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Municipales 2026 : Margot Medkour et son union "Nantes Populaire" Radio Fidélité
À 34 ans, Margot Medkour n’a pas dit son dernier mot. Six ans après avoir frôlé le second tour avec près de 9% des voix, la candidate revient dans la course aux municipales nantaises. Mais cette fois, c’est sans la France Insoumise. Avec son mouvement « Nantes Populaire », elle compte bien bousculer à nouveau le paysage politique local.
Que s’est-il passé entre 2020 et aujourd’hui ? La question mérite d’être posée. À l’époque, Margot Medkour avait raté le second tour de seulement 763 voix – un cheveu, vraiment. Elle bénéficiait alors du soutien de la France Insoumise. Aujourd’hui, c’est une autre histoire.
« En 2020, le choix était plutôt de soutenir des mouvements citoyens, habitants, municipalistes », explique-t-elle sans détour. « Aujourd’hui, il y a une volonté de marquer une forme d’autonomie. Je le regrette. » Le ton est donné. Pas d’amertume apparente, juste un constat pragmatique : la stratégie du parti a changé, et elle avec.
Cette rupture recompose forcément le paysage de la gauche radicale nantaise. Trois listes se disputent désormais cet électorat : celle de Johanna Rolland, maire sortante socialiste, celle de la France Insoumise menée par William Mamp et Erika Cardessa, et donc celle de Margot Medkour. Un éparpillement qui pourrait coûter cher ?
La candidate ne se laisse pas démonter par cette accusation de division. Pour elle, les urgences sont trop criantes pour rester les bras croisés. « La gentrification de certains quartiers, le fait que ce soit vraiment de plus en plus difficile pour les classes populaires et même les classes moyennes de vivre à Nantes, de se loger, de se déplacer, de se soigner, de se nourrir sainement… » Elle énumère, la voix ferme.
Ces six dernières années, elle dit avoir porté des combats locaux – pour la défense du CHU, contre l’artificialisation des sols, pour l’égalité. Des batailles qu’elle compte continuer à mener, avec ou sans étiquette nationale.
Son diagnostic est sans appel : Nantes s’embourgeoise, les prix flambent, et les habitants historiques se retrouvent peu à peu poussés vers la périphérie. Un phénomène qu’on observe dans beaucoup de métropoles françaises, certes, mais qui prend ici une tournure particulière avec la pression immobilière exercée par les 65 000 étudiants de la ville.
C’est LA proposition phare de son programme. Dix mille studios à 300 euros par mois avec des espaces partagés. Dans une ville où les loyers atteignent facilement 18 euros du mètre carré pour un petit logement, l’idée a de quoi faire tourner les têtes.
Mais comment faire, concrètement ? Margot Medkour a son plan. « Aujourd’hui, il y a une spéculation immobilière énorme sur les petits logements », analyse-t-elle. Avec seulement 8 000 chambres de CROUS pour 65 000 étudiants, le calcul est vite fait. Les investisseurs privés se frottent les mains.
Sa solution : reprendre les rênes. Créer une société publique locale qui ferait de la promotion immobilière municipale, sans passer par les promoteurs privés qui cherchent « une rentabilité très rapide et des profits très élevés ». Une agence municipale du logement piloterait l’ensemble.
Reste la question du foncier. Où construire sans artificialiser davantage ? La candidate mise notamment sur les terrains qui vont se libérer avec le transfert de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu et de la Hênec vers l’île de Nantes. Un combat qu’elle avait d’ailleurs perdu – elle voulait maintenir l’hôpital sur place – mais dont elle compte bien tirer parti aujourd’hui. « Il y a suffisamment d’espaces déjà artificialisés dans cette ville pour pouvoir le faire », assure-t-elle.
Sur le terrain de la sécurité – enjeu central de cette campagne – Margot Medkour refuse la surenchère sécuritaire. Pas question pour elle de tomber dans ce qu’elle appelle « le face-à-face délétère » entre la maire sortante et la droite.
Son approche ? Recruter 300 agents municipaux, mais pas n’importe lesquels. Des équipes de protection « multi-spécialisées » de cinq personnes, capables de faire des premiers secours, y compris psychiatriques, de gérer les personnes sous emprise de drogue, d’assurer une médiation, une désescalade.
« Il y a énormément de problèmes sociaux auxquels on demande à la police de répondre mais qui n’en a pas la possibilité », explique-t-elle. Les patrouilles de police municipale qui font des rondes sans vraiment résoudre les problèmes de fond, ça ne suffit plus selon elle.
Elle va même plus loin en dénonçant ce qu’elle présente comme des dérives. Elle raconte avoir assisté, le 14 février, à un contrôle de police municipale où un homme aurait été plaqué contre un mur, son pantalon baissé, avec des palpations dans les parties intimes. « C’est absolument illégal », s’insurge-t-elle, précisant avoir publié une lettre ouverte à Johanna Rolland sur le sujet.
Son modèle : une présence rassurante qui traite les causes plutôt que les symptômes. Un travail sur le long terme plutôt qu’une répression immédiate. Ces équipes n’interviendraient pas seulement en réaction, mais aussi en prévention. Et si besoin, elles pourraient appeler la police municipale en renfort.
Les commerçants du centre-ville ont publié un livre blanc pour orienter les candidats. Margot Medkour l’a reçu, et elle a même rencontré les représentants de Plein Centre. L’encadrement des loyers commerciaux ? Elle est pour.
Mais son regard se porte surtout vers les quartiers périphériques. « Les quartiers intermédiaires, des quartiers populaires qui ont tendance à se désertifier, dans lesquels on manque de commerces de proximité, de lieux de convivialité, de cafés. » Son idée : travailler quartier par quartier, identifier les besoins sociaux, favoriser l’émergence de commerces qui répondent vraiment aux attentes des habitants.
C’est une vision assez différente de celle qui concentre les investissements sur le centre et l’île de Nantes. Elle veut rééquilibrer, redonner vie à ces zones qu’elle juge délaissées.
Pour accéder à ces commerces, encore faut-il pouvoir se déplacer. Margot Medkour propose la gratuité des transports entre 20h et 7h du matin. « Les trams circulent dans tous les cas », argumente-t-elle. « Autant qu’ils circulent avec un peu plus de personnes. »
Une mesure de sécurité, dit-elle, notamment pour les étudiants qui rentrent tard. Et pour les travailleurs de nuit, souvent parmi les plus précaires. Elle veut aussi prolonger les horaires jusqu’à 2 heures du matin.
Mais son ambition va plus loin. Elle parle d’un RER métropolitain, un projet qui traîne depuis des années selon elle. « On a l’impression qu’il y a un concours de qui est le moins ambitieux entre le gouvernement, la région et la métropole. » Dans une métropole où les bouchons ont été multipliés par trois, où les gens passent quatre jours par an coincés dans leur voiture, elle juge l’inaction irresponsable.
En attendant ce RER, elle propose des lignes de bus rapides – plus rapides que la voiture – et gratuites. Coût estimé : moins de 200 millions d’euros d’investissement sur deux ans. « C’est beaucoup moins que les lignes de tram qui font moins de cinq kilomètres et qui sont concentrées sur l’île de Nantes », compare-t-elle.
Comment financer ? Moins de voitures, c’est moins de dépenses d’entretien des routes. Et les usagers rejoindront le réseau Naolib payant, compensant en partie les pertes de recettes. Le calcul tient-il la route ? C’est toute la question.
Si elle devait résumer son projet en une mesure ? Elle hésite, puis évoque la culture. Pas forcément ce qu’on attend d’une candidate de gauche radicale qui parle surtout de logement et de pouvoir d’achat.
Elle veut créer un centre des arts et des savoirs communal dans le quartier Bretagne, notamment avec le marché de Feltre et l’actuel CAP qui va quitter les lieux. L’endroit abritait autrefois un musée de peinture. Elle imagine un bouillonnement culturel, avec des cartes blanches données à des collectifs, un vrai budget.
Et elle voit grand : utiliser aussi les étages de la tour Bretagne, qui appartiennent à la métropole. « Ce sont deux beaux bâtiments qui doivent appartenir aux Nantais et aux Nantaises. »
Pour financer ça dans un contexte où le monde associatif et culturel est fragilisé ? Elle pointe du doigt le Voyage à Nantes, cette délégation de service public pour le tourisme qui utilise la culture « à des fins touristiques ». Des millions d’euros en communication « jusqu’aux quatre coins du monde ». Elle préférerait réorienter ce budget vers les artistes plutôt que vers la publicité.
Margot Medkour ne ferme pas complètement la porte à un rassemblement au second tour. « On verra », dit-elle prudemment. Mais une chose est sûre pour elle : « On ne laissera absolument pas passer la droite, une droite radicalisée. »
Si nécessaire, elle proposera « les fusions nécessaires », quitte à garder son autonomie au sein du conseil municipal et métropolitain. Une stratégie qui rappelle un peu celle de 2020, quand elle avait failli créer la surprise.
Cette fois, avec six ans d’expérience politique locale en plus, avec les combats qu’elle dit avoir menés – pour le CHU, contre l’artificialisation, pour l’égalité – elle se sent légitime. Elle parle d’une « influence déterminante » qu’elle aurait eue pour « faire bouger les lignes ».
Est-ce que ça suffira pour convaincre au-delà de son socle électoral de 2020 ? Les sondages ne la placent pas en position de force. Mais dans une triangulaire à gauche, avec un électorat volatile et une abstention qui pourrait être importante, tout reste possible.
Le premier tour se tient ce dimanche, et Margot Medkour compte bien rappeler à la gauche nantaise qu’entre pragmatisme gestionnaire et ambition radicale, il existe peut-être un troisième chemin – le sien.