Un mois sans alcool, pour quoi faire ?
Trente et un jours. C’est le temps que dure le Dry January, ce défi venu d’outre-Manche qui consiste à ne pas boire une seule goutte d’alcool pendant tout le mois de janvier. Après les excès des fêtes, l’idée semble séduisante. Mais est-ce vraiment utile si on reprend ses habitudes dès le 1er février ?
Emmanuel Criaud, chargé de prévention à la Ligue contre le cancer de Loire Atlantique, balaye ce scepticisme d’un revers de main. « Ce qui est intéressant durant le mois de janvier, c’est l’occasion de faire une pause et de se questionner par rapport à son rapport à l’alcool. » Identifier les contextes qui nous poussent à consommer, observer dans quelles situations on pourrait s’en passer, apprendre à dire non quand on nous propose ce verre de vin qu’on n’a pas forcément envie de boire. Voilà le véritable enjeu.
Des bienfaits qui se font sentir rapidement
Parce que oui, arrêter l’alcool pendant un mois, ça change des choses. Et pas qu’un peu. Le premier bénéfice ? Le sommeil. « Il y a vraiment un effet important sur le sommeil », confirme Emmanuel Criaud. Et quand on dort mieux, tout le reste suit : plus d’énergie, une meilleure concentration, une humeur plus stable, moins d’anxiété.
Le bien-être psychologique s’améliore de façon notable. Sans compter l’aspect économique, loin d’être négligeable quand on additionne le coût de tous ces verres qui s’accumulent au fil des semaines. Un petit apéro par-ci, un verre au restaurant par-là, et voilà le budget qui s’envole.
Quand l’alcool devient une évidence sociale
Le problème, c’est que dans notre société, l’alcool s’est glissé partout. Un verre durant le repas, un autre lors d’un after-work, un cocktail pour un anniversaire. C’est devenu tellement normal qu’on ne se pose même plus la question. Mais justement, c’est là que le Dry January prend tout son sens.
« Est-ce que je suis capable de dire non, de m’en passer lors de ces occasions ? », interroge Emmanuel. Cette question, apparemment simple, peut révéler pas mal de choses sur notre relation à l’alcool. La dépendance ne se mesure pas forcément en nombre de verres par jour. Elle se manifeste quand l’alcool devient prioritaire, quand il passe avant les choses familiales ou personnelles. Quand le besoin de consommer prend le dessus sur le reste.
La pression du groupe, ce fléau invisible
Soyons honnêtes : ne pas boire dans une société où l’alcool est partout, c’est compliqué. On se sent vite à l’écart, exclu de cette fameuse « casse sociale ». Les remarques fusent. « T’es ennuyant », « allez, juste un petit verre », « tu nous fais la gueule ou quoi ? ». Cette pression sociale, tout le monde la connaît.
« C’est important d’accepter, d’être bienveillant », insiste Emmanuel. Accepter que des personnes ne veuillent pas ou ne peuvent pas boire d’alcool. Se tester aussi, simplement dire « non, je ne souhaite pas boire ce soir », et observer comment l’entourage réagit. Parce que parfois, notre propre démarche peut interpeller les autres, créer une prise de conscience collective.
Malgré ces obstacles, le concept a convaincu plus de 4 millions de Français. Ce n’est pas rien. Même si les données spécifiques pour les Pays de la Loire manquent, l’engouement national témoigne d’une vraie envie de changement.
L’accord essentiel : quand les restaurants jouent le jeu
Face à cette demande croissante, des alternatives émergent. La Ligue contre le cancer de Loire Atlantique a lancé en 2025 une initiative baptisée « L’accord essentiel ». Le principe ? Des restaurants partenaires s’engagent à proposer au moins deux boissons sans alcool à leur carte, dont une création originale.
« On veut partir du principe de l’accord mets et vin, mais en version sans alcool », explique Emmanuel Criaud. L’idée, c’est de valoriser ces alternatives, de les rendre attractives et saines. Fini les sodas trop sucrés ou les jus de fruits basiques. Place aux kombuchas, aux bouillons sophistiqués, aux infusions travaillées. Des créations qui donnent envie, même à ceux qui auraient initialement opté pour un verre de vin.
La comparaison avec le végétarien est parlante. Il y a quelques années, les plats végétariens étaient réservés aux végétariens. Aujourd’hui, tout le monde se laisse tenter par un plat sans viande quand il paraît original et savoureux. Le sans alcool pourrait bien suivre le même chemin.
Douze restaurants participent actuellement à cette deuxième édition. Un début modeste, certes, mais qui ouvre la voie à une nouvelle façon d’envisager la gastronomie. Parce qu’on peut avoir une expérience gustative intéressante sans alcool. Il suffit d’y mettre un peu d’imagination et de savoir-faire.
Et après le 31 janvier, on fait quoi ?
La vraie question, celle qui taraude tout le monde : est-ce que les participants au Dry January reprennent leurs vieilles habitudes dès le 1er février ? Les chiffres sont rassurants. 72% des participants affichent ensuite une diminution durable de leur consommation. Plus de sept personnes sur dix poursuivent l’effort au-delà du mois de janvier.
Ce taux impressionnant prouve que le défi a un impact sur le moyen et long terme. « Les personnes qui tentent ce défi se disent peut-être au départ ‘juste un mois’, et finalement plus de 70% poursuivent une diminution », souligne Emmanuel Criaud. La pause permet une vraie prise de conscience, un recul salutaire sur ses habitudes.
Il n’est jamais trop tard pour commencer
Mi-janvier, vous vous dites peut-être qu’il est trop tard pour vous lancer ? Détrompez-vous. « Il n’est jamais trop tard, même si ce n’est pas au mois de janvier », rassure Emmanuel Criaud. Faire une pause d’alcool reste bénéfique tout au long de l’année. Les bienfaits se font sentir quelle que soit la période.
Tenter l’expérience permet aussi d’observer comment l’entourage réagit. Et ça, c’est loin d’être anecdotique. Votre démarche peut interpeller vos proches, créer un effet d’entraînement positif. « Ah tiens, peut-être que moi aussi je pourrais essayer », se diront certains autour de vous. L’impact dépasse alors le cadre individuel pour devenir collectif.
Le Dry January n’est pas qu’une mode passagère venue d’Angleterre. C’est une opportunité de reprendre le contrôle, de questionner nos automatismes, de redécouvrir ce que ça fait de vivre sans cette béquille liquide qui s’est immiscée dans tous les moments de notre vie sociale. Dans une région comme les Pays de la Loire, où la consommation d’alcool atteint des sommets, l’initiative prend une résonance particulière.
Alors oui, dire non à ce verre qu’on vous tend machinalement demande du courage. Oui, affronter le regard des autres quand on commande un kombucha plutôt qu’un verre de blanc n’est pas toujours confortable. Mais les bénéfices – sommeil réparateur, énergie retrouvée, clarté mentale, économies réalisées – valent largement ces petits moments d’inconfort social.