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Violences à l'école : comment protéger nos enfants avec Ludovic Bonnet, parent d'élève et vice-président de la FCPE 44

micRadio Fidélitétoday2 février 2026 14

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    Violences à l'école : comment protéger nos enfants avec Ludovic Bonnet, parent d'élève et vice-président de la FCPE 44 Radio Fidélité


École en Loire-Atlantique : quand la confiance vacille derrière les grilles

Un paradoxe qui interroge

C’est un drôle de contraste, vous ne trouvez pas ? D’un côté, une majorité de parents qui se disent satisfaits de l’école publique en Loire-Atlantique. De l’autre, des affaires qui éclatent les unes après les autres. L’affaire de cet animateur soupçonné d’agressions sur 13 enfants à Saint-Stanislas. L’affaire Bettaram, qui a fait émerger des témoignages dans 15 autres établissements du département. Des histoires qui glacent le sang et qui soulèvent une question essentielle : que se passe-t-il vraiment derrière les grilles de nos écoles ?

Ludovic Bonnet, président de parents d’élèves et vice-président de la FCPE 44, ne cache pas son inquiétude. Même s’il reconnaît être globalement satisfait de l’enseignement en Loire-Atlantique, il insiste sur un point crucial : « La confiance ne suffit pas. » Une phrase qui résonne comme un avertissement. Parce qu’au fond, c’est bien de ça qu’il s’agit. On a trop longtemps fait confiance, peut-être aveuglément.

Des chiffres qui donnent le vertige

Parlons un peu des chiffres, voulez-vous ? Une récente émission d’une chaîne publique a révélé des cas gravissimes dans le périscolaire. Des animateurs embrassant des enfants sur la bouche, des rituels à caractère sexuel. Le gouvernement a ensuite publié des statistiques alarmantes : 15% des élèves de CM1-CM2 sont victimes de voyeurisme. On parle d’enfants qui ont 9, 10 ans maximum.

« Évidemment que ça me choque », réagit Ludovic Bonnet. Heureusement, ce n’est pas quelque chose qu’on constate chaque jour, précise-t-il. Mais le fait que ça arrive, même occasionnellement, devrait nous faire réfléchir. Près de 5 millions d’enfants fréquentent le périscolaire en France. Certains y passent jusqu’à 5 heures par jour, entre l’accueil du matin, la cantine et celui du soir. C’est énorme quand on y pense. Des heures où nos enfants sont confiés à des adultes qu’on ne connaît pas toujours bien.

Le contrôle, encore et toujours

La solution ? Pour Ludovic Bonnet, elle passe d’abord par un renforcement drastique des contrôles. « Le contrôle d’honorabilité, pas seulement à l’entrée en poste, mais tout au long de la carrière », martèle-t-il. Un suivi constant, en somme. Parce que le prestige d’un établissement ne suffit pas. La commission d’enquête dite Bettharam, dont la FCPE était membre, l’a bien montré : même les établissements les plus réputés ne sont pas à l’abri.

Il faut des contrôles quinquennaux, réguliers. L’État doit y mettre les moyens. « À partir du moment où on est sous contrat, on doit se soumettre à un contrôle régulier », insiste Ludovic Bonnet. Une évidence, non ? Et pourtant, on en est loin aujourd’hui.

Mais le contrôle ne concerne pas que les établissements. Il faut aussi que les parents soient plus présents, plus impliqués. « Les parents ne sont pas là pour venir perturber les cours, ils sont là en tant que vigie, en tant que relais », explique le vice-président de la FCPE 44. Une coopération renforcée entre directions d’établissement et parents, voilà ce qu’il réclame. Parce qu’au final, qui est le plus inquiet pour nos enfants ? Nous, leurs parents.

L’école à l’ère du numérique : un défi supplémentaire

Ajoutez à ça le monde numérique dans lequel baignent nos enfants. Dès le collège, ils sont livrés à eux-mêmes face à Pronote, cet outil qui devient leur interface principale avec l’école. « Au collège, l’enfant est presque livré seul face à son ordinateur », constate Ludovic Bonnet. Les parents perdent le fil. À l’élémentaire, c’est nous qui recevons les messages. Au collège, tout bascule.

La récente proposition de loi sur les réseaux sociaux ? Un outil utile pour les parents, certes. Mais Ludovic Bonnet ne se fait pas d’illusions : « Nos adolescents sauront facilement contourner la loi. » C’est peut-être cynique, mais c’est réaliste. Au moins, ça donne un cadre légal aux parents pour rappeler que certaines choses sont interdites.

Précarité et formation : le cocktail explosif

Revenons aux violences. Certains animateurs pointent du doigt les faibles rémunérations, les temps partiels, les classes en sureffectif. Des facteurs qui favoriseraient les dérives. Mais alors, à qui la faute ? Aux établissements qui ne contrôlent pas assez ? À l’État qui ferme les yeux sur certains signalements ? Aux formations insuffisantes ?

« C’est un ensemble de tout ça », répond Ludovic Bonnet. La précarisation des métiers de l’éducation est la principale cause. Le périscolaire, c’est par principe du temps haché, souvent partiel. Résultat ? On perd les meilleurs profils, les plus motivés. Et puis il y a la question de la formation. Formation en amont, formation continue tout au long de la carrière. C’est essentiel.

« Les VSS, ça se prévient », rappelle-t-il. Les animateurs doivent être formés pour écouter les enfants. Parce que malheureusement, ces violences peuvent aussi arriver à la maison ou ailleurs dans leur vie quotidienne. Un animateur correctement formé peut devenir une personne de confiance pour l’enfant. Mais attention : pour un enfant, un animateur représente un adulte d’autorité. D’où l’importance cruciale de bien les former.

Des mesures qui arrivent tard ?

Le ministre a récemment fait des annonces : signalements systématiques à la justice, proposition de loi contre les violences en milieu scolaire, fonds d’indemnisation pour les victimes, interdiction des châtiments corporels inscrite dans le code de l’éducation. Rassurant ? Pas vraiment, selon Ludovic Bonnet. « Je ne sais pas si c’est rassurant de rappeler que les châtiments corporels sont interdits en France. Ça devrait être dans toutes les têtes. »

C’est interdit depuis très longtemps. Le fait de devoir le rappeler en dit long sur le chemin qu’il reste à parcourir. La FCPE, elle, est habilitée depuis 1998 à se porter partie civile. Et elle ne s’en prive pas.

L’autorité à l’école : un débat qui divise

A-t-on perdu le sens de l’autorité à l’école ? Ludovic Bonnet nuance : « Ce n’est pas un sens de l’autorité propre à l’école, je pense qu’il y a une évolution de la société. » Les enfants sont des éponges. Ils reproduisent ce qu’ils voient autour d’eux. Ni les enseignants ni les élèves n’ont vraiment perdu en autorité. Par contre, la précarisation touche aussi les professeurs. Les contractuels, notamment, sont envoyés très vite sur le terrain, sans formation suffisante. Difficile dans ces conditions de savoir encadrer et mener une classe correctement.

Harcèlement et santé mentale : l’autre urgence

Et puis il y a le harcèlement. La phobie scolaire. La santé mentale de nos jeunes qui se dégrade. Comment accompagner son enfant quand on est parent et qu’on se sent dépassé par ce nouveau milieu scolaire qui évolue en permanence ? Les dispositifs existent, rappelle Ludovic Bonnet. Cellules d’écoute, programmes anti-harcèlement, parcours d’éveil au primaire et au collège. « Les outils existent, les enseignants peuvent s’en saisir. » Le problème ? Un manque criant de moyens.

Côté périscolaire, les municipalités doivent contrôler les projets pédagogiques. Elles en sont responsables. Mais là encore, tout repose sur la vigilance et l’implication.

Parcoursup : l’angoisse des parents

L’anxiété grimpe au fur et à mesure que les enfants avancent dans leur scolarité. Parcoursup, cet outil qui rend fous parents et élèves. « Les parents sont complètement perdus face à cet outil », constate Ludovic Bonnet. On multiplie les portes ouvertes dans les universités, on se renseigne seuls sur l’orientation. Mais on oublie les CIO, les centres d’information et d’orientation.

L’orientation est devenue un sujet hyper anxiogène. Pour les jeunes comme pour leurs parents. « C’est très important d’arriver à garder la parole et à vraiment être présent », insiste Ludovic Bonnet. Son conseil ? S’impliquer dès le plus jeune âge. Être présent dans l’établissement, dans toutes les instances : conseil d’école, conseil d’administration. Garder le contact avec l’école, avec les conseillers d’orientation. « Le mieux que les parents peuvent faire, c’est être présent physiquement et mentalement. »

Un conseil simple, presque évident. Et pourtant, combien d’entre nous le mettent vraiment en pratique ?


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