Quand le tourisme ne suffit plus
Olivier Dardé ne mâche pas ses mots. Le président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie en Loire-Atlantique dresse un constat sans appel : « On parle de 80 à 90 liquidations judiciaires, pas seulement du redressement. » Derrière ces chiffres, une réalité brutale. La restauration traditionnelle traverse une crise historique.
Le paradoxe frappe d’emblée. Les touristes sont bien là, les plages débordent, mais les restaurants traditionnels ? Ils suffoquent. Comment en est-on arrivé là ? « Les comportements de la clientèle changent, » explique Olivier Dardé. Avant, c’était simple : bord de mer l’été, point final. Aujourd’hui, la montagne vient jouer les trouble-fêtes. Et puis il y a ce fameux télétravail qui a rebattu les cartes du déjeuner. Plus personne ne mange au même endroit, au même rythme.
La restauration prise en étau
Parlons chiffres. Les salaires ont grimpé de 30%. L’énergie s’envole. Les matières premières aussi. « On est pris en étau, » résume Olivier Dardé. D’un côté, des charges qui explosent. De l’autre, un pouvoir d’achat de la classe moyenne qui s’effrite. Résultat ? Impossible de répercuter ces hausses sur les prix sans perdre sa clientèle.
Et pendant ce temps-là, que fait la concurrence ? Elle se multiplie. Les fast-foods poussent comme des champignons. « Certaines marques promettent qu’en moins de 20 minutes, il y aura au moins un commerce près de chaque habitant, » souligne le président. Les pétroliers proposent des formules repas. Les boulangeries aussi. La restauration, aujourd’hui, elle est partout – sauf dans les restaurants traditionnels.
Mais attention. « C’est de l’emploi, ce sont des cuisiniers qui valorisent le patrimoine gastronomique, c’est du service, ce sont des métiers, » rappelle Olivier Dardé avec une pointe d’émotion dans la voix. Quand on fait un acte d’achat, on ne choisit pas qu’un repas. On soutient une filière entière.
L’hôtellerie face à ses propres défis
Du côté de l’hôtellerie, le tableau n’est guère plus réjouissant. Vous réservez une chambre sur Booking ou Expedia ? Sachez que ces plateformes – ces fameuses OTA dans le jargon professionnel – prélèvent 20% de commission sur le prix TTC. Vingt pour cent qui s’évaporent « je ne sais où et dans quel pays, » déplore Olivier Dardé.
Et puis il y a Airbnb. La concurrence, pas de problème. Mais la concurrence déloyale ? Ça coince. « On demande simplement qu’ils aient les mêmes normes que nous sur la sécurité, sur l’accessibilité handicap, sur la fiscalité, » revendique le président de l’UMIH. Un recadrage de l’État s’impose, selon lui.
Pendant ce temps, les Français regardent ailleurs. Les low-cost aériens les emmènent aux quatre coins du monde pour une bouchée de pain. Un week-end au Maroc ? Moins cher qu’une escapade en Loire-Atlantique. « Il faut qu’on soit attractif, » martèle Olivier Dardé. La concurrence est mondiale, désormais.
Quand Clisson montre la voie
Mais tout n’est pas noir. Il y a des éclairages, des stratégies qui fonctionnent. Prenez Clisson. Cette petite ville a réussi son pari. Comment ? En mettant tout le monde autour de la table. Les commerçants, le Hellfest, les acteurs politiques, le vignoble nantais. « Ce n’est pas forcément une question de moyens. Le plus important, c’est de savoir quelle histoire on raconte, » insiste Olivier Dardé.
L’exemple de l’hôtel Rivella illustre parfaitement cette approche. À l’intérieur, des chambres immersives mettant en avant la culture avec des artistes comme Alain Thomas ou Arthur Kaufner. Une vraie expérience qui mélange commerce, culture et art. « Il va falloir qu’on s’y attelle, » prévient le président.
Voyage à Nantes a fait du bon boulot, c’est indéniable. « Il y a 8 ou 10 ans, Nantes en juillet-août, il n’y avait personne. » La transformation est spectaculaire. Mais il reste un hic : trop d’excursionnistes, ces visiteurs d’un jour qui ne dorment pas sur place. « Il faut qu’on accentue la clientèle internationale, » plaide Olivier Dardé. Que Voyage à Nantes rayonne au-delà des frontières européennes.
L’innovation comme bouée de sauvetage
La stratégie se dessine progressivement. Travailler main dans la main avec les collectivités. Collaborer avec les chambres consulaires. Créer des flux avec des initiatives comme l’atelier attractivité mis en place avec la ville de Nantes. « Toutes les villes, notamment les centres-villes, sont amenés à cette expérience consommateur, » analyse Olivier Dardé.
Les associations de commerçants ont un rôle crucial à jouer. À Clisson, l’ACC (Association des Commerçants et Artisans) a été un moteur essentiel. Le château, les Halles, cette architecture italienne unique… Tous ces atouts patrimoniaux prennent vie quand on sait les raconter, les faire vivre.
Et le Hellfest ? Pas seulement un événement de juin. « Une vraie volonté de créer une dynamique tout au long de l’année, » précise le président. C’est ça, le tourisme événementiel intelligent : un effet d’entraînement qui dure.
2026, entre espoir et vigilance
Alors, optimiste ou inquiet pour 2026 ? « On est résilient, » répond Olivier Dardé. Mais vigilant aussi. Le contexte politique mondial peut tout chambouler à notre petite échelle. Le budget 2026 ? « On fait attention, on va être vigilant à tous les niveaux. »
Et puis il y a ces combats du quotidien. Comme cette bataille contre la fermeture des restaurants le 1er mai que le gouvernement envisage. « On parle de tourisme et puis de l’autre côté, le gouvernement veut fermer les restaurants le 1er mai, » s’insurge le président. L’absurdité de la situation le laisse perplexe.
L’UMIH44 reste sur le pont. Au niveau national, régional, local. Pour défendre ses adhérents, certes. Mais au-delà, pour protéger « toute l’activité touristique et patrimoniale de nos territoires. » Parce qu’un restaurant qui ferme, ce n’est pas qu’une enseigne qui s’éteint. C’est un bout de patrimoine qui disparaît, des emplois qui s’évaporent, un savoir-faire qui se perd.
Le choix du consommateur
Au fond, chaque client détient une part de la solution. Réserver directement auprès de l’hôtel plutôt que via une plateforme. Choisir un restaurant traditionnel plutôt qu’un fast-food. Privilégier l’expérience locale plutôt que le low-cost international. Des gestes simples qui, mis bout à bout, peuvent faire la différence.
« Ne l’oublions pas quand on fait un acte d’achat, » rappelle Olivier Dardé. Derrière chaque addition se cache une chaîne humaine. Des producteurs locaux qui fournissent les matières premières. Des cuisiniers qui transmettent un savoir-faire. Des serveurs qui créent du lien social. Une économie de proximité qui fait battre le cœur de nos territoires.
La Loire-Atlantique possède tous les atouts : un patrimoine riche, un vignoble reconnu, des événements culturels de premier plan, une situation géographique idéale. Reste à transformer ces atouts en flux touristiques pérennes. À faire en sorte que les visiteurs ne se contentent pas d’une journée mais s’installent pour découvrir vraiment la région.