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Entre Nantes et Saint-Nazaire, huit clochers veillent sur une même communauté. À Saint-Martin du Sillon, la foi se vit au quotidien avec une énergie contagieuse. Rencontre avec une paroisse qui fait le pari de la proximité, du oui et d’une jeunesse étonnamment engagée.
Le Père Augustin Drillon sillonne les routes de sa paroisse en scooter électrique. Un petit plaisir écologique, dit-il avec un sourire. « Il faut juste pas que je me foute dans le fossé trop souvent, mais pour l’instant je suis pas encore mort. » L’humour n’empêche pas la profondeur. Cet ingénieur devenu prêtre a une conviction : la culture du oui libère les énergies.
« Si vous avez dix propositions et que vous dites oui dix fois, vous aurez peut-être neuf oui très féconds et un qui sera plus casse-pied. Mais vous aurez libéré les énergies. » Cette philosophie, il la tient de sa propre expérience. Sa sœur lui racontait l’arrivée d’un nouveau curé au col romain très noir, très raide. On s’attendait à un autoritaire. Résultat ? Un homme qui disait oui à tout. « Un curé qui n’est pas clérical, c’est épuisant, » concluait-elle. Augustin attend que ses paroissiens lui disent la même chose. Signe que l’évangile se répand vraiment partout.
Ordonné prêtre en 2003, Augustin a exercé dans différentes paroisses du département. Vertou, Châteaubriant, Nort-sur-Erdre, Ligné. Neuf années dans sa précédente mission. Puis ce déracinement en septembre 2025, cette arrivée à Saint-Martin du Sillon.
« C’est un arrachement, un déchirement, » reconnaît-il. Comment ne pas s’attacher quand on considère que le prêtre est à sa paroisse ce qu’un époux est à son épouse ? « Notre religion, c’est qu’une question d’amour. Le prêtre est fait pour s’attacher à ses paroissiens. Plus il les aimera, plus il sera crédible. » Alors oui, il faut plusieurs « épouses » dans une vie de curé. C’est le paradoxe du ministère. Mais ces changements permettent aussi de se renouveler, d’apporter de nouvelles manières de faire. « J’essaie de planter mes racines tranquillement. Les racines poussent tout doucement. »
Ce qu’il a découvert ici ? Une paroisse accueillante, bienveillante. Et surtout, une jeunesse qui l’a bluffé. « Les premières messes que j’ai célébrées le dimanche à Savenay, je me disais : il y a dix ou quinze ans de moyenne d’âge en moins par rapport à mes paroisses précédentes. »
Saint-Martin du Sillon, c’est huit clochers sur le Sillon de Bretagne, cette ancienne chaîne de montagnes qui dessine le paysage de Savenay. Savenay, Campbon, La Chapelle-Launay, Bouée, Lavau-sur-Loire, Malville, Prinquiau et Quilly. « J’aime beaucoup la vie en paroisse. Je suis vraiment curé de paroisse de campagne » confie Augustin. Dans chaque petit clocher, il faut une petite équipe vivante et active. « Je trouve des équipes très sympathiques. C’est ça qui me touche. »
Ils sont une trentaine d’enfants en blanc devant l’autel. Quinze servants d’autel, autant de servantes d’assemblée. Du jamais vu pour Augustin. « J’étais très impressionné. Ça fait trente enfants en blanc, je trouve ça énorme. » Les servants d’Autel sont parfois là en semaine, le mercredi, le vendredi. « Dès qu’ils ont un temps libre, ils vont à la messe, » s’étonne Augustin.

Antoine, 16 ans. Victor, 16 ans aussi, arrivé de Montréal il y a un an et demi. Diane, presque 15 ans. Trois grands servants d’autel qui témoignent d’un engagement précoce et réfléchi. « Concrètement, c’est la même chose que les petits servants, sauf qu’on est là pour aider les plus jeunes à mieux servir, » explique l’un d’eux. Avec vingt servants au total, il faut bien des grands pour gérer les petits de sept ans qui « courent dans tous les sens. » Diane n’a pas attendu. Dès cinq ans, elle demandait à être servante. On lui a dit d’attendre sept ans. Le dimanche de ses sept ans, elle est allée voir la dame qui s’occupait du service. Le dimanche d’après, elle portait la cape blanche. « C’est l’Esprit Saint peut-être qui m’a poussée. »
Ce qui les motive ? Passer d’observateur à acteur. « On comprend mieux la messe quand on la sert. Il y a des temps spécifiques. On se l’approprie mieux. » Victor ajoute : « On vit la messe avec le prêtre. Les plus jeunes sont au plus près de l’Autel et savent dire : à tel moment, c’est l’Évangile. Peut-être qu’ils ne s’en rendraient même pas compte dans l’assemblée. »
Armelle Jouarie, mère de trois garçons, travaille loin de Savenay. Elle trouve quand même le temps d’être membre de l’équipe d’animation pastorale et responsable du parcours Alpha. Comment fait-elle ? « Je sais pas comment je fais. Le Seigneur doit faire quelque chose là-dedans. »
Le parcours Alpha, c’est dix rencontres et un week-end pour explorer le sens de la vie. Ça s’adresse aux chercheurs de sens, proches ou non de l’Église. Trois piliers : la convivialité avec un repas, un topo vidéo, puis des discussions en petits groupes de huit personnes maximum.
Armelle a elle-même fait le parcours en 2017, à son arrivée dans la paroisse. « Ça m’a permis de rencontrer des gens, de m’intégrer. J’avais besoin de me réancrer, de me réapproprier ma foi. » Mission accomplie. Et aujourd’hui, elle est au service du parcours. Le père Augustin souligne la particularité de cet outil : « C’est porté par les laïcs. C’est pas le curé en première ligne. Ce sont les chrétiens qui se prennent en main. » Lui ou le père Paul accompagnent en deuxième ligne, tranquillement.
Les fruits ? Impressionnants. L’année dernière, les invités qui ont participé au parcours sont quasiment tous engagés cette année au service de la nouvelle session. « Je vois ici un fruit extraordinaire : se mettre au service des autres. » Beaucoup cheminent aussi vers les sacrements, dans le catéchuménat. « Il y a une grande qualité d’échange dans les petits groupes. On parle de sujets profonds. Ça lie les gens de manière assez profonde et assez rapidement. » Dès la troisième soirée, la confiance s’installe, la joie de se retrouver devient palpable.
Christophe Mairesse est arrivé dans la paroisse en 2009. Depuis moins d’un an, il coordonne le pôle solidarité. Pas tout seul : une équipe de huit personnes s’est constituée pour faciliter les élans de charité.
« On s’est rendu compte qu’il y avait vraiment de l’énergie à utiliser, » explique-t-il. Des questionnaires ont été lancés, des envies listées. Le constat ? Beaucoup de volonté, beaucoup de « petites mains », mais aussi beaucoup de freins. « On n’ose pas. » Gâcher toute cette énergie qui a envie de se donner ? Impensable.
Le nouveau pôle solidarité veut devenir un facilitateur. Le message est clair : « Permettre à chaque paroissien de vivre concrètement la charité chrétienne en créant un réseau d’action régulière et en développant une culture de la fraternité. » Avec une nuance essentielle : « La solidarité, c’est pas faire, c’est être. Tous les paroissiens font partie du pôle solidarité. »
Les actions ? Des moments de convivialité réguliers, comme les galettes des rois ouvertes à tous. Paroissiens, personnes isolées, résidents de foyers pour personnes en situation de handicap, migrants. On partage ces moments de fête ensemble.
Le système est simple : deux colonnes face aux actions proposées. « Je veux bien être petite main » ou « Je veux bien être pilote ». Le pôle met en relation, aide à aller au bout, rappelle gentiment les engagements. Et communique sur le bulletin paroissial, sur le site internet. « Montrer que c’est pas toujours si compliqué que ça et que ça fait des fruits. »
L’équipe d’animation pastorale a écrit l’année dernière un projet pastoral basé sur cinq essentiels de la foi chrétienne. Armelle les énumère : la vie de charité avec le développement de la solidarité, la vie fraternelle avec l’accent sur l’accueil, la vie de prière avec des groupes de louange, la formation avec notamment le parcours Alpha, et le souci de l’évangélisation. « L’idée, c’est vraiment que chaque baptisé soit invité à prendre sa place dans l’Église, qu’il se sente en mission, chacun avec ses propres talents. »
Cette vision rejoint celle d’Augustin sur la paroisse comme lieu de découverte de Dieu. « Une paroisse normale, avec toutes ses pauvretés, ses fragilités. Elle est très bien équipée pour conduire chacun vers Dieu tel que l’Église de Jésus-Christ nous le révèle. Pas le Dieu qu’on se fait soi-même. » En paroisse, on ne peut pas trop se faire Dieu à sa manière. On est « assez contrarié tout de suite par le voisin qui pense Dieu un peu différemment. » La paroisse bouscule. Et dans ce bousculement, elle nous conduit vers Dieu, pas vers une image confortable qu’on se serait faite dans un petit groupe d’entre-soi.
C’est un détail qui en dit long. Dans beaucoup de paroisses, confie le père Augustin Drillon avec un sourire dans la voix, la cafetière est là, mais elle reste éteinte. À Savenay, elle est toujours allumée. Toujours. Catherine Motte, coresponsable du Lien avec Margot Chevalier, ne cache pas sa fierté quand elle évoque ce lieu d’accueil niché entre l’église et le presbytère. Créé en 2003 par une équipe de prêtres et d’animatrices en mission, le Lien avait une intuition de départ assez simple : ouvrir les portes à ceux qui ne franchissent plus le seuil de l’église. Ou qui ne l’ont jamais franchi. « L’idée, c’est d’accueillir tout le monde, même si le Lien est rattaché à la communauté catholique, » explique Catherine. Et dans une société qu’elle qualifie sans détour d’individualiste, cet accueil universel demande un certain courage. « C’est entendre tout ce qui peut être dit autour de nous et pouvoir accueillir des paroles qui, des fois, nous bousculent. »
Ouvert le mercredi et le samedi matin de 9h30 à midi, le Lien propose bien plus qu’un café et des petits gâteaux – même si, soyons honnêtes, ça reste important. Il y a un dépôt-vente de la librairie Siloé, une bibliothèque éclectique qui évite soigneusement de faire de l’ombre à la librairie locale. « On a plutôt des livres qui concernent la religion, la réflexion, et puis un rayon enfant assez développé, » précise Catherine.
Les « petits déj du samedi matin » sont devenus des rendez-vous attendus. Autour d’un thème de réflexion, parfois lancé par une vidéo, les participants explorent les encycliques du pape François. « Cette parole concerne tout le monde, même si on n’est pas en église, » insiste Catherine. *Laudato Si’* a particulièrement marqué les esprits, touchant bien au-delà du cercle des pratiquants habituels.
Le soir, c’est soirée soupe et crêpes – « c’est le plus important, » glisse Catherine avec malice – suivie d’un film qui suscite le débat. *Un petit truc en plus* récemment, *Je n’oublierai jamais vos visages* sur la justice réparative l’année dernière. Des choix qui ne sont pas tristes, tient-elle à préciser, mais qui soulèvent de vraies questions.
Un regret, toutefois : la difficulté à attirer les familles et les jeunes. Le samedi matin, les familles ont d’autres priorités. Le vendredi soir pourrait mieux fonctionner, mais bon… Pour tenir les permanences et assurer la liaison avec la librairie nantaise, les bénévoles sont toujours les bienvenus.
Chantal Bioteau, elle, a consacré quatre décennies de sa vie au mouvement Chrétiens en Milieu Rural. Quarante-cinq ans, même, si on compte bien. Le CMR, c’est un mouvement d’action catholique structuré en équipes – quatre actuellement sur la paroisse, dont une « plus jeune » de quadras et quinquagénaires, plus une équipe d’Action Catholique Ouvrière pour les aînés.
« Pour moi, l’équipe c’est un lieu de partage, d’écoute, dans la bienveillance et la convivialité, » résume Chantal. Et surtout, en toute confidentialité. La méthode ? Voir, discerner, agir – l’ancien « voir, juger, agir » a été rebaptisé parce que le terme « juger » prêtait à confusion. On part d’un fait, on élargit la discussion au groupe, on cherche l’éclairage de l’Évangile, puis on se demande : qu’est-ce qu’on fait avec ça ?
Les sujets abordés sont vastes. L’écologie, les élections municipales – beaucoup de membres CMR siègent dans les conseils municipaux –, la fin de vie… « Tout est permis, on peut parler de tout ce qu’on veut, » affirme Chantal. Les problèmes familiaux, les choix des enfants, leurs situations. C’est très ouvert. L’engagement peut devenir collectif. L’association d’aide aux migrants, par exemple, est née d’une idée lancée dans une équipe CMR, qui a contaminé d’autres équipes, puis s’est ouverte à toute la population. Elle existe depuis une dizaine d’années maintenant.
Gilles Couëron, passionné d’histoire locale et contributeur à la revue “Coislin, chronique d’un pays », apporte une perspective inattendue. Son dernier dossier ? Le loup en Loire-Atlantique. Cinquante pages qui ont surpris bien des lecteurs.
Le territoire du Sillon de Bretagne, cette ancienne chaîne de montagnes qui s’étire de Nantes à la Roche-Bernard, n’a pas toujours été le bocage verdoyant qu’on traverse aujourd’hui. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, c’était essentiellement de la lande. Stendhal lui-même, dans son récit de voyage jusqu’à Vannes, s’était étonné de ce territoire vierge, uniquement couvert de lande. « Les gens ont souvent des représentations trop simples, » explique Gilles. On pense que c’est la chasse qui a fait disparaître le loup. Elle a contribué, certes, mais elle a accompagné des évolutions bien plus profondes. Le nord-ouest de la Loire-Atlantique comptait entre 40 et 70% de landes selon les paroisses – des territoires exploités, pas abandonnés, avec des espèces adaptées comme le mouton Lande de Bretagne, pratiquement disparu aujourd’hui.
Autre page d’histoire méconnue : Cambon et Saint-Anne-sur-Brivet ont fourni le plus de zouaves pontificaux de France, peut-être même du monde. Vingt-huit volontaires pour la période 1860-1870, partis défendre les États du pape contre le Piémont lors de l’unité italienne. « Le capitaine Haddock en parle quand même ! » plaisante Angustin quand on avoue ne pas savoir ce que c’est qu’un zouave pontifical. Ces jeunes gens, souvent formés à la Ducherie, ont laissé des correspondances remarquables. Ils ont combattu à Castelfidardo et Mentana, puis sont rentrés en 1870 pour former la légion des volontaires de l’Ouest contre les Prussiens.
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ascal Guésdon dirige le collège Saint-Joseph (1160 élèves) et le lycée Saint-François d’Assise (760 lycéens) de l’ensemble scolaire Jean-Marie de La Mennais à Savenay. Le lycée, ouvert en 2023, doit accueillir à terme 900 élèves. Un développement impressionnant sur un territoire en tension.
Le charisme éducatif de Jean-Marie de La Mennais – ce prêtre breton du XIXe siècle qui a fondé les frères de l’instruction chrétienne en 1819 – résonne encore : accompagner le jeune avec « douceur et fermeté ». « À l’époque, il avait constaté que beaucoup d’enfants vivaient des difficultés au quotidien, » rappelle Pascal Guédon. « Aujourd’hui l’époque a changé, mais on retrouve chez nos jeunes les mêmes fragilités. »
La violence juvénile, visible récemment à Sanary-sur-Mer, interroge tous les établissements. Comment y répondre ? « La meilleure réponse, c’est de porter une attention vraiment particulière, une présence d’adulte qui fait que les signaux faibles peuvent être détectés suffisamment tôt, » explique le directeur. Mais le nombre d’encadrants n’est qu’une partie du problème. « Il faut aussi s’assurer que chaque adulte, avec cohérence, porte le projet. Les enfants sont très sensibles à cette cohérence. »
Impossible de parler d’enseignement catholique aujourd’hui sans évoquer l’affaire Betharram. La parole s’est libérée, c’est une bonne chose. Pascal Guésdon le reconnaît sans détour : « Ces actes de violence sont inacceptables dans l’enseignement catholique et ailleurs. » Mais il regrette l’instrumentalisation de ces affaires. « Un certain nombre de personnes ont sans doute des comptes à régler avec l’enseignement catholique, et l’occasion est belle de salir toute la communauté. » L’immense majorité des établissements privés catholiques n’a rien à se reprocher de ce point de vue, insiste-t-il.
Au-delà de ces questions de protection, la mission reste éducative. Comment articuler le caractère propre catholique et l’accueil de tous les jeunes ? « Notre vocation, ce n’est pas seulement d’accueillir les enfants qui ont eu la chance d’avoir une éducation religieuse catholique, » répond Pascal Guésdon. « C’est d’accueillir tous les élèves. » L’établissement scolaire est devenu, plus que jamais, un lieu de première annonce. Le projet éducatif, enraciné dans l’Évangile, a quelque chose à apporter à tous – y compris à ceux qui sont très éloignés de l’Église.
La collaboration avec la paroisse Saint-Martin du Sillon est étroite. « Un établissement privé catholique d’enseignement est une présence d’Église sur un territoire, » affirme Pascal Guésdon. Avec le père Augustin, ils travaillent régulièrement ensemble : célébrations, temps forts, préparation aux sacrements. Deux animateurs en pastoral font le lien. Le Père Augustin Drillon lui-même assure une heure de catéchèse hebdomadaire en sixième. « Le curé de la paroisse a toute sa place dans l’établissement et il est toujours le bienvenu. »
Écrit par: Tiphaine Sellier