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Mercosur : quelles conséquences sur nos consommations ? avec Antoine Barron, président de la Confédération Paysanne de Loire-Atlantique

micRadio Fidélitétoday13 janvier 2026 17

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    Mercosur : quelles conséquences sur nos consommations ? avec Antoine Barron, président de la Confédération Paysanne de Loire-Atlantique Radio Fidélité


Mercosur : « On a le sentiment d’un double jeu », la colère monte chez les agriculteurs

Un feu vert qui fait grincer des dents

L’annonce est tombée comme un couperet. Après un quart de siècle de tractations, l’UE a donné son accord pour faciliter l’entrée massive de bœuf, volailles, sucre, riz et miel en provenance d’Amérique du Sud. Sept cents millions de consommateurs concernés. Un marché colossal qui fait saliver certains, mais qui provoque l’indignation dans les exploitations agricoles françaises.

« On ne pouvait pas dire qu’on ne s’y attendait pas, mais c’est une déception », confie Antoine Baron. La voix est posée, mais on sent la frustration. Des années de lutte contre cet accord, des mobilisations, des barrages – comme celui de l’A11 en Loire-Atlantique ou au Havre encore hier – et voilà le résultat. La signature officielle est prévue pour le 7 janvier prochain au Paraguay. Reste un dernier espoir, mince certes, mais présent : le vote du Parlement européen.

Macron joue-t-il sur deux tableaux ?

L’opposition récente d’Emmanuel Macron à l’accord aurait pu rassurer. Sauf que pour Antoine Baron, c’est du théâtre. « Nous, on a eu le sentiment d’un double jeu. » Le président de la Confédération paysanne ne se laisse pas berner par les déclarations publiques. Selon lui, Macron était « plutôt favorable à l’accord » tout en affichant une opposition de façade pour calmer la grogne intérieure.

« On n’a pas senti une grande activité de la part de la France pour s’activer contre ce traité », poursuit-il. Cette passivité diplomatique, cette absence de bataille acharnée à Bruxelles, tout cela aurait laissé le processus suivre son cours tranquillement. Question d’image politique versus action concrète. Les agriculteurs, eux, ne sont pas dupes.

Dans nos assiettes : quels changements concrets ?

Alors, qu’est-ce qui va changer pour nous, consommateurs lambda qui faisons nos courses le samedi ? Sur les étiquettes de prix, peut-être pas grand-chose de visible immédiatement. « Les intermédiaires se font les mêmes marges que d’habitude », explique Antoine Baron. Mais creusons un peu.

Prenons la viande bovine. Les partisans du traité parlent de seulement 1,6% des volumes importés. Ça paraît dérisoire, non ? Sauf que ces 1,6% concernent principalement les morceaux nobles – entrecôtes, filets, rumstecks. Ces pièces qui, justement, permettent aux éleveurs de valoriser correctement leurs carcasses. « Si on ramène à l’échelle de ces morceaux nobles, ce serait près de 25% du marché qui serait concurrencé. »

Vingt-cinq pour cent ! Le chiffre fait mal. D’autant que les coûts de production sud-américains sont 40% inférieurs aux européens. Comment rivaliser quand les normes ne jouent pas dans la même cour ? Au Brésil, pas d’identification bovine digne de ce nom. En France, chaque vache porte sa petite boucle orange, son numéro, sa traçabilité complète de la naissance à l’assiette. Là-bas ? Quasi rien. Les normes d’abattage, de découpe, sociales – tout est différent, moins contraignant, moins coûteux.

L’agriculture, éternelle monnaie d’échange

Ce qui énerve particulièrement Antoine Baron, c’est ce statut de variable d’ajustement. « L’agriculture sert toujours de monnaie d’échange pour favoriser d’autres secteurs. » L’argument classique ? L’agriculture ne représente que 3,5% du PIB avec l’agroalimentaire. Donc sacrifiable, en quelque sorte.

« C’est une approche extrêmement court-termiste », rétorque-t-il. Et il a un point. Que vaut notre tourisme sans ces paysages entretenus par les agriculteurs ? Quelle politique de santé publique sans une alimentation tracée et de qualité ? L’agriculture irrigue bien plus que son pourcentage dans le PIB. C’est un secteur socle, structurant. Mais voilà, à l’heure où on parle sobriété carbone, on fait traverser l’Atlantique à des milliers de tonnes de viande. Cherchez l’erreur.

La dermatose nodulaire, une menace supplémentaire

Comme si le Mercosur ne suffisait pas, les éleveurs affrontent une autre crise : la dermatose nodulaire. Ce virus qui s’attaque aux bovins fait des ravages. Le gouvernement a choisi la stratégie radicale : abattage total des troupeaux touchés. La Confédération paysanne plaide pour une vaccination massive, mais le temps presse. Trois à cinq semaines pour que le vaccin soit efficace, c’est long quand l’épidémie galope.

« Si elle arrivait dans le Grand Ouest avec nos six millions de bovins, c’est près de la moitié du cheptel qui tomberait malade », alerte Antoine Baron. Six cent mille bovins pourraient mourir directement. Les chiffres donnent le vertige. Et ce n’est que la quatrième épidémie bovine de l’année 2025 : MHE, AFCO3, AFCO8, et maintenant la DNC. Un cumul inquiétant, facilité par le réchauffement climatique.

Tenir bon malgré tout

Comment garder la tête hors de l’eau face à cet empilement de difficultés ? La question de la santé mentale des agriculteurs n’est plus taboue. Dépressions, suicides – les mots sont lourds, la réalité l’est encore plus.

« On a aussi un métier qui a des bons côtés », nuance Antoine Baron. Vivre dehors, au grand air, gérer la complexité du vivant – il y a de la satisfaction là-dedans. Beaucoup d’agriculteurs s’en sortent. Mais ce qui manque cruellement, c’est la reconnaissance. « Cette complexité, ce niveau de responsabilité, il n’est pas reconnu. » Les prix payés aux producteurs restent insuffisants au regard des compétences stratégiques mobilisées quotidiennement.

Météo capricieuse, marchés volatils, épidémies sanitaires, normes changeantes – le métier exige une adaptabilité permanente. « On considère qu’un agriculteur devrait être rémunéré à un niveau assez élevé compte tenu du niveau de responsabilité qu’il a. » Logique, non ? Pourtant, la réalité économique est tout autre.

Un cap à fixer pour l’avenir

Ce qu’espère Antoine Baron, au-delà d’un hypothétique revirement du Parlement européen, c’est une vraie réflexion de fond. « On fixe un cap beaucoup plus clair aux agriculteurs pour que l’on puisse se projeter dans l’avenir. » Affronter les difficultés, oui, elles viendront de toute façon. Mais avec de l’espoir, de l’enthousiasme peut-être. Pas dans cette incertitude permanente qui mine le moral et l’envie de continuer.

Les mobilisations ne sont pas terminées. Une réunion était prévue dans l’après-midi pour définir les prochaines actions. Les tracteurs ne sont pas encore tous rentrés au hangar. La colère est là, palpable, légitime. Et elle ne s’éteindra pas d’un coup de tampon administratif à Bruxelles.


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