Quand la gratuité cache une réalité bien différente
On tourne un bouton. Le son arrive. Simple, non ? C’est cette apparente facilité qui fait toute la différence entre la radio et la presse écrite. Pas d’abonnement à souscrire, pas de carte bancaire à sortir. Juste une présence, gratuite, qui vous accompagne du matin au soir. « C’est certainement ce qui nous différencie de nos confrères de la presse écrite où vous allez payer un abonnement pour recevoir votre journal », explique Simon Marty ce matin sur les ondes.
Mais cette gratuité apparente masque une réalité économique bien plus complexe. Parce que faire de la radio, ça coûte. Cher, même. Et les modèles pour y arriver ? Ils ne sont pas légion. La publicité d’un côté. Le mécénat et les dons de l’autre. Radio Fidélité a choisi les deux, avec une particularité : la publicité reste mesurée, choisie, raisonnée. « L’idée n’est pas de saouler les gens dès le matin avec des tunnels de publicité de quatre à cinq minutes », insiste le directeur.
Un tiers du budget grâce à la générosité
Plus d’un tiers du budget de la station provient des dons. Un chiffre impressionnant qui témoigne de l’attachement des auditeurs à leur radio. Ces donateurs, souvent fidèles d’une année sur l’autre, forment le socle financier qui permet à l’équipe de continuer à travailler. « Si ces personnes n’étaient pas là, vous, moi, on ne serait pas là », confie Simon Marty avec une franchise désarmante.
Pourtant, ce tiers ne suffit pas. D’où la nécessité de cette campagne de dons annuelle, ce « Radio don » qui invite chacun à mesurer le poids de son geste. Un geste discret, certes, mais dont l’impact se révèle bien plus grand qu’on ne l’imagine.
Derrière le micro, des armoires normandes de technologie
Vous visualisez une armoire normande ? Bien. Maintenant, imaginez-en cinq. Remplies à ras bord de matériel technique. C’est ce qui se cache dans la « modèle », cette pièce fermée à clé, cœur névralgique de la station. Des machines qui tournent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, sans jamais s’arrêter. Votre ordinateur portable tiendrait-il le coup dans ces conditions ? Probablement pas.
« C’est du matériel qui s’use extrêmement vite, qui évolue aussi techniquement très vite », souligne le directeur. Tous les trois, quatre, cinq ans, il faut renouveler. Et quand EDF décide de couper l’électricité sans prévenir ? C’est la panique. Comme un four qui s’éteindrait brutalement et refuserait de redémarrer. Ces aléas techniques, l’équipe doit les anticiper. Constamment.
La table de mixage devant laquelle s’installe Clara chaque matin ? Ce n’est pas juste un petit ordinateur et quelques micros posés dans un coin. C’est tout un arsenal qui permet de toucher l’auditeur en DAB+ à Guérande, en FM à Pornic, ou du côté de Châteaubriant. Un maillage technique qui a un prix.
Des lingots d’or dans la boîte aux lettres
L’histoire vaut le détour. Quelques jours après la création de Radio Fidélité, en 1985, l’équipe part à Strasbourg pour couvrir la venue du pape. À leur retour, un auditeur les appelle – imaginez le téléphone à gros cadran de l’époque – pour leur dire : « Pensez bien à relever la boîte aux lettres. » Un lingot d’or les y attendait.
« Ce matin, je ne demande pas aux auditeurs de nous laisser un lingot d’or dans la boîte », plaisante Simon Marty. Même si, vu le cours actuel de l’or… Non, ce que la radio demande, c’est plus simple. Un chèque, un don en ligne, un geste à la mesure de chacun. Parce que pendant quarante ans, cette radio a vécu grâce à ce que son fondateur, monsieur Barbary, appelait la Providence.
Se déplacer coûte cher, mais ça vaut le coup
Les émissions spéciales, les directs depuis le Salon de l’agriculture, le tour des villes pour les municipales… Ces moments qui font la richesse de la programmation ont un prix. Un prix que les auditeurs ne soupçonnent pas toujours. « Quand on part au Salon de l’agriculture, le trésorier grogne un petit peu », reconnaît le directeur avec un sourire dans la voix.
Prenez l’émission « Ma ville, ma voix » à Saint-Nazaire. Plus de huit personnes se déplacent. Il faut les loger, les nourrir, payer leurs frais de déplacement. Et le micro-trottoir que vous entendez à 7 heures du matin ? Il a été enregistré la veille au soir. Ce qui signifie que l’équipe est arrivée encore plus tôt. Des journées qui commencent à 5 heures et se terminent à 23 heures, comme lors du direct parisien.
« C’est comme si on partait en vacances, mais pour travailler », résume Clara. Sauf qu’il y a un détail technique qui change tout : le codec. Ce petit appareil magique qui permet de faire du direct depuis n’importe où. Un codec coûte 5 000 euros. Et il en faut deux pour établir la connexion. Plus les abonnements téléphoniques. Soit 10 000 euros juste pour pouvoir diffuser la messe en direct tous les jours, ou les laudes depuis les Claris de Nantes pendant la semaine sainte.
Le tour des clochers, un luxe accessible grâce à vous
Tous les vendredis matin, Tiphaine Sellier sillonne le département pour son émission. Combien de radios peuvent se permettre ça ? Déplacer l’heure matinale dans une ville différente, une paroisse différente, semaine après semaine ? « Très honnêtement, je le dis aux auditeurs, on a besoin d’argent, très très clairement », lâche Simon Marty sans détour.
Cette franchise désarme. Parce qu’elle dit la vérité d’un métier où l’on ne compte pas ses heures. Où l’on prend sa douche à l’eau froide le matin – panne de chaudière oblige – tout en écoutant les infos pour être au point. Où l’on décide en moins de 48 heures de partir à Rome couvrir le conclave après la mort du pape François. Six mille euros engagés sur cette opération. Mais quelle émotion de vivre en direct ce moment historique, de le partager avec ceux qui, alités, malades, ne peuvent pas bouger de chez eux.
Les défis de demain se préparent aujourd’hui
Le 7 avril prochain, Tanguy de Woolbock prend sa retraite. Quarante ans à la radio. Quarante ans à programmer les émissions, heure après heure, à enregistrer les bénévoles. Son départ marque un tournant. Il va falloir recruter, former, transmettre. Et ça aussi, ça a un coût.
Les quarante ans de la station approchent. Un anniversaire qui se prépare dans le secret, mais qui promet d’être à la hauteur de l’événement. « On va faire beaucoup de choses et on va avoir besoin d’être accompagné », prévient le directeur. Sans en dire plus. Le mystère reste entier.
Et puis il y a tout ce qu’on ne peut pas prévoir. Les décisions qui se prennent du tac au tac. Les événements qui bouleversent l’actualité et auxquels il faut réagir vite. C’est ça aussi, la vie d’une radio. Une succession de choix, parfois audacieux, toujours guidés par la volonté d’aller vers le plus grand nombre.
Pour les invisibles du quotidien
« Mesdames et messieurs, pour tous ces gens-là, pour tous ces invisibles du quotidien, s’il vous plaît, aidez-nous à continuer à aller vers eux. » La voix de Simon Marty se fait plus grave, plus posée. C’est le message final, celui qui compte vraiment. Parce qu’au-delà des chiffres et des équipements, il y a cette mission : annoncer la bonne nouvelle, parler au plus grand nombre, ne pas oublier ceux qu’on ne voit pas.
Ceux qui sont seuls chez eux. Ceux pour qui la radio est la seule compagnie. Ceux qui attendent chaque matin cette voix familière qui les accompagne dans leur quotidien. Pour eux, Radio Fidélité doit continuer à exister. Et pour ça, elle a besoin de vous.
Le site internet est ouvert pour les dons en ligne. Les chèques peuvent être envoyés par la poste ou déposés directement à la station. Chaque geste compte. Même modeste. Parce que c’est l’addition de tous ces gestes qui fait la différence entre une radio qui survit et une radio qui vit pleinement sa mission.