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Saint-Matthieu-sur-Loire : quand la foi se fait solidaire

today16 janvier 2026 72

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À Thouaré-sur-Loire, une paroisse qui cultive l’art de vivre ensemble

Entre Loire et quartiers urbains, la paroisse Saint-Mathieu-sur-Loire dessine un visage d’Église bien vivant. Rencontres de quartier, accueil des migrants, écologie intégrale : ici, la foi se conjugue au quotidien avec une solidarité qui ne se contente pas de beaux discours. Portrait d’une communauté qui avance, avec ses convictions et ses défis.

Un prêtre qui croit aux laïcs (et qui le prouve)

Le père Jérôme Chéreau ne cache pas son jeu. Depuis son arrivée en septembre 2024 à la tête de Saint-Matthieu-sur-Loire, ce curé au parcours atypique répète la même conviction : « Les laïcs doivent prendre toute leur place dans la vie de l’Église. » Une phrase qu’il martèle depuis des années, bien avant sa nomination ici.

Son histoire ? Celle d’un homme qui n’a pas toujours porté le col romain. Informaticien de formation, diplômé d’un IUT, Jérôme Chéreau a d’abord travaillé deux ans à Paris tout en préparant son entrée au séminaire. « Je voulais avoir une formation professionnelle. Quand on rentre au séminaire, on n’est pas sûr de savoir par quelle porte on en ressort », explique-t-il avec pragmatisme. Cette expérience du monde du travail, des collègues, de la débrouille parisienne ? Un bagage précieux pour exercer son ministère, selon lui.

Sa vocation sacerdotale, elle, est née à 17 ans. Pas dans un coup de foudre mystique derrière un pilier d’église, mais grâce à des copains de la JOC – la Jeunesse ouvrière chrétienne – qui lui ont simplement dit : « Toi, on te verrait bien prêtre. » Au début, il a ri. Puis il a accepté de cheminer. Dix ans plus tard, en 1993, il était ordonné.

La JOC comme école de vie

Ce mouvement d’action catholique, Jérôme Chéreau le porte encore en lui. « C’est là que j’ai acquis la foi pour moi-même, que je me suis affirmé comme chrétien. » La JOC lui a appris à découvrir la Bible, à débattre, à accompagner sans décider à la place des autres. Une méthode qu’il applique encore aujourd’hui dans son ministère.

Son fil rouge ? La jeunesse et les quartiers populaires. Né près des Dervallières à Nantes, il a longtemps été aumônier de l’enseignement public, accompagnateur de l’Action catholique des enfants. « J’aime ce compagnonnage, cette idée d’aider les jeunes à devenir adultes, à discerner leur avenir », confie-t-il. Même s’il a dû s’adapter à des terrains moins urbains – il se souvient avoir dit à son évêque, en arrivant dans une commune rurale : « Il n’y a même pas une barre d’immeuble pour m’empêcher de voir le coucher du soleil ! »

Aujourd’hui, à Saint-Matthieu-sur-Loire, il retrouve ce mélange d’urbanité et de nature qui lui convient. Trois communes – Thouaré, Sainte-Luce et Mauves –, toutes intégrées à Nantes Métropole. Un territoire où la Loire donne le tempo.

Des rencontres de quartier qui créent du lien

Stéphane Jagot, membre de l’équipe d’animation paroissiale, le dit sans détour : « L’objectif, c’était que chaque paroissien puisse avoir un visage de l’Église en local. » Les rencontres de quartier, lancées il y a une dizaine d’années par l’ancien curé Gilles Dalibert, visent justement à tisser ce lien de proximité.

Au départ, l’organisation était strictement géographique. Aujourd’hui, elle s’est assouplie. Certaines équipes se retrouvent le samedi matin plutôt qu’en soirée, histoire de permettre à ceux qui ne peuvent plus se déplacer la nuit de participer. « On a une liste de 20 personnes, et la surprise, c’est qu’on est parfois huit, parfois quinze », raconte Stéphane.

Ces rencontres, qui ont lieu deux fois par an – pendant l’Avent et le Carême –, rassemblent une centaine de personnes sur la paroisse. Pas mal, non ? Les thèmes abordés ? L’actualité du monde, de l’Église, du diocèse. Ou des questions plus locales : comment être missionnaire dans nos quartiers ? Comment garder le contact avec ceux qui s’éloignent de l’Église ?

La méthode s’inspire des mouvements d’action catholique : pas de débat d’idées, mais un partage d’expériences. « Les gens parlent de ce qu’ils vivent. On commence par un temps de prière, on écoute, on finit par un temps de prière. » Stéphane, qui anime aussi des temps d’équipe au Mouvement chrétien des cadres, retrouve là cette démarche qui lui tient à cœur.

Et ça se rajeunit ? « On a toujours des personnes d’une trentaine ou quarantaine d’années. Même si c’est vrai que les têtes grises sont plus nombreuses. » Il sourit. « Mais on a aussi accueilli un musulman, un réfugié que Bernard et Odile hébergent. Il est venu partager avec nous sur un thème d’Église catholique. »

Des adultes qui frappent à la porte

Brigitte Carsin accompagne des catéchumènes depuis près de trois ans. Et elle le constate : les demandes de baptême d’adultes se multiplient. « Avant, c’était très isolé. Aujourd’hui, depuis cinq ans, on a des demandes régulières. »

Qui sont ces adultes qui demandent le baptême ? Des femmes, surtout. Des personnes entre 20 et 48 ans, aux parcours variés. « Ce sont souvent des gens qui ne prennent pas cette décision à la légère. Ça fait parfois plusieurs années qu’ils y réfléchissent. » Ils arrivent avec beaucoup d’envie, beaucoup d’attente. Et une petite appréhension aussi.

Brigitte suit avec eux le parcours « Où demeures-tu ? » : une rencontre par mois, le samedi matin, pendant deux ans. Des assemblées diocésaines ponctuent ce cheminement, où tous les catéchumènes du diocèse se retrouvent. « La joie au moment du baptême, elle est évidente. Et très communicative. »

Mais après ? « Le vrai défi, c’est l’après-baptême. Trouver les relais, leur permettre de se sentir chez eux dans la communauté. » Pas toujours simple. Il faut que les nouveaux baptisés aient envie de trouver leur place. Et que la paroisse fasse tout pour les accueillir.

L’écologie, un sujet qui fait encore débat

Vincent Poitevin a fondé l’équipe Église verte sur la paroisse en 2018, après la parution de l’encyclique *Laudato si’*.

« Ce texte a été remarqué au-delà de la sphère chrétienne. Il associe la clameur de la terre à la clameur des pauvres. »

Aujourd’hui, l’équipe compte quatre ou cinq personnes. Peu, mais Vincent ne s’inquiète pas. « Peut-être que le mot écologie fait encore peur au sein de l’Église catholique. » Leur travail ? Sensibiliser, tout au long de l’année, l’ensemble des mouvements et services de la paroisse à l’écologie intégrale.

Concrètement, ils ont organisé une journée autour d’Hildegarde de Bingen, une fresque du climat avec une protestante du territoire, des actions lors du World Clean Up Day avec d’autres associations locales. « Nous sommes de plus en plus connus et reconnus dans la paroisse », assure Vincent.

Il a aussi la double casquette de membre du Conseil pour les affaires économiques paroissiales. Résultat : des achats plus responsables. Des bougies votives en amidon de maïs, biodégradables. Quatre cents verres en verre pour remplacer les contenants en plastique lors des cérémonies. « Il y a un rôle très quotidien sur les écogestes. »

La catéchèse, un groupe qui s’étoffe

Maud Bouhier, catéchiste pour les écoles publiques à Thouaré, voit son groupe grandir. « J’ai 13 enfants du CE2 au CM2. On a encore eu des inscriptions en décembre. » Inès, 10 ans et demi, en CM2, fait partie de ces jeunes qui découvrent la foi.

Dans les établissements publics, pas de catéchèse intégrée comme dans le privé. C’est donc la paroisse qui prend le relais, avec des catéchistes bénévoles. Un engagement qui demande du temps, de la patience, de la créativité aussi pour transmettre aux enfants quelque chose qui les touche vraiment.

Une paroisse toujours en construction

En septembre dernier, Saint-Matthieu-sur-Loire a fêté ses 20 ans. Le titre choisi ? « Une paroisse toujours en construction. » Pas un slogan creux, mais un constat. « Le défi, c’est de faire communion », résume le père Jérôme. « Se reconnaître les uns les autres d’une même paroisse, reconnaître que chacun y a sa place. »

Quatorze mouvements se côtoient ici. La Porte ouverte pour un temps d’amitié autour d’un café. La Table ouverte pour des repas partagés. Amitié espérance pour les personnes touchées par la souffrance psychique. Le groupe Petits fragiles pour les familles confrontées au handicap. Et Matth’accueil solidaire, qui accompagne depuis dix ans les familles migrantes.

Toutes ces initiatives, le père Jérôme ne les a pas lancées. Elles existaient avant lui. « Un curé n’est pas là pour dire : maintenant ça ne marche plus, il faut faire autre chose. On est là pour valoriser tout ce qui se fait. » Cette conviction, il la tient de la JOC : « On n’est pas celui qui commande, mais celui qui accompagne. »

Il le répète : les laïcs sont les permanents de la paroisse. Les prêtres, eux, ne font que passer. Cinq ans, dix ans, puis ils vont ailleurs. « Si les laïcs ne sont pas en responsabilité, tout se casse la figure quand le curé s’en va. » Une vision qui tranche avec l’image du prêtre tout-puissant.

Une diversité qui fait la richesse

Sur cette paroisse, des sensibilités différentes cohabitent. Adoration eucharistique d’un côté, actions caritatives de l’autre. Groupes de prière et engagement écologique. « Elles ne se croisent pas toujours, mais elles existent, elles cohabitent. » Le respect mutuel permet à chacun de vivre sa dimension préférée de la foi.

Le père Jérôme, lui, continue d’apprendre. « Je ne viens pas comme quelqu’un qui sait ce qu’il faut faire, mais comme quelqu’un qui écoute. » Après une année à découvrir la paroisse, il essaie de prendre sa place, de se positionner. Toujours dans cet esprit d’accompagnement plutôt que de direction.

À Saint-Matthieu-sur-Loire, la foi se vit dans le concret : autour d’un café, dans l’accueil d’un migrant, en changeant des bougies pour des modèles biodégradables, ou en accompagnant un adulte vers le baptême – une paroisse où chacun trouve sa place, à son rythme, et où l’Église ressemble à ce qu’elle devrait toujours être : une famille imparfaite mais accueillante.

Écrit par: Tiphaine Sellier

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