Un revirement spectaculaire en cinq ans
Difficile de ne pas sourciller en découvrant ces chiffres. En 2020, une première étude révélait que 108% des prêtres présentaient des symptômes dépressifs. Un constat alarmant qui avait secoué l’institution. Cinq ans plus tard, le paysage a radicalement changé. L’enquête commandée par l’Observatoire français du catholicisme brosse le portrait d’un clergé apaisé : 420% des prêtres se déclarent désormais heureux.
Comment expliquer ce retournement spectaculaire ? Le père Hubert Vallet, responsable diocésain de l’accompagnement des prêtres à Nantes, reste prudent. « C’est un peu mystérieux », reconnaît-il. L’échantillon a peut-être changé. De nouveaux prêtres sont arrivés entre-temps. Mais au-delà des statistiques, une réalité s’impose : « La situation est assez sereine, assez apaisée. Les agendas sont bien remplis, mais le moral globalement me paraît bon. »
La force des liens communautaires
Qu’est-ce qui fait tenir un prêtre en 2025 ? Pas les honneurs ni la reconnaissance sociale, ça c’est sûr. Non, ce qui ressort de cette étude, c’est la puissance du lien. Les prêtres interrogés évoquent des relations constructives avec leurs paroissiens et leurs confrères. Ils se sentent utiles. Confiants pour l’avenir, même.
« Les curés de paroisse ont un contact avec une communauté », explique Hubert Vallet. « C’est l’ensemble de ces liens tissés dans le cadre du ministère qui font du bien. » Parfois, ça chatouille un peu quand les caractères sont plus tranchés. Mais globalement, c’est là qu’un prêtre se ressource. Dans ces moments partagés, ces échanges du quotidien, ces petites fidélités qui construisent une vie.
La fidélité, justement. Le mot revient souvent dans la bouche du père Vallet. Fidélité à la prière, au service, à la mission. « La fidélité rend joyeux de façon habituelle », assure-t-il. Un peu comme dans n’importe quelle vie, finalement. Qu’on soit prêtre ou laïc, c’est la constance qui nourrit la joie.
Une question de santé mentale ?
Parle-t-on beaucoup de santé mentale au sein de l’Église aujourd’hui ? La question mérite d’être posée. Hubert Vallet botte en touche avec une franchise rafraîchissante. « L’expression en elle-même, je dois dire que je l’utilise pas tous les jours. » Pour lui, c’est un terme technique, peut-être utile dans les sondages, mais trop abstrait pour la vie quotidienne.
« Je vais pas demander aux paroissiens comment va leur santé mentale et je n’attends pas à ce qu’on me le demande », poursuit-il. Il préfère repérer les tensions, les conflits, et essayer de les apaiser. Une approche pragmatique, ancrée dans le réel. Pas de grandes théories, juste de l’attention aux signes qui ne trompent pas.
Maintenir la flamme face à la sécularisation
Pourtant, tout n’est pas rose. Certains prêtres évoquent « une disparition de la foi dans les âmes ». Une douleur sourde qui les accompagne. Comment garder la flamme quand les églises se vident, quand la société se détourne du religieux ?
Pour Hubert Vallet, la réponse se trouve dans les fondamentaux. « Le cœur de notre ministère, le cœur de notre vie n’a pas si changé que ça. » Il y a un appel de Dieu, un besoin de l’Église, une joie d’être chrétien. « Cette joie d’être chrétien, c’est encore celle du prêtre, même parce qu’il est prêtre. Il reste baptisé, il reste chrétien. »
L’adaptabilité joue aussi un rôle crucial. Être curé aujourd’hui ne ressemble plus à ce que c’était il y a 60 ans. Mais l’Esprit Saint est là pour aider à s’adapter, selon lui. Les contextes changent, les défis évoluent, mais la mission demeure.
L’équipe de laïcs, une priorité devenue réalité
Voici un chiffre qui en dit long : 707% des prêtres souhaitent s’entourer d’une équipe de laïcs fiables et autonomes. C’est devenu leur priorité numéro un. Mais attention, nuance Hubert Vallet : « C’est pas seulement que les prêtres souhaitent s’entourer d’une équipe de laïcs, c’est qu’ils ont une équipe de laïcs. »
La collaboration entre prêtres et laïcs n’est pas une nouveauté. Depuis le concile Vatican II, le sacerdoce des baptisés et l’apostolat des laïcs ont été remis en évidence. « On est tous entourés de plein de laïcs et c’est heureux comme ça », affirme-t-il. Les équipes existent, travaillent, vivent. Elles ont besoin d’être réaménagées parfois, mais elles sont bien là.
Dans le diocèse de Nantes, l’évêque promeut activement ces conseils pastoraux missionnaires. Chacun trouve sa place. Les collaborations se font au fil des caractères, des opportunités. Pas toujours simple, mais ça fonctionne.
La question épineuse de la confiance avec l’évêque
Petit bémol dans ce tableau plutôt optimiste : 17% des prêtres ne sentent pas la confiance et le soutien de leur évêque. C’est la principale contrariété qui ressort du sondage. Un clivage entre prêtres et évêques ?
Hubert Vallet balaie cette idée, du moins pour son diocèse. « Il fallait bien que les sondés en choisissent quelques-uns », relativise-t-il. 17%, ce n’est pas énorme. À Nantes, les évêques qui se sont succédés sont « des hommes extrêmement fraternels, extrêmement à l’écoute ». L’évêque actuel se promène beaucoup, va au-devant des réalités. « Il n’est pas dans une tour d’ivoire. »
La confiance, pour le père Vallet, doit être accordée d’emblée. « Si on n’accorde pas sa confiance d’emblée et qu’on attend je ne sais quel signal pour commencer à faire confiance, les choses ne vont pas aller très vite. » Une philosophie simple mais exigeante. La confiance comme point de départ, pas comme aboutissement.
Le scoutisme, terreau fertile des vocations
L’enquête met en lumière un phénomène intéressant : le renouveau générationnel des jeunes prêtres. Beaucoup ont été marqués par les JMJ, par le scoutisme, par des camps ou des pèlerinages. Ces événements apparaissent comme décisifs dans leur cheminement.
Hubert Vallet sourit à cette observation. « Quand je suis entré au séminaire il y a maintenant une bonne quarantaine d’années, on nous avait déjà dressé à peu près le même tableau. » Le scoutisme était déjà un lieu fécond pour les vocations. Avant ça, c’étaient les mouvements d’action catholique qui jouaient ce rôle.
Ce qui compte, c’est ce que permettent ces mouvements : ne pas être seul, rencontrer d’autres jeunes qui se posent des questions, développer un sens de l’Église. « Ça favorise effectivement un terreau aussi pour entendre une vocation particulière au service de l’Église. » À Nantes, avec ses nombreuses branches de scoutisme, le terreau est particulièrement fertile.
Une joie qui vient du baptême
Au fond, qu’est-ce qui rend un prêtre heureux en 2025 ? Pas grand-chose de révolutionnaire. La même chose qui rendait heureux ses prédécesseurs : la fidélité, le service, la communauté. Et surtout, cette joie première qui vient du baptême.
« Je pense que c’est de notre baptême que vient notre joie première aussi », résume Hubert Vallet. Une joie que les prêtres partagent avec tous les chrétiens. Ils ont une autre mission, une autre place, mais c’est le même baptême qui les fonde.
Cette enquête de l’Ifop arrive à point nommé. Elle rappelle qu’au-delà des crises, des scandales, des questionnements, il y a des hommes qui vivent leur vocation avec détermination. Des hommes occupés, parfois un peu seuls face à leur hiérarchie, mais globalement en paix avec leur choix.