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Santé : un nouveau lieu dédié à l'innovation et à la recherche à Nantes avec Franckie Trichet, vice-président de Nantes Métropole en charge de l'innovation et du numérique

micRadio Fidélitétoday16 février 2026 12

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    Santé : un nouveau lieu dédié à l'innovation et à la recherche à Nantes avec Franckie Trichet, vice-président de Nantes Métropole en charge de l'innovation et du numérique Radio Fidélité


Nantes mise sur l’innovation pour réinventer la santé de demain

Un archipel qui veut tout changer

Franckie Trichet, vice-président de Nantes Métropole en charge de l’innovation et du numérique, ne cache pas son enthousiasme. L’archipel d’innovation en santé, c’est son bébé. Enfin, celui de toute une ville. « On a vraiment l’ambition de mixer à la fois la pratique, la recherche, la formation et l’innovation », explique-t-il. Concrètement ? Plusieurs bâtiments vont éclore sur le quartier de la santé nantais. Pas un seul mastodonte, mais une constellation d’espaces pensés pour accompagner les projets de santé depuis leur naissance jusqu’à leur maturité.

L’idée, c’est ce que Franckie Trichet appelle le « parcours résidentiel ». Un joli terme pour décrire un concept simple : permettre à une jeune pousse de trois personnes travaillant sur un nouveau médicament de grandir tranquillement, sans devoir quitter Nantes. Du laboratoire à l’usine de production, tout le chemin est balisé. 30 000 m² sur l’île de Nantes, 100 000 m² sur le bioparc à Saint-Herblain. De quoi voir venir.

Dix ans pour faire un médicament

Parce que oui, créer un médicament, ça prend du temps. Dix ans, précise Franckie Trichet. Dix ans pendant lesquels une équipe de chercheurs va devoir grossir, tester, échouer parfois, recommencer. Et pendant ces dix années, il faut des mètres carrés. Des petits espaces au début, puis des plus grands. C’est là que l’archipel prend tout son sens.

« On a pensé avec l’ensemble des acteurs du territoire ce parcours pour se projeter dans les dix ans », souligne le vice-président. Nantes ne veut pas juste attirer des startups. Elle veut les garder. Les voir grandir. Les transformer en Eurofins, cette entreprise née dans les laboratoires nantais et qui emploie aujourd’hui 500 personnes.

Quand l’innovation rencontre l’humain

Mais alors, est-ce que cet archipel va résoudre le problème des déserts médicaux ? Trichet ne promet pas la lune. « La solution idéale, c’est toujours d’avoir de l’humain en proximité pour soigner », reconnaît-il. Pas question de remplacer votre médecin de famille par une intelligence artificielle.

Par contre, l’innovation peut aider. Beaucoup. Le numérique peut améliorer le diagnostic à distance. Les nouveaux dispositifs peuvent personnaliser les soins. Et surtout, la prévention peut éviter qu’on tombe malade. « La meilleure des santés, c’est celle qui prévient la maladie », rappelle Trichet. Une évidence qu’on oublie trop souvent.

À Nantes, ils ont compris qu’il ne faut pas opposer innovation et proximité. Les maisons de santé de quartier restent essentielles. Mais elles peuvent être épaulées par des outils qui permettent d’aller plus vite, de mieux anticiper, de personnaliser davantage. C’est cette combinaison qui fait la force du projet nantais.

L’IA qui fait peur… mais qui soigne

L’intelligence artificielle, parlons-en. Elle est sur toutes les lèvres, souvent pour la critiquer. Franckie Trichet ne nie pas les inquiétudes. Mais il voit aussi son potentiel en santé. « Elle permet d’éviter d’être malade parce qu’on anticipe très en amont les premiers signes », explique-t-il.

Nantes a un atout : la ville est déjà forte sur la donnée et l’IA. Pourquoi ne pas mettre cette expertise au service de la santé ? Détecter un cancer plus tôt. Prédire une maladie cardiovasculaire. Personnaliser un traitement. L’IA ne remplace pas le médecin, elle l’aide. Nuance importante.

De Nantes à New York

L’ambition affichée ? Faire de Nantes un pôle d’excellence européen. Rien que ça. Franckie Trichet cite Détroit, New York, ces villes où la santé innove depuis longtemps. Toutes s’appuient sur une recherche académique solide. À Nantes, l’oncologie, l’immunothérapie, les cellules souches : autant de domaines où la ville excelle déjà.

« Il faut continuer à alimenter la recherche en amont », insiste Franckie Trichet. Mais pas seulement. Il faut aussi transformer cette recherche en entreprises. En emplois. En solutions concrètes pour les patients. C’est tout l’enjeu de l’archipel : créer un écosystème complet où chercheurs et entrepreneurs travaillent main dans la main.

Johanna Rolland, la maire de Nantes, a préempté des terrains. Elle a anticipé les besoins en mètres carrés. Parce que dans les grandes villes, l’espace, c’est le nerf de la guerre. « Ces entreprises qui inventent les vaccins de demain puissent venir à Nantes », résume Franckie Trichet.

La question qui fâche : le budget

Évidemment, tout ça coûte cher. Des centres de santé ferment ailleurs pour raisons économiques. Les restrictions budgétaires se multiplient. Comment Nantes va-t-elle tenir le coup ?

Franckie Trichet ne semble pas inquiet. « On n’y va pas tout seul », répond-il. L’État, la région, la métropole, la ville : tout le monde met la main à la poche. Des partenariats public-privé vont se mettre en place. Et surtout, c’est un investissement sur le temps long.

« Un territoire qui n’investit pas sur la santé, c’est un territoire qui ira mal dans vingt ans », prévient-il. Difficile de lui donner tort. La santé, c’est la première préoccupation des Français, avec le pouvoir d’achat. Et sans santé, rien ne va.

Prévention : le mot magique

Trichet revient sans cesse sur la prévention. C’est son cheval de bataille. « Plus on sera dans la prévention, moins on aura de charge sur le soin », martèle-t-il. Et ça pourrait même sauver la sécurité sociale. Une idée qui mérite qu’on s’y attarde.

La santé, ce n’est plus juste le soin. C’est global. L’air qu’on respire, l’eau qu’on boit, l’activité physique, la culture, tout compte. Nantes l’a compris. La ville vient de créer une maison de l’adolescence et de la jeunesse, avec un focus sur la santé mentale. Parce que chez les jeunes, les problèmes montent. Et qu’il vaut mieux prévenir que guérir.

Cette expression, Franckie ne la prononce pas, mais elle plane sur toute la conversation. La santé mentale, justement, c’est un domaine où la prévention change tout. Quand le soin arrive, c’est souvent trop tard. Anticiper, écouter, accompagner : voilà ce qui fait la différence.

Un écosystème qui fonctionne déjà

Ce qui frappe dans le discours de Franckie Trichet, c’est qu’il ne parle pas d’un projet futuriste. L’écosystème nantais existe déjà. Le CHU, l’université, les technopôles, les collectivités : tous travaillent ensemble. L’archipel vient compléter ce qui existe, pas le créer de toutes pièces.

Cette force du collectif, c’est peut-être le vrai secret de Nantes. Tous les territoires n’ont pas cette capacité à faire travailler ensemble des acteurs aussi différents. Des chercheurs en blouse blanche et des entrepreneurs en baskets. Des praticiens hospitaliers et des ingénieurs en IA. Des étudiants en médecine et des spécialistes de la bioproduction.

« On ne fait pas de l’innovation pour faire de l’innovation », précise Franckie Trichet. L’innovation doit servir. Remettre de l’humanité dans les soins. Densifier la relation patient-médecin. Permettre une médecine plus personnalisée. C’est cette vision qui guide le projet.

2030, c’est demain

Six ans, ça passe vite. D’ici 2030, l’archipel devrait être opérationnel. Les premiers bâtiments sortiront de terre. Les premières entreprises s’installeront. Les premiers médicaments seront peut-être en développement.

Nantes fait le pari que la santé sera le secteur clé des prochaines décennies. Un pari raisonnable quand on voit le vieillissement de la population, la multiplication des maladies chroniques, les défis environnementaux qui impactent notre santé. La ville ne veut pas subir ces évolutions, elle veut les anticiper.


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