervouin, responsable de l'aumônerie des lycées publics de Nantes Radio Fidélité


Semaine sainte : quand les lycéens nantais redécouvrent la foi loin des bancs de l’école

Dans les rues du centre-ville de Nantes, à deux pas des lycées publics, des adolescents poussent discrètement la porte d’une aumônerie. Certains arrivent avec des questions plein la tête, d’autres avec un bagage de souffrances. Tous cherchent quelque chose. Et cette année, quinze d’entre eux se préparent déjà pour Pâques 2027.

Un lieu à part dans la République laïque

L’aumônerie des lycées publics de Nantes, c’est un peu un ovni dans le paysage éducatif français. Comment ça marche, au juste? Louise Ferrard-Hervouin, responsable de l’aumônerie et en charge de l’accompagnement pour les sacrements de l’initiation, explique le dispositif avec une simplicité désarmante. « On a un agrément du rectorat, mais on ne se retrouve pas dans les locaux des établissements. » Les jeunes viennent librement, en dehors des cours, dans deux lieux distincts : face au lycée Clemenceau et rue Mondésir.

Pas de prosélytisme dans les couloirs, donc. Juste des affiches discrètes et le bouche-à-oreille. « Plus ou moins bien accueillies, » reconnaît Louise avec un sourire dans la voix. Mais ça fonctionne. Cette année, une vingtaine de lycées différents sont représentés. Des établissements publics, bien sûr, mais aussi privés. Parce que la réalité de l’aumônerie dépasse largement le cadre de l’enseignement public.

Des profils qui bousculent les idées reçues

Qui sont ces jeunes qui franchissent le seuil? Impossible de les mettre dans une case unique. « Certains sont ancrés dans la foi depuis longtemps, avec un bagage familial solide, » décrit Louise. D’autres débarquent « un peu par hasard, sans trop savoir pourquoi. » Il y a ceux qui ont mille questions et espèrent trouver des réponses. Et puis il y a les demandeurs de sacrements, ceux qui veulent être baptisés, confirmés, recevoir leur première communion.

Cette année, cinq catéchumènes se préparent pour la veillée pascale. Mais tenez-vous bien : quinze demandes sont déjà enregistrées pour Pâques 2027. Un chiffre qui interpelle. Surtout quand on sait que dans le centre-ville de Nantes, les paroisses ne préparent pas aux sacrements pour les lycéens. Ces jeunes sont renvoyés vers les établissements privés ou… vers l’aumônerie publique.

Quelque chose est en train de bouger. Le mercredi des Cendres? De plus en plus de jeunes y assistent. « On le constate vraiment dans le centre-ville de Nantes, » confirme Louise. Et une fois la porte poussée, beaucoup ne s’arrêtent pas là.

Un éventail de propositions pour des emplois du temps de ministre

Organiser la vie spirituelle d’adolescents qui jonglent entre cours, devoirs, sport et vie sociale? Un sacré défi. L’aumônerie a donc multiplié les propositions pour s’adapter à leurs contraintes. Lectio divina, temps d’oraison, enseignements, visites de communautés religieuses… Il y a même une équipe de foot qui s’est montée. Oui, vous avez bien lu.

« Il faut s’adapter aux emplois du temps, aux lieux de vie, » insiste Louise. Les rencontres sont échelonnées tout au long de la semaine. Des temps de partage, des moments conviviaux. L’idée? Proposer un menu varié où chacun peut piocher selon ses besoins et ses disponibilités.

Pour les catéchumènes, deux groupes se retrouvent : l’un le jeudi, une semaine sur deux, l’autre le samedi, même rythme. Un an de préparation. Pas moins. Parce qu’on ne devient pas chrétien en claquant des doigts, même à 17 ans.

Quand la semaine sainte résonne avec leurs blessures

Et puis arrive cette période si particulière. Le carême d’abord, avec son lot de propositions ciblées : chemins de croix, enseignements spécifiques, temps de prière renforcés. Puis la semaine sainte elle-même, ce condensé de drame humain et de mystère divin.

Comment ces récits millénaires touchent-ils des ados du XXIe siècle? « Beaucoup arrivent avec un bagage de souffrance, » confie Louise. La trahison de Judas, l’abandon des disciples, la violence de la Passion… tout ça n’est pas étranger à leur vie. Au contraire. Ça résonne. Parfois violemment.

« Ce qui les touche profondément, c’est le mystère de la croix, » poursuit-elle. À l’aumônerie, on prend le temps de contempler ce mystère, de voir comment il peut résonner dans chaque vie. « On essaie de vivre cette conviction : c’est par la croix que passe la joie dans le monde. » Pas évident à digérer quand on a 16 ans et qu’on scrolle Instagram entre deux cours de maths.

Cette semaine, le programme est dense. Vendredi dernier, un grand chemin de croix a lancé les hostilités. Puis viennent les différentes célébrations : messe chrismale, office de la Passion… Avant chaque célébration, un temps d’enseignement. Vendredi saint, une lectio divina sur le texte de la Passion. Et dimanche, l’apothéose : la veillée pascale avec les baptêmes.

L’aboutissement qui n’en est pas un

Pour les cinq catéchumènes de cette année, c’est le grand jour qui approche. Enfin, pas tout à fait. « On essaie qu’ils ne le voient pas comme un aboutissement, mais bien comme un début, » précise Louise. Facile à dire, moins facile à vivre quand on attend ce moment depuis un an.

Souvent, d’ailleurs, leur demande a émergé lors de la semaine sainte de l’année précédente. Comme si ce temps liturgique avait un pouvoir particulier de déclic. « Ils ont hâte, ils sont pressés, » reconnaît Louise. Mais l’accompagnement continue après. Parce qu’un baptême, c’est un départ, pas une ligne d’arrivée.

L’impact dépasse d’ailleurs les seuls catéchumènes. « Ça secoue l’entourage, » observe Louise. Les amis, bien sûr. Mais aussi les familles, parfois « très éloignées des questionnements de leur enfant. » Imaginez la scène : votre ado vous annonce qu’il veut être baptisé alors que vous n’avez pas mis les pieds dans une église depuis vingt ans. Ça fait quoi?

L’effet réseaux sociaux, entre porte d’entrée et fake news

Impossible d’ignorer l’éléphant dans la pièce : les réseaux sociaux. « C’est une vraie réalité, » confirme Louise. Des jeunes arrivent en disant qu’ils ont découvert la foi via tel ou tel compte Instagram, telle chaîne YouTube. Frère Paul-Adrien d’Hardemare et consorts ont leur fan-club chez les lycéens nantais.

Mais attention. « Il y a ce qu’il y a de bon et ce qu’il y a de moins bon. » Les réseaux peuvent être la porte d’entrée, certes. Mais ils véhiculent aussi des approximations, des raccourcis, parfois des contresens théologiques. « Il y a un peu de dépoussiérage à faire, » sourit Louise.

Et puis il y a un gouffre entre regarder des vidéos sur son téléphone et pousser la porte d’une aumônerie. Entre consommer du contenu religieux et s’engager dans une démarche. Ce pas-là, certains le franchissent. D’autres pas.

Un dialogue qui dépasse les frontières confessionnelles

Dans les lycées publics, on côtoie forcément des jeunes qui ne croient pas. Ou qui viennent d’autres traditions religieuses. Est-ce que la semaine sainte ouvre des dialogues particuliers? « Ceux qui viennent à l’aumônerie ont déjà des questions, » nuance Louise. Ils ne débarquent pas par hasard.

Mais ils n’arrivent pas tous avec le même bagage. Normal. « Ils viennent partager ensemble, apprendre ensemble, cheminer ensemble. » Chacun à son rythme, avec ses interrogations. « Les uns envers les autres, ils s’élèvent mutuellement. » Une belle image de ce que pourrait être une communauté chrétienne vivante : pas un club de gens qui pensent pareil, mais un espace où les différences font grandir.

Comment franchir le pas?

Pour un jeune qui entendrait cet entretien et se dirait « pourquoi pas moi? », la démarche est simple. « On peut prendre rendez-vous, mais on peut aussi venir directement à une rencontre, » explique Louise. Pas besoin de protocole compliqué. On peut aussi, tout bêtement, aller voir un prêtre à la fin d’une messe. Il saura orienter vers l’aumônerie.

Rue Clemenceau ou rue Mondésir, les portes sont ouvertes. Y compris en semaine sainte. Surtout en semaine sainte, peut-être.

Une exigence qui ne dit pas son nom

Derrière la simplicité apparente du dispositif, il y a une vraie exigence. Louise le dit clairement : accompagner des catéchumènes, « c’est une grande grâce, mais aussi une grande responsabilité. » On ne prépare pas un baptême comme on organise une sortie scolaire. Il faut penser au avant, au pendant, au après.

Et puis il y a cette réalité : beaucoup de ces jeunes portent des blessures. Des parcours de vie parfois lourds. Des questions existentielles qui ne se résolvent pas en trois sessions de catéchèse. L’accompagnement doit être fin, patient, ajusté.

« C’est une grâce pour notre aumônerie, mais pour l’Église, » résume Louise. Difficile de lui donner tort. Dans une société où on annonce régulièrement la mort du christianisme, voir des ados de 17 ans demander le baptême, ça interroge. Ça bouscule aussi, probablement, certaines certitudes sur la jeunesse actuelle.

Et maintenant?

Cette semaine sainte 2025 s’annonce donc intense pour l’aumônerie des lycées publics de Nantes. Cinq baptêmes lors de la veillée pascale. Des dizaines de jeunes qui vont vivre ensemble les offices, les enseignements, les temps de méditation. Des amitiés qui se nouent. Des questions qui émergent. Des réponses qui se dessinent, parfois.

Et déjà, l’horizon de Pâques 2027 se profile avec ses quinze demandes de sacrements. Comme si quelque chose était en train de se passer. Discrètement, loin des projecteurs médiatiques. Dans deux lieux discrets du centre-ville nantais où des lycéens viennent chercher… quoi, au juste?

Du sens, probablement. Une communauté, peut-être. Une réponse à cette question que tout adolescent se pose un jour ou l’autre : qu’est-ce que je fais là? Et si ma vie avait un sens plus grand que ce que je vois?

Entre les cours de philo et les matchs de foot de l’aumônerie, entre les stories Instagram et les lectio divina du vendredi, ces lycéens nantais inventent une manière d’être chrétien au XXIe siècle : décomplexée, questionnante, et résolument vivante.


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