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Semaine Sainte : la messe chrismale avec le Père Sébastien Catrou, recteur de la Cathédrale

micRadio Fidélitétoday31 mars 2026 13

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    Semaine Sainte : la messe chrismale avec le Père Sébastien Catrou, recteur de la Cathédrale Radio Fidélité


La cathédrale de Nantes rouvre ses portes pour la messe chrismale : un rendez-vous unique

Quand toute une église se retrouve

Imaginez un peu la scène. Des prêtres, des diacres, des séminaristes, des consacrés et des centaines de fidèles, tous réunis dans la même église. C’est rare, non ? Voilà exactement ce qui va se passer ce mardi soir à Nantes. La messe chrismale, c’est un peu comme une grande réunion de famille avant d’entrer dans les jours saints de Pâques.

« C’est un moment où l’on se sent très concrètement à la communion de l’église locale », explique le père Sébastien Catrou avec un sourire. Et il a raison. Dans notre quotidien, on vit sa foi dans sa paroisse, son petit coin. Mais là, tout le diocèse se rassemble. C’est puissant.

Le mystère des huiles sacrées

Bon, soyons honnêtes. Le mot « chrismale » peut sembler un brin mystérieux. Pourtant, sa signification est fascinante. Cela vient de la même racine que « Christ » : celui qui a reçu l’onction, celui qui est choisi par Dieu. Et justement, au cœur de cette célébration, il y a ces fameuses huiles.

L’évêque va bénir trois huiles différentes. D’abord, l’huile des catéchumènes pour ceux qui cheminent vers le baptême. Ensuite, l’huile de l’onction des malades. « Je trouve que c’est très beau que ce soit signifié au cœur de cette célébration », confie le père Catrou. Parce que oui, l’Église porte dans sa prière les personnes fragiles, malades.

Et puis il y a le saint-chrême. Celui-là, c’est le plus solennel. Il marquera le front des nouveaux baptisés, des confirmés, parfois même des prêtres nouvellement ordonnés. Un lien direct avec le Christ lui-même.

Un voyage à travers tout le diocèse

Voici un détail que vous ignorez peut-être. Sitôt la messe terminée, chaque paroisse va récupérer ses huiles à la sacristie de la cathédrale. Les curés ou leurs délégués viennent avec leurs « crémaux » – comprenez des récipients spéciaux – pour repartir avec ces huiles qui voyageront ensuite dans toute la Loire-Atlantique.

C’est concret, c’est presque logistique. Et pourtant, c’est profondément symbolique. Ces huiles consacrées par l’évêque vont servir dans les semaines et les mois qui viennent, créant un lien tangible entre la cathédrale et la plus petite chapelle de campagne.

Pourquoi un mardi et pas le jeudi saint ?

Bonne question ! Traditionnellement, cette messe a lieu le jeudi saint au matin. Mais à Nantes, depuis une quarantaine d’années, on a fait un autre choix. « Pour des raisons pastorales », précise Sébastien Catrou. Le jeudi matin, les prêtres sont occupés, les fidèles travaillent. Difficile de rassembler tout le monde.

Alors on anticipe. Le mardi saint, c’est plus accessible. D’autres diocèses optent pour le lundi ou le mercredi. Il y en a même où la célébration a lieu la semaine précédente ! Pourquoi ? Parce que certains prêtres ont besoin de plus de 48 heures de voyage pour rejoindre leur cathédrale. On n’y pense pas toujours, mais l’Église, c’est aussi ces réalités géographiques.

Des promesses renouvelées devant tous

Il y a un autre moment fort qui attend les prêtres ce mardi soir. Devant l’évêque et devant le peuple rassemblé, ils vont renouveler leurs promesses sacerdotales. Redire leur oui. Leur désir de servir, de se donner.

« C’est un geste très fort, très émouvant », confie le père Catrou. On les voit tels qu’ils sont, avec leur diversité, parfois leur fatigue, mais aussi leur attachement profond à leur ministère. Est-ce qu’ils se préparent spécialement à ce moment ? Pas forcément. La vie quotidienne ne laisse pas toujours le temps de se questionner sur sa vocation.

Mais la solennité du moment, l’interpellation de l’évêque, la présence de tous les confrères… tout cela crée quelque chose de particulier. « Même si on n’y est pas très préparé, la gravité du moment nous rejoint », explique-t-il.

C’est touchant, cette vulnérabilité assumée. Ces hommes qui, une fois par an, devant toute l’Église diocésaine, redisent leur engagement. Juste avant d’entrer dans le Triduum pascal, ce moment où l’on célèbre le oui du Christ jusqu’au bout de sa mission.

Et les fidèles dans tout ça ?

Cette messe n’est pas réservée au clergé. Loin de là. Les fidèles sont largement invités. Mais qu’est-ce qu’ils viennent y chercher exactement ?

Le père Catrou reconnaît certains visages chaque année. Des personnes de toutes les paroisses où il est passé, fidèles à ce rendez-vous. Certains sont attachés à cette dimension diocésaine, d’autres veulent accompagner les prêtres dans leur renouvellement. Il invite même les futurs baptisés de la nuit de Pâques à venir découvrir quelque chose de plus large que leur petit groupe de préparation.

« Ils sont toujours très touchés de découvrir tout cela qui dépasse un peu ce qu’ils imaginent », raconte-t-il. C’est vrai que la messe chrismale offre une perspective différente. On sort de sa paroisse, on voit l’Église dans sa dimension universelle. Enfin, diocésaine au moins.

Une liturgie qui prend tout son sens

Liturgiquement parlant, qu’est-ce qui change ? Les lectures, notamment. Le prophète Isaïe proclame que le Seigneur a consacré par l’onction. Jésus lui-même reprend ces paroles dans l’Évangile : « L’esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. »

Ce soir-là, dans la cathédrale, ces mots résonnent différemment. On touche du doigt ce dont parle Isaïe. L’évêque bénit les huiles, et tout s’éclaire. « C’est aujourd’hui que cette parole s’accomplit », précise Jésus dans l’Évangile. Et c’est vrai pour nous aussi, baptisés, consacrés par cette même onction, envoyés à la suite du Christ.

Il y a une unité magnifique dans tout ça. La lecture rejoint l’onction, qui rejoint le chemin des huiles vers les paroisses. Un fil rouge qui traverse toute la célébration.

Une cathédrale qui renaît

Après cinq ans de fermeture pour travaux, cette messe chrismale prend une saveur particulière. Pour le père Catrou, recteur de la cathédrale, est-ce que cela ajoute une dimension supplémentaire ? « Ce qui donne une dimension supplémentaire, c’est que ça se fasse à la cathédrale, dans l’église mère du diocèse », répond-il simplement.

Comme recteur, il ne se sent pas différent de ses confrères. Il renouvelle les mêmes promesses, avec la même gravité. Mais on devine quand même une certaine fierté à accueillir à nouveau cette célébration dans ces murs restaurés.

La cathédrale sera-t-elle bondée ? « J’espère », sourit-il, « dans les limites acceptables liées à la sécurité. » Parce que oui, ces messes rassemblent beaucoup de monde. C’est aussi le signe d’une Église vivante, qui se retrouve, qui célèbre ensemble.

Une porte d’entrée vers la Semaine sainte

Cette messe chrismale, c’est finalement bien plus qu’une tradition liturgique. C’est un moment de communion, de rassemblement, de préparation. On y vient pour accompagner les prêtres, pour prier pour les futurs baptisés, pour recevoir l’évêque qui porte une parole destinée à tout le diocèse.

C’est joyeux, c’est solennel, c’est unique dans l’année. Et c’est ouvert à tous. Pas besoin d’être un expert en liturgie pour y trouver sa place. Il suffit de vouloir entrer ensemble dans la Semaine sainte, ce moment central de l’année chrétienne.


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