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Nantes en 80 portraits : quand un photographe capture l'âme d'une ville avec Jean-Marc Mouchet

micRadio Fidélitétoday5 janvier 2026 11

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    Nantes en 80 portraits : quand un photographe capture l'âme d'une ville avec Jean-Marc Mouchet Radio Fidélité


Nantes racontée en 420 visages : quand un photographe capture l’âme d’une ville

Un clin d’œil à Jules Verne et une feuille blanche

80 portraits. Ce chiffre n’est pas anodin. « C’était un clin d’œil à Phileas Fogg, le héros de Jules Verne », confie Jean-Marc Mouchet, reçu ce matin sur Radio Fidélité. Bon, en réalité, il y en a un peu plus – 81 exactement. Mais qui compte vraiment quand on entreprend de cartographier l’âme d’une ville ?

Au départ, une feuille blanche. Quelques noms griffonnés. Des visages croisés au fil de reportages. « L’idée a fait son chemin », raconte le photographe avec cette simplicité qui caractérise les grands projets. Des amis l’encouragent. L’idée germe, s’enracine, devient livre. Deux ans plus tard, voilà le résultat : un ouvrage qui oscille entre album photo et récit de vie, entre mémoire collective et instantané du présent.

L’art difficile de résumer une vie

Comment résumer Michel Degret en 2000 signes ? Le défi relève presque de l’impossible. « C’était un exercice de style », reconnaît Jean-Marc. Chaque portrait associe une photographie à un texte court – volontairement court. Parce que faire bref, c’est parfois plus compliqué que s’étendre en longueur. Jean-Louis Jossic, le chanteur de Tri Yann, lui avait dit un jour que les textes courts étaient les plus ardus à composer. Lui qui écrit des chansons sait de quoi il parle.

Mais au-delà de l’exercice littéraire, ce livre est avant tout une aventure humaine. Un marathon de rencontres. Jean-Marc Ayrault, l’ancien Premier ministre. Anne Bouillon, l’avocate célèbre. René Martin, le créateur de La Folle Journée. Didier Deschamps, champion du monde. Des figures publiques, certes. Mais aussi Yannick Demy, le cordonnier du Bouffay. Des personnalités de quartier, essentielles à leur manière.

Quand l’actualité vous rattrape

Seules deux personnes ont refusé de participer. « C’était leur droit », souligne le photographe avec respect. Pour les autres ? Ils ont joué le jeu. Volontiers, même. Sauf que l’actualité, cette fâcheuse manie qu’elle a de tout bousculer, a parfois compliqué les choses. René Martin, Anne Bouillon… leurs noms résonnent différemment aujourd’hui qu’au moment des prises de vue.

« On ne pouvait pas faire marche arrière, la mise sous presse était lancée », explique Jean-Marc. Et puis, pourquoi l’aurait-il fait ? Ces figures ont marqué Nantes. Point. Leur actualité personnelle n’efface pas leur contribution à la ville. Le livre les garde, témoignage d’un moment, d’une époque, d’une ville en mouvement.

Le braqueur et l’antiquaire : toute la palette nantaise

Voilà ce qui rend ce livre fascinant : sa diversité assumée. On y croise Georges Courtois, braqueur célèbre pour sa prise d’otages au tribunal de Nantes en décembre 1989. Un choix surprenant ? Peut-être. Mais terriblement juste. « C’était pour montrer la diversité d’une ville », justifie Jean-Marc. Nantes, ce n’est pas qu’une carte postale lisse. C’est aussi ses zones d’ombre, ses parcours cabossés, ses vies atypiques.

La fille de Georges Courtois a validé le texte et la photo. Elle a même envoyé un mail que Jean-Marc a conservé précieusement. Ça l’avait touchée, visiblement. Cette démarche de mémoire, cette reconnaissance d’une vie – même controversée – dans le grand récit nantais.

À l’opposé du spectre, Monique, 96 ans. La plus ancienne antiquaire de France, dit-on. Toujours en activité. Ou presque. « Quand je me suis présenté à elle, elle m’a dit qu’elle avait 93 ans », sourit Jean-Marc. Coquetterie féminine : elle s’était rajeunie de trois ans. Monique est décédée en janvier dernier. Une femme forte, une grand-mère inspirante, un parcours unique. « C’est une personne qui m’a marqué », confie le photographe, la voix teintée d’émotion.

Entre passé et présent, les générations se répondent

Le livre joue sur les temporalités. Sarah Laris aurait eu 104 ans cette année. Michel Degret en a 93. À côté d’eux, les nouvelles générations : Claire Breton, business angel. Nicolas Aurore de chez Fago. Aurélien Meyer, remarqué aux Jeux olympiques avec son cheval. Ce grand écart générationnel n’est pas un hasard. Il raconte l’évolution d’une ville, mais aussi d’une société.

« On voit bien que c’est une génération nouvelle », observe Jean-Marc. De nouveaux modes d’entreprise, de nouvelles façons d’habiter la ville, de la faire vivre. Nantes n’est pas figée dans son passé – même glorieux. Elle avance, trébuche parfois, se réinvente. « On ne construit rien sur la nostalgie », rappelle le photographe. Et Nantes semble avoir compris la leçon.

Une ville en devenir

Alors, Nantes bénéficie-t-elle d’une atmosphère propice à la créativité et à l’esprit d’entreprise ? Après 421 rencontres, Jean-Marc Mouchet répond sans hésiter : oui. « C’est une ville en devenir, pas dans du passéisme. » Même si le contexte actuel reste compliqué – quand ne l’est-il pas ? –, la dynamique est là. Palpable.

Ce livre n’est pas qu’un album souvenir. C’est un instantané d’une ville qui bouge, qui se cherche, qui se construit. Page après page, visage après visage, on traverse les quartiers, les époques, les milieux sociaux. On passe du tribunal au stade, de l’atelier de cordonnerie à la scène internationale. Et partout, cette même énergie nantaise. Discrète parfois, flamboyante souvent.

Le réseau invisible des rencontres

« On rencontre toujours quelqu’un par quelqu’un ou grâce à quelqu’un », philosophe Jean-Marc. Ce livre est aussi le fruit de ce réseau invisible, de ces connexions humaines qui tissent une ville. Le photographe connaissait déjà certaines personnalités, en a découvert d’autres au fil du projet. Deux ans de travail, à un rythme « pas vraiment soutenu », dit-il avec modestie.

Pourtant, 81 portraits, c’est considérable. Chacun nécessite une prise de contact, un rendez-vous, une séance photo, un entretien, la rédaction d’un texte, une validation.. Mais Jean-Marc balaie la difficulté d’un revers de main : « Ça s’est fait presque assez facilement. » Presque. Ce petit mot qui en dit long sur l’ampleur du défi relevé.


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