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Mars bleu : "Va Chier !", un mois dédié à la prévention du cancer colorectal avec Camille Rousseau, chargée de prévention à la Ligue contre le cancer de Loire-Atlantique

micRadio Fidélitétoday10 mars 2026 7

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    Mars bleu : "Va Chier !", un mois dédié à la prévention du cancer colorectal avec Camille Rousseau, chargée de prévention à la Ligue contre le cancer de Loire-Atlantique Radio Fidélité


« Va chier » : quand la Ligue contre le cancer brise les tabous pour sauver des vies

Un paradoxe qui tue

Comment expliquer qu’un cancer aussi meurtrier reste si peu dépisté ? C’est la question qui fâche. En Loire-Atlantique, les chiffres font froid dans le dos : seulement 35 % des personnes concernées participent au dépistage. À peine une personne sur trois. On parle d’un test gratuit, simple, efficace. Et pourtant, la grande majorité des Français concernés préfère regarder ailleurs.

Camille Rousseau, chargée de prévention à la Ligue contre le cancer de Loire-Atlantique, ne mâche pas ses mots : « C’est bien dommage. Il persiste encore de nombreux freins et un tabou autour de ce sujet. » La gêne, le dégoût, l’oubli parfois. Autant de raisons qui transforment un geste de prévention banal en obstacle insurmontable.

Démystifier le dépistage

Alors, mettons les choses au clair. Non, le dépistage du cancer colorectal ne ressemble pas à ce que vous imaginez. Pas de coloscopie systématique. Pas de rendez-vous médical compliqué. Pas de contact direct avec quoi que ce soit, d’ailleurs.

Le principe ? Tous les deux ans, à partir de 50 ans, vous recevez une invitation de la CPAM. Vous récupérez ensuite un kit chez votre médecin, en pharmacie ou même en ligne. Et vous réalisez le test tranquillement chez vous. « C’est très simple, très rapide et ça ne fait pas mal », insiste Camille Rousseau. Le kit détecte la présence de sang dans les selles, qui pourrait signaler un polype ou un cancer débutant.

Voilà. C’est tout. Pas de quoi en faire un drame, finalement.

Pourquoi 50 ans ?

Cette limite d’âge intrigue souvent. Pourquoi attendre la cinquantaine ? La réponse tient dans les statistiques : 95 % des cancers colorectaux se manifestent après 50 ans. Mais attention, ça ne signifie pas qu’il faut ignorer les signaux d’alarme avant cet âge.

Des traces de sang dans les selles ? Une douleur abdominale soudaine ? Des troubles digestifs qui alternent entre constipation et diarrhée ? Direction le médecin, sans attendre. « Ça ne veut pas forcément dire qu’on a un cancer colorectal, mais il y a peut-être quelque chose à surveiller », précise la chargée de prévention.

Et puis il y a cette réalité troublante : le cancer colorectal évolue souvent sans le moindre symptôme. Pendant des années, parfois une dizaine, un polype peut se transformer silencieusement en cancer. Voilà pourquoi le dépistage reste l’arme absolue. Pas de symptômes ? Pas de problème apparent ? C’est justement le moment idéal pour vérifier.

Les habitudes qui changent tout

La génétique joue son rôle, c’est vrai. Mais le cancer colorectal reste fortement lié à nos modes de vie. Bonne nouvelle : ça signifie qu’on peut agir dessus.

Les fibres, d’abord. Fruits, légumes, céréales complètes, légumineuses. Tous ces aliments qu’on nous rabâche depuis l’enfance ont un effet protecteur démontré. À l’inverse, la viande rouge et la charcuterie augmentent les risques. Les repères ? Maximum 500 grammes de viande rouge par semaine – soit environ trois steaks hachés. Pour la charcuterie, on ne dépasse pas 150 grammes hebdomadaires, l’équivalent de trois tranches de jambon. « Ça va assez vite d’atteindre ces recommandations », souligne Camille Rousseau.

L’alcool, le tabac : on connaît la chanson. Mais saviez-vous que l’activité physique joue aussi un rôle majeur ? Trente minutes de marche rapide par jour suffisent pour réduire significativement les risques. Pas besoin de devenir marathonien. Juste bouger, régulièrement, constamment.

« Va chier » : provocateur mais nécessaire

Revenons à ce slogan qui fait débat. Pourquoi cette provocation ? « Le but, c’est vraiment de marquer les esprits et de briser les tabous », explique Camille Rousseau. Parce qu’on n’en parle pas assez. Parce que le taux de participation reste désespérément bas. Parce qu’il fallait secouer le cocotier.

Derrière la formule crue se cache un message d’amour, finalement. « L’idée, c’est de passer le message à quelqu’un qu’on aime, parce qu’on tient à lui et qu’il faut qu’il prenne soin de lui. » Un test simple. Gratuit. Qui sauve des vies. Difficile de trouver meilleur retour sur investissement.

Des célébrités qui mouillent le maillot

La campagne 2026 frappe fort. Franck Dubosc, la chanteuse Suzanne : tous se sont prêtés au jeu. On les voit posant devant des toilettes, ce « lieu emblématique » pour réaliser le dépistage. L’influence au service de la santé publique. Pas si mal, non ?

Mars Bleu sur le terrain

La Ligue contre le cancer ne se contente pas d’affiches chocs. Durant tout le mois de mars, des actions de sensibilisation fleurissent en Loire-Atlantique. Dans les centres de soins, les cliniques, les centres commerciaux. Le 18 mars, un « Colon Tour » s’installera dans la galerie commerciale d’un Leclerc : une structure gonflable qui permet de visualiser l’évolution du cancer, du simple polype jusqu’aux lésions avancées.

Comprendre pour mieux prévenir. Voir pour mieux agir.

Un geste qui change tout

17 000 morts par an. 9 chances sur 10 de guérison si le cancer est détecté tôt. Ces chiffres devraient suffire à convaincre. Pourtant, deux personnes sur trois passent encore à côté du dépistage. Par gêne. Par oubli. Par méconnaissance, parfois.

Le kit attend en pharmacie, chez le médecin, en ligne. Quelques minutes de votre temps contre des années de vie gagnées. Le calcul semble simple. Reste à passer à l’action.


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