Un pape qui ne mâche pas ses mots
Le pape Léon XIV n’y va pas par quatre chemins. « La création crie à travers les inondations, les sécheresses et les tempêtes », déclarait-il en novembre dernier lors de la COP 30. Un cri d’alarme qui résonne particulièrement fort, dix ans après l’encyclique Laudato Si du pape François. Cette prise de parole ferme du nouveau pontife dénonce sans détour le manque de volonté politique de certains dirigeants. Et franchement, qui pourrait lui donner tort ?
Jean-Baptiste Aubourg, responsable du service d’écologie intégrale du diocèse de Nantes, ne cache pas son enthousiasme. « On était très heureux de ce nouveau pape. Il n’a pas la langue dans sa poche », confie-t-il. Cette continuité entre François et Léon XIV rassure. L’Église maintient le cap, même quand la préoccupation écologique semble reculer sur la scène internationale.
La COP 30 : verre à moitié vide ou à moitié plein ?
Parlons peu, parlons COP. La trentième édition s’est achevée avec un accord jugé tiède par beaucoup. Jean-Baptiste Aubourg adopte pourtant un regard nuancé, presque optimiste. « On peut toujours être déçu parce que ça ne va jamais assez vite », reconnaît-il. Mais voilà, la COP 30 n’a pas détricoté les avancées de l’année précédente. Ce sont des petits pas, certes. Des pas de fourmi, peut-être. Mais au moins, ça avance.
Cette lucidité teintée d’espérance caractérise son approche. Face au raz-de-marée d’informations catastrophiques – records de température, sécheresses, inondations – comment ne pas sombrer dans le désespoir ? La réponse se trouve dans l’action locale. « Le bien ne fait pas de bruit », rappelle-t-il avec justesse. Tous ces gens qui s’investissent pour prendre soin de leurs voisins, pour transformer leur quotidien. Ces initiatives invisibles qui germent tranquillement.
L’écologie intégrale, c’est quoi au juste ?
Bon, arrêtons-nous un instant sur ce concept d’écologie intégrale. Parce que non, ce n’est pas juste du tri sélectif à la sacristie. Jean-Baptiste Aubourg le définit comme « vivre radicalement l’évangile au sein de quatre relations fondamentales » : avec Dieu, avec soi-même, avec les autres humains, et avec l’ensemble des créatures.
Ça change quoi concrètement dans une paroisse ? Beaucoup, apparemment. Cette approche touche des personnes qui s’étaient éloignées de l’Église, justement parce qu’elles la percevaient comme déconnectée des enjeux climatiques. « Il y a des gens qui vivent un retour à l’évangile par la conversion écologique », explique-t-il. Voilà qui donne un nouveau souffle aux communautés. Les groupes de solidarité se renouvellent, des ponts se créent entre ceux qui servent les pauvres et ceux qui soignent la terre.
D’ailleurs, cette connexion n’a rien d’anodin. Le pape le martèle : une personne sur trois dans le monde vit en grande vulnérabilité face au changement climatique. Les premiers touchés par les catastrophes ? Les plus pauvres, évidemment. L’écologie intégrale refuse cette injustice criante.
Quand le diocèse met son argent où sont ses convictions
Novembre dernier, Monseigneur Laurent Percerou, évêque de Nantes, a frappé un grand coup : le diocèse s’engage à désinvestir des énergies fossiles d’ici 2030. Pas mal, non ? Mais qu’est-ce que ça signifie vraiment ?
Jean-Baptiste Aubourg parle de « souci de cohérence ». Les émissions de gaz à effet de serre proviennent essentiellement de la combustion du pétrole, du charbon et du gaz. Quand votre épargne finance des entreprises qui extraient ces ressources, vous contribuez indirectement au dérèglement climatique. « C’était important d’être cohérent et d’avoir un acte juste », insiste-t-il.
Cette décision n’est pas qu’un symbole. Elle envoie un message clair : on ne peut pas prêcher la conversion écologique tout en finançant ce qui détruit le climat. Et accessoirement, ce qui frappe d’abord les plus vulnérables. Parce que oui, une approche écologique est toujours une approche sociale et de justice.
Des graines d’espérance qui poussent lentement
À l’échelle globale, on pourrait se laisser submerger par le désespoir. Mais Jean-Baptiste Aubourg préfère regarder ce qui germe localement. Veillées de prière pour le climat, label Église verte, initiatives concrètes qui se multiplient… Le diocèse de Nantes ne chôme pas.
« Un arbre ne pousse pas en quelques minutes, ni même quelques jours », rappelle-t-il avec sagesse. Cette conversion écologique demande du temps, de la patience. Il faut accepter ce rythme organique, maintenir les conditions pour que ça continue de croître. Pas très vendeur à l’ère du tout, tout de suite ? Peut-être. Mais tellement plus réaliste.
Le service diocésain joue un rôle crucial : accompagner les chrétiens dans cette démarche, faire rayonner les initiatives, montrer que ces petites graines d’espérance existent bel et bien. « Nous sommes témoins privilégiés de toutes les initiatives qui se passent en Loire-Atlantique », souligne-t-il. Cette visibilité compte. Elle prouve que d’autres agissent, qu’on n’est pas seul dans cette galère.
L’appel à se mettre en mouvement
Alors, que faire quand on écoute tout ça depuis son canapé ? Jean-Baptiste Aubourg invite à lire (ou relire) les encycliques du pape François et de Léon XIV. Laudato Si, Dilexit Nos… Ces textes offrent « un regard lucide et juste sur le monde » tout en donnant les clés pour se mettre en mouvement.
Parce que l’immobilité, c’est la mort. « Il y a de l’espérance tant qu’il y a de la vie et du mouvement », affirme-t-il. Son conseil ? S’informer si on n’est pas au courant. Rejoindre des personnes qui savent et qui agissent. Ne pas rester isolé face à l’ampleur du défi.
Le 15 novembre dernier à Pontchâteau, la diaconie du diocèse a organisé une journée fraternelle réunissant les services aux plus pauvres. Le cri de la terre y était bien présent, aux côtés de ceux qu’on ne voit pas beaucoup d’habitude. Cette année du jubilé de l’espérance prend tout son sens dans ces rencontres.
D’ailleurs, le samedi 29 prochain, une grande journée de rencontre des groupes Églises vertes et Laudato Si de Loire-Atlantique se tiendra à Guérande, au lycée agricole de Kerguénec. Les inscriptions sont ouvertes. Une occasion de plus de constater que non, on n’est pas seul à vouloir changer les choses.
Des actes plus que des discours
Le diocèse de Nantes multiplie les initiatives concrètes. Ce n’est pas du greenwashing ecclésial, mais une transformation en profondeur. Désinvestissement des énergies fossiles, création d’un service dédié, rapprochement entre solidarité et écologie… Ces choix structurels montrent une volonté réelle de cohérence.
Bien sûr, on pourrait toujours faire plus, aller plus vite. Jean-Baptiste Aubourg ne le nie pas. Mais il préfère célébrer ce qui avance plutôt que de se lamenter sur ce qui stagne. Cette posture n’est pas naïve. Elle est stratégique. Parce que le désespoir paralyse, tandis que l’espérance met en mouvement.
Et puis, cette approche d’écologie intégrale évite l’écueil du militantisme désincarné. Elle relie spiritualité et action, contemplation et engagement. Elle rappelle que toute la création est donnée, que nous sommes responsables mais pas propriétaires. Cette décentralisation du regard change tout.