play_arrow

L'invité(e) de la matinale

Semaine Sainte : le coeur de la foi avec Mathilde Finot, responsable du service des formations du diocèse de Nantes

micRadio Fidélitétoday30 mars 2026 16

Arrière-plan
share close
  • cover play_arrow

    Semaine Sainte : le coeur de la foi avec Mathilde Finot, responsable du service des formations du diocèse de Nantes Radio Fidélité


Semaine Sainte : Pourquoi ces sept jours changent tout pour les chrétiens

Bien plus qu’un aboutissement

On pourrait croire que la semaine sainte n’est que la conclusion du carême. Une sorte de ligne d’arrivée après quarante jours d’efforts. Mathilde Finot balaie cette idée d’un revers de main. « La semaine sainte, c’est beaucoup plus que ça », explique-t-elle sur les ondes de Radio Fidélité. « C’est la semaine qui devrait être modélisante pour toutes nos semaines de l’année. »

Modélisante. Le mot peut paraître technique, mais l’idée est simple : cette semaine résume toute la vie chrétienne, du début à la fin. Elle nous dit quelque chose du projet initial de Dieu pour nous. Pas mal pour sept jours, non ?

Le paradoxe des Rameaux

Tout commence hier, dimanche des Rameaux. Une foule acclame Jésus entrant à Jérusalem. Quelques jours plus tard, cette même foule réclamera sa mort. Comment comprendre un tel revirement ?

« Cet écart n’est que le reflet de nos réalités quotidiennes », répond Mathilde. « Notre pauvre petite humanité qui fait ce qu’elle peut. » Elle cite Saint Paul : dès qu’on veut faire le bien, on se retrouve à faire le mal. Et inversement. Heureusement, pas toujours pour des choses aussi graves que la mort d’un homme. Mais ce basculement, on le connaît tous. La joie et le mal, côte à côte, dans nos vies ordinaires.

C’est dérangeant, cette lucidité. Et pourtant, elle sonne juste.

Un repas, une croix, un silence

Au cœur de la semaine, il y a le triduum pascal. Jeudi, vendredi, samedi. Trois jours au visage très différent. Un repas d’abord, la Cène du jeudi saint. Puis une croix le vendredi. Enfin, un grand silence le samedi. Comment ces trois moments forment-ils un seul mystère ?

« Parce qu’ils nous disent exactement ce qu’est la vie chrétienne », explique Mathilde. Le repas, c’est le quotidien. On mange trois fois par jour, parfois moins, parfois plus. La vie chrétienne n’est pas hors sol. Elle s’ancre dans le réel, dans nos gestes de tous les jours.

La mort fait partie de notre vie aussi. On espère tous qu’il y a quelque chose derrière, une résurrection. Et puis il y a ce vide du samedi. Ce moment où on ne sait pas ce qui va se passer. L’expectative pure. On a tous connu ça, même quand on déborde d’espoir.

Le vendredi : austère et pourtant si fréquenté

Pas de messe le vendredi saint. Un office sobre, une église dépouillée. Et pourtant, c’est l’un des jours les plus fréquentés dans les paroisses. Étonnant, non ?

Mathilde avance une hypothèse : « Il y a quelque chose dans la tête des gens de vouloir vivre du radical. » Pas du gris, pas du rose pâle. Quelque chose de tranché, de net. L’expérience de la mort fait partie de cette radicalité. On cherche peut-être, inconsciemment, à toucher du doigt ce qui est essentiel.

Le samedi, ce grand inconnu

On en parle peu. Pas de messe, pas de célébration. Alors, que se passe-t-il vraiment ce jour-là ?

« L’Église est en attente », répond Mathilde. L’Église avec un grand E, tous les chrétiens ensemble. Jésus a fait des promesses. Dieu a fait des promesses. La Bible en est remplie. Et ce jour-là, on se demande : vont-elles se réaliser ?

Ce n’est pas forcément triste. Pas besoin de pleurer toute la journée. C’est plutôt un temps de pause. Un moment pour se demander si on est vraiment dans le bon projet, celui que Dieu a pour nous. Ou si on n’est pas un peu à côté de la plaque.

Est-ce que c’est comme l’avant de Noël, cette préparation du cœur ? « Pas tout à fait », nuance Mathilde. L’avant de Noël, c’est très plein. Des préparatifs, des cadeaux, des gens à recevoir. Le samedi saint, c’est du vide. On essaie de faire le plus possible le vide en soi pour accueillir quelque chose de gigantesque le lendemain.

La vigile pascale : de la mort à la vie

Dans la nuit du samedi au dimanche, il y a la vigile pascale. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, c’est un passage. De la mort à la vie. Du noir à la lumière. Du vide au plein.

Ça se traduit par le feu pascal, le cierge qui illumine l’obscurité. Et puis les baptêmes d’adultes. Pourquoi baptise-t-on les catéchumènes pendant cette vigile ? Parce que le baptême, c’est justement ce passage accéléré, en symbole, de la mort à la vie.

Dans les premiers siècles, on baptisait par immersion. On plonge dans l’eau, dans l’obscurité, comme dans la mort. Et d’un coup, on ressurgit. Une vie nouvelle commence. Une vie complète.

Pâques, plus important que Noël

Le dimanche matin, c’est la messe de Pâques. Une célébration joyeuse, explosive même. Et c’est la fête la plus importante de l’année chrétienne. Devant Noël.

« Largement devant Noël », insiste Mathilde. Ça prend peut-être moins de place dans la vie quotidienne, avec ses chocolats et ses cloches. Mais dans la vie chrétienne, ça devrait occuper le premier rang. Pourquoi ? Parce que c’est Pâques qui dit ce que Jésus est venu faire pour nous.

Il s’est incarné à Noël, d’accord. Mais il n’est pas juste venu pour regarder le temps passer. Il est venu transformer nos vies de l’intérieur. Sa mort et sa résurrection changent profondément notre nature humaine. La mort devient un passage, plus une fin.

« C’est finalement la résurrection qui résume la foi chrétienne », conclut Mathilde. Plus que sa naissance. Complètement, totalement.

Huit jours de fête

La fête continue pendant huit jours. On appelle ça l’Octave de Pâques. Pourquoi ? Parce qu’un seul jour ne suffit pas à contenir toute cette joie. C’est comme une grande fête familiale où on a envie de prolonger le moment, de garder les invités encore un peu.

Pâques, c’est tellement extraordinaire, tellement joyeux, une telle bouffée d’oxygène que huit jours, c’est le minimum.

Vivre la semaine au quotidien

Bon, d’accord pour les offices du jeudi et du vendredi. Mais comment vivre toute cette semaine en tant que chrétien, dès le dimanche des Rameaux ?

Mathilde propose une piste intéressante. Si on regarde les lectures des offices de lundi, mardi, mercredi et jeudi, il y a toujours un repas. Le lundi, une onction et un repas. Le mardi, une trahison et un repas. Le mercredi, à nouveau trahison et repas. Le jeudi, la Cène, donc forcément un repas.

« C’est intéressant, ces quatre premiers jours au cœur d’un repas », souligne-t-elle. Ça nous dit quelque chose pour notre quotidien. Vivre la semaine sainte, c’est pas juste réserver un temps de prière en se disant « bon, quand même, faut que je fasse attention ». C’est beaucoup plus que ça.

C’est toute sa vie, toute sa journée qu’on voudrait sanctifier. Du repas à tout ce qu’on fait. Pas de séparation entre le sacré et le profane.

Être saint, c’est quoi au juste ?

Attention, sanctifier ne veut pas dire être parfait. Être saint, c’est faire tout son possible pour faire advenir le royaume de Dieu. Ici, aujourd’hui, maintenant.

Ça veut dire faire attention à soi. Faire attention aux autres. Et surtout, faire attention à tous ceux qu’on n’aime pas. « C’est beaucoup plus difficile que de faire attention à ceux qu’on aime », reconnaît Mathilde avec un petit sourire dans la voix.

Ça veut dire aussi faire attention à son environnement, au monde dans lequel on vit. Au sens écologique, mais pas seulement. Ça n’a pas de sens de prier énormément et de faire n’importe quoi une fois dans la rue avec les gens qu’on croise.

Les 40 jours qui changent une habitude

On parle de conversion pendant le carême. Cette conversion doit se renforcer pendant la semaine sainte. Quarante jours, c’est pas juste un symbole religieux. En psychologie, c’est le temps qu’il faut pour changer une habitude.

« Si on veut réussir à changer quelque chose en nous, quarante jours, c’est pas mal », explique Mathilde. C’est très humain, en fait. Quand on arrive dans la semaine sainte, si on a fait à peu près les quarante jours derrière, on a normalement réussi à changer quelque chose profondément.

On ne reprendra pas la mauvaise habitude qu’on avait décidé de laisser de côté. Du moins, on l’espère.

Mettre le nez dans la Bible

Au service des formations du diocèse, il n’y a pas de formations spécifiques sur la semaine sainte. Mais il y a des formations bibliques. Parce que ce qui est fondamental, c’est de lire ces textes. Pas juste de savoir que c’est une semaine particulière qui finit à Pâques.

« Regardez ce que la Bible nous dit, du dimanche jusqu’à l’autre dimanche », encourage Mathilde. Mettre le nez dans la Bible, c’est toujours une bonne chose. Surtout l’évangile des Rameaux, particulièrement long. On pourrait passer des heures à l’analyser.

Et c’est exactement ce qu’ils font parfois au service des formations. Décortiquer, comprendre, s’approprier ces textes qui traversent les siècles.


L'invité(e) de la matinale

Rate it