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Prisons : blocage des maisons d’arrêt françaises avec William Cozic du syndicat FO Justice à la prison de Nantes

micRadio Fidélitétoday27 avril 2026 15

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    Prisons : blocage des maisons d’arrêt françaises avec William Cozic du syndicat FO Justice à la prison de Nantes Radio Fidélité


Prisons françaises : « On ne fait que subir », le cri d’alarme de surveillants nantais

Quand les chiffres donnent le vertige

On connaissait la crise du logement. Voici maintenant celle de la surpopulation carcérale, version grand huit cauchemardesque. Les prisons françaises affichent un taux d’occupation global de 137 %. Un record qui ne fait honneur à personne. Mais c’est en Loire-Atlantique que la situation prend des allures de scénario catastrophe : la maison d’arrêt de Nantes tourne à 200 % de sa capacité. Oui, vous avez bien entendu. Deux fois plus de détenus que de places disponibles.

Concrètement ? Plus de 250 matelas posés à même le sol. Des cellules de neuf mètres carrés qui accueillent quatre personnes. Imaginez votre salon, divisez-le en deux, et mettez-y quatre adultes 23 heures sur 24. Pas vraiment le Club Med.

Face à cette asphyxie, le syndicat Force ouvrière Justice a frappé fort : une lettre ouverte adressée aux parlementaires, un appel à l’aide qui ressemble de plus en plus à un ultimatum. « Aujourd’hui, toutes les maisons d’arrêt, tous les établissements pour peine sont totalement saturés », explique William Cozic. « Notre dernier recours, ce sont les décisionnaires. »

Le dernier maillon d’une chaîne qui se rompt

William Cozic ne mâche pas ses mots. « Nous, on est le dernier maillon de la chaîne. On ne fait que subir. » Cette phrase résume à elle seule le désarroi des personnels pénitentiaires, coincés entre le marteau des décisions politiques et l’enclume d’une réalité quotidienne explosive.

Avant, quand les pics de surpopulation se manifestaient, il existait des soupapes. On transférait des détenus vers d’autres établissements de l’interrégion, histoire de respirer un peu. Mais aujourd’hui ? Partout en France, c’est le même tableau : saturation totale. Plus de places, plus de solutions de repli. Juste des cellules qui se remplissent, encore et encore.

Et ce n’est pas près de s’arrêter. Une nouvelle loi sur la criminalité doit être présentée au Parlement dans les semaines à venir. Le durcissement de certaines peines pourrait aggraver encore la situation. Pourtant, il existe une lueur d’espoir dans ce texte : un système de régulation carcérale qui permettrait à l’administration pénitentiaire de gérer les flux entrants et sortants. « Même si tout n’est pas bon dans la loi, il faut garder ce qui est bon », martèle William Cozic, qui a pu échanger avec la parlementaire venue visiter l’établissement. « On ne veut pas de clivage politique. On veut un intérêt collectif qui prédomine. »

Des tensions qui montent, des nerfs qui lâchent

Vous vous demandez peut-être quelles sont les conséquences concrètes de cette surpopulation ? Spoiler : elles ne sont pas jolies à voir.

D’abord, il y a les détenus. Être le quatrième dans une cellule, dormir sur un matelas au sol, vivre dans neuf mètres carrés sans intimité… On peut comprendre que ça génère des tensions. « À la place du détenu, on peut comprendre que ce ne serait pas agréable », reconnaît William Cozic avec un euphémisme qui en dit long.

Mais les surveillants ne sont pas épargnés. Au contraire. « C’est beaucoup d’usure psychologique et de patience », confie-t-il. Avec les rythmes de travail actuels, « on perd un peu patience ». L’établissement manque de 20 % de personnel. Sur les 420 agents que compte le centre pénitentiaire de Nantes, 61 postes étaient vacants au 1er avril. Résultat ? Des collègues qui enchaînent entre 60 et 80 heures supplémentaires par mois. Des nuits blanches à répétition. Une usure physique et mentale qui s’accumule.

« Ce n’est pas un métier de tout repos, c’est de la gestion des humains », rappelle William Cozic. Et gérer des humains dans un contexte de surpopulation extrême, c’est comme essayer d’éteindre un incendie avec un verre d’eau.

L’État pas assez visionnaire

Le ministre a obtenu 1000 postes supplémentaires lors du projet de loi de finances de l’année dernière. C’est un début, mais c’est loin d’être suffisant. « Il faudra encore qu’il aille chercher des postes supplémentaires pour les années à venir », estime le syndicaliste.

Le problème ? L’État n’a pas anticipé. « Les gouvernements successifs ont attendu, attendu alors qu’il aurait fallu anticiper », regrette William Cozic. Entre le moment où on décide de recruter et celui où les nouveaux agents arrivent en établissement, il faut compter deux ans. Deux ans pendant lesquels la situation continue de se dégrader.

C’était pourtant prévisible. Les procédures judiciaires s’allongent, les condamnations s’accumulent. Aucun besoin d’être Madame Irma pour voir venir la catastrophe.

Les bracelets électroniques, ces grands oubliés

Parlons un peu des alternatives à l’incarcération. Vous vous souvenez du COVID ? À l’époque, les bracelets électroniques avaient montré leur efficacité pour désengorger les prisons. Aujourd’hui, 19 bracelets ne sont pas utilisés à Nantes. Pourquoi ce gâchis ?

« Il faut qu’il y ait une volonté politique marquée », répond William Cozic. Sans directive claire, les magistrats hésitent à prendre cette décision. Et même quand la volonté existe, il faut du personnel pour poser les bracelets et assurer le suivi. Or, les services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP) manquent eux aussi de bras.

C’est le serpent qui se mord la queue. Pour désengorger les prisons, il faut des alternatives. Pour mettre en place ces alternatives, il faut du personnel. Pour recruter du personnel, il faut du temps. Et pendant ce temps, les cellules continuent de se remplir.

Grève ou pas grève ?

L’Union fédérale autonome pénitentiaire a appelé à la grève dans tous les établissements. FO Justice, elle, temporise. « On laisse la main aux parlementaires et au gouvernement pour prendre les bonnes décisions », explique William Cozic. Si le sens des responsabilités des politiques ne prévaut pas, alors oui, le syndicat rejoindra le mouvement. Mais pour l’instant, c’est jugé « prématuré ».

Pourquoi cette retenue, alors que la situation frise l’inhumanité ? « La balle est dans leur camp », répond le syndicaliste. « Il faut aussi leur laisser le temps d’agir, même si il y a urgence. » Le ministre est « relativement à l’écoute », les parlementaires ont été alertés. Reste à voir si les actes suivront les paroles.

Un modèle allemand à suivre ?

Une proposition de loi a été déposée début avril à l’Assemblée nationale. L’idée ? Introduire un seuil de surpopulation maximum dans chaque établissement, sur le modèle allemand. William Cozic y croit. « Tout ce qui permettra de mettre un numerus clausus sera une très bonne chose. »

Même si le seuil évoqué – 185 % en maison d’arrêt – reste élevé, ce serait déjà une amélioration significative. À Nantes, ça représenterait une centaine de détenus en moins, une centaine de matelas en moins au sol. « Ce serait déjà une bouffée d’air et un peu de respiration pour les collègues et pour les personnes incarcérées. »

Une bouffée d’air, voilà ce que tout le monde attend. Parce que tenir un an et demi avec une croissance mensuelle comme celle qu’on connaît actuellement ? « C’est totalement intenable », prévient William Cozic.

L’Assemblée divisée, les prisons qui explosent

Le problème, c’est que l’Assemblée nationale est fragmentée. Entre laxisme et fermeté, entre postures politiques et enjeux électoraux de 2027, difficile de trouver un consensus. « Nous, on subit tout ça », soupire le syndicaliste. « Il y a un enjeu majeur et des décisions à prendre. »

Les nouvelles prisons annoncées ? Elles n’arriveront pas avant 2027 ou début 2028 pour certaines, comme celle de Nantes-Carquefou. D’ici là, comment tenir ? Comment gérer l’afflux quotidien de nouveaux détenus quand il n’y a déjà plus de place pour les accueillir ?

« On continue de recevoir des personnes détenues et on n’a pas de place pour les accueillir », résume William Cozic. C’est absurde, c’est intenable, et pourtant c’est la réalité.


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