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Municipales à Pornic : matinale spéciale à 8h

micRadio Fidélitétoday20 février 2026 292 1

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    Municipales à Pornic : matinale spéciale à 8h Radio Fidélité


Pornic sous les projecteurs : trois candidats, une ville à réinventer

Le 15 mars prochain, les Pornicais choisiront leur maire. Entre héritage politique, dynamisme économique et enjeux de société, cette station balnéaire de Loire-Atlantique cristallise les défis d’un territoire tiraillé entre attractivité touristique et vie à l’année. Plongée dans une campagne qui s’annonce serrée.

Quand la météo fait aussi l’actualité politique

Difficile de parler d’élections sans évoquer le contexte. Ces derniers jours, la Loire-Atlantique a retenu son souffle. Le fleuve est monté jusqu’à 8,18 mètres à Nantes – un record qui a placé plusieurs secteurs en vigilance rouge. Les caves inondées, les routes coupées, le périphérique est fermé… La tempête Pedro a laissé des traces. Et pendant que les sapeurs-pompiers s’activaient aux opérations de pompage, le gouvernement annonçait l’accélération des indemnisations. Mardi prochain, les dossiers des communes touchées seront examinés. Une mobilisation totale promise aux sinistrés, dit-on. Reste à voir si les actes suivront.

Mais revenons à Pornic. Parce que c’est là, sur cette côte de Jade bordée par l’Atlantique, que se joue une partie serrée. Trois candidats, trois visions, une même ambition : conduire cette ville estuaire vers l’avenir.

Claire Hugues, l’héritage assumé

Premier portrait : Claire Hugues. À 53 ans, elle porte un nom qui résonne dans toute la ville. Fille de Philippe Boennec, maire UMP de 1993 à 2014, elle a grandi dans les coulisses du pouvoir local. « J’ai dû travailler dix fois plus pour asseoir ma légitimité », confie-t-elle. On la croit volontiers.

Son parcours ? Mathématiques appliquées, informatique à Nantes, puis le grand saut en politique. Élue au conseil municipal en 2008, première adjointe aux finances en 2014, vice-présidente de la région Pays de la Loire depuis 2020. Et depuis 2024, première femme maire de Pornic, après l’élection de Jean-Michel Brard comme député. Une transition critiquée par l’opposition, qu’elle assume comme « une prise de responsabilité ».

Mère de trois enfants, elle évoque sans détour les défis de la conciliation. « Ça nécessite beaucoup d’organisation et un conjoint très partant. » Mais c’est surtout sa vision de Pornic qui interpelle. Comment préserver le cadre de vie tout en répondant aux exigences de densification ? Comment s’adapter au changement climatique sans dénaturer ce qui fait l’âme de la ville ? Des questions d’équilibre, dit-elle. Le mot revient souvent dans sa bouche.

Antoine Hubert, le challenger sans étiquette

Face à elle, Antoine Hubert, 38 ans. Chef d’entreprise dans le vignoble nantais, chef de file de l’opposition depuis 2020. Sa liste ? « Pornic Vent d’avenir », sans étiquette. Son ambition ? Faire de Pornic « une ville vivante et animée en toute saison ».

Parce que c’est bien là le nœud du problème. Pornic vit au rythme des saisons. L’été, la population triple. Les restaurants débordent, les plages aussi. Puis vient l’automne, et avec lui, une forme de léthargie. « On manque de lieux de convivialité, de lieux publics », déplore Antoine Hubert. Le tissu associatif est fort, certes. Mais les infrastructures ? Culturelles, festives ? Insuffisantes, selon lui.

Son grand-père, photographe de 1950 à 2010, lui a transmis cette passion pour la ville. « J’ai vu toute la ville défiler. » Une phrase simple, mais qui en dit long sur l’attachement viscéral qu’il éprouve pour ce territoire.

Stationnements de proximité, accès facilités au centre-bourg, développement de la santé… Son programme vise à créer « une vie 12 mois sur 12 ». Et puis il y a cette question brûlante : l’équilibre entre résidences secondaires et logements à l’année. « Le but n’est pas de chasser les résidences secondaires, mais de rééquilibrer les constructions nouvelles en priorisant le logement à l’année. » La loi Le Meur lui donne des outils. Reste à savoir s’il aura l’occasion de les utiliser.

Les enjeux qui dépassent les clivages

Parce qu’au-delà des candidats, ce sont les enjeux qui parlent. Pornic, c’est 30 000 habitants, neuf clochers, une paroisse qui vit au rythme des marées touristiques. Le père François-Xavier Henry, curé de Notre-Dame de la Côte de Jade depuis 2021, le sait bien. « C’est une paroisse qui a une double vie », explique-t-il. L’été, on multiplie par trois le nombre de messes. Des prêtres africains viennent en renfort. Une réalité qui reflète celle de la ville entière.

Et puis il y a cette transformation démographique. L’installation massive de retraités venus d’ailleurs. « Ce qui colore nos communautés », dit le père Henry. Mais qui pose aussi des questions. De logement, d’urbanisme, de cohésion sociale. Comment faire communauté quand les populations se renouvellent sans cesse ? Comment préserver l’identité de chaque bourg – Le Clion, Sainte-Marie – tout en construisant une ville unie ?

« Chaque clocher a son histoire », insiste le curé. Et cette histoire, il faut la valoriser, la faire vivre. Avec les acteurs locaux, les équipes de chrétiens qui animent chaque village. Mais aussi avec les nouveaux arrivants, qui apportent leurs sensibilités, leurs spiritualités. « C’est une joie de tenter de le faire, mais c’est aussi parfois un défi. »

Quand l’économie locale cartonne

Pendant ce temps, certaines entreprises pornicaises affichent des résultats qui font rêver. Camping Car Park, par exemple. Créée en 2011, cette société d’aires de service s’est imposée comme le leader européen. 35 millions de chiffre d’affaires en 2025, près de 5 millions de nuitées, plus de 800 destinations dans sept pays. Et une entrée fracassante dans le classement des champions de la croissance du journal Les Échos : 23e place nationale.

Pour 2026, l’objectif est clair : ouvrir 225 nouvelles aires en Europe, dont 40 en Allemagne. Une success story made in Pornic, qui prouve que le dynamisme économique n’est pas qu’une promesse électorale. C’est aussi une réalité tangible, portée par des entrepreneurs qui croient en leur territoire.

Les petites fermetures qui font mal

Mais tout n’est pas rose. Les Halles gourmandes, par exemple. Trois ans après leur ouverture, la Table du Curé s’apprête à baisser le rideau le 28 février. Un projet ambitieux : 12 000 m², sept cellules commerciales pour des artisans. Mais seules quatre cases sont occupées. Pizzeria, imprimeur, caviste, fromagerie. La maison Bordier évoque « une décision difficile ». L’absence d’un boulanger, d’un boucher, a pesé lourd. Trois salariés concernés par cette fermeture. Et une interrogation : que va devenir le site ?

Ces échecs, aussi, font partie du paysage. Ils rappellent que l’attractivité d’une ville ne se décrète pas. Elle se construit, jour après jour, avec les commerçants, les habitants, les élus.

Le devoir citoyen, même en période d’abstention

À quelques semaines du scrutin, le père François-Xavier Henry appelle à la responsabilité. « Le devoir de citoyen est aussi le devoir du chrétien. » Prier pour les pouvoirs publics, comme le recommande saint Paul. Mais aussi voter, discerner, s’engager. « On est citoyens. »

L’abstention, souvent importante aux municipales, inquiète. Pourtant, ces élections de proximité touchent au quotidien. L’aménagement du port, les infrastructures, la santé, le logement… Autant de sujets qui concernent directement les habitants. « Ce qui va favoriser la concorde sociale, ce qui va permettre de préserver le bien commun », résume le curé. Une vision qui dépasse les clivages partisans.

Et puis il y a cette phrase de Jésus face à Pilate : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu de mon Père. » Une manière de rappeler que le pouvoir, quel qu’il soit, s’accompagne d’une responsabilité. D’un service.

Pornic, laboratoire des tensions françaises

Au fond, Pornic cristallise des tensions qu’on retrouve partout en France. Entre attractivité et préservation. Entre tourisme et vie locale. Entre nouveaux arrivants et habitants historiques. Entre développement économique et équilibre social.

Les trois candidats l’ont compris. Claire Hugues parle d’équilibre. Antoine Hubert de dynamisme à l’année. Chacun à sa manière, ils tentent de répondre à cette équation complexe : comment faire grandir une ville sans la dénaturer ?

Les travaux du quai de l’Herminier, par exemple. Cette couche d’enrobé noir qui a suscité des interrogations. La mairie rassure : c’est une étape préparatoire. L’enrobé beige, qui donnera l’aspect final, sera posé à partir du 12 mars. Un détail ? Peut-être. Mais qui montre combien les Pornicais sont attachés à leur cadre de vie. Combien ils veulent être associés aux décisions qui façonnent leur quotidien.

Et maintenant ?

Le 15 mars, les urnes parleront. D’ici là, les débats vont s’intensifier. Les programmes seront scrutés, les candidats interrogés. Les habitants exprimeront leurs attentes, leurs craintes, leurs espoirs.

Une chose est sûre : Pornic ne laisse personne indifférent. Cette ville estuaire, bordée par l’océan, traversée par les marées touristiques et démographiques, continue de faire rêver. Et de questionner.

Parce qu’au-delà des étiquettes politiques, c’est bien une vision du vivre-ensemble qui se joue. Une manière de concevoir la ville, le service public, la démocratie locale. Les Pornicais ont entre leurs mains les clés de leur avenir. À eux de choisir qui les accompagnera dans cette aventure.

Le 15 mars, Pornic écrira une nouvelle page de son histoire – entre héritage assumé et souffle nouveau, la ville cherche son équilibre au bord de l’Atlantique.


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