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Entre l’estuaire de la Loire et les campagnes nantaises, la paroisse Saint-Luc de Bretagne fait figure d’exception. Ici, les bancs se remplissent de jeunes familles, une maîtrise vient de voir le jour, et des adolescents se retrouvent le vendredi soir… pour parler de foi. Portrait d’une communauté très active !
Le père Didier Dronneau a posé ses valises à Saint-Étienne-de-Montluc en septembre 2024. Un énième déplacement pour ce prêtre diocésain originaire de Monnières, dans le vignoble nantais. Cinq changements en huit ans, ça commence à faire. Mais l’homme ne se plaint pas. « Je n’ai jamais douté que le Seigneur me rendrait heureux dans cette vocation », confie-t-il simplement.
Son parcours détonne. Ordonné en 1994 – ils n’étaient que deux cette année-là –, il a d’abord étudié la physique avant de se tourner vers… la minoterie. Oui, la fabrication de farine. « Ça me plaisait beaucoup, mais l’appel était plus fort. » L’appel, il l’a ressenti un jeudi soir, lors d’une nuit d’adoration à Tressaint. Le psaume 138 l’a saisi : « Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais. » Depuis, il n’a jamais regardé en arrière.
Ce qui marque chez le père Didier, c’est son appartenance à l’Institut Notre-Dame de Vie. Une communauté inspirée du Carmel, fondée par le père Marie-Eugène, aujourd’hui béatifié. Tous les douze ans – enfin, dans l’idéal –, les prêtres de cet institut s’offrent une année d’ermitage. Lui l’a vécue en 2018 à Vénasque, dans le Vaucluse. Quatre heures d’oraison par jour. Deux à trois jours par semaine en totale solitude. « C’est un enracinement spirituel, explique-t-il. Pour ensuite faire cet aller-retour entre action et contemplation. »
Un luxe ? Non, une nécessité. Dans un monde où même les prêtres courent après le temps, cette pause ressemble à une bouffée d’oxygène.
La paroisse Saint-Luc de Bretagne, c’est un territoire qui s’étire. Cordemais, Vigneux de Bretagne, Le Temple de Bretagne, Saint-Étienne-de-Montluc. Cinq églises principales, des paysages qui oscillent entre périurbain et campagne. Le regroupement date de 2002, sous l’impulsion du père Billard. À l’époque, ça a fait grincer des dents.
Anne-Louise Méot s’en souvient bien. Secrétaire paroissiale depuis 2019, elle a vécu cette transition. « Ça a été un bouleversement, surtout pour les petites communautés. Du jour au lendemain, plus de messe à 9h30 à Cordemais. C’était le samedi soir, un week-end sur deux. » Les accueils locaux ont progressivement disparu. Aujourd’hui, seul Saint-Étienne assure une présence quotidienne.
Mais Anne-Louise ne baisse pas les bras. Son quotidien ? Un couteau suisse. De la porte d’église qui ne ferme plus à la comptabilité, en passant par la communication et la transmission aux nouveaux prêtres. « Il y a de tout, sourit-elle. Et puis la relation avec les deux prêtres arrivés en même temps. Il faut leur faire part de l’historique, des habitudes. »
Le défi principal ? Que personne ne se sente oublié. « Comment rejoindre ceux qui habitent à La Paquelais, assez loin de Saint-Étienne ? C’est l’un des défis de l’équipe d’animation pastorale. » Une assemblée paroissiale est prévue, avec une méthode inspirée du synode : l’écoute attentive, la conversation spirituelle. Pour que l’Esprit Saint puisse parler à travers chacun.
Emer Villemain habite la paroisse depuis 25 ans. Responsable de la préparation à la première communion depuis dix ans, elle a vu la communauté se transformer. « Quand nos enfants étaient petits, on était peut-être deux ou trois familles à venir à la messe. Aujourd’hui, c’est vivant, dynamique. Ça fait chaud au cœur. »
Cette année, elle prépare 27 ou 28 enfants. C’est moitié moins qu’il y a dix ans – ils étaient 50 ou 60 à l’époque. Mais la tendance s’inverse. Et surtout, les profils changent. « On a de plus en plus de demandes d’enfants très jeunes, mais aussi de collégiens. » Des enfants non baptisés qui découvrent la messe… et qui demandent le sacrement d’eux-mêmes.
Le père Didier confirme : « C’est assez étonnant. Souvent, ils participent d’abord à la liturgie, sans trop savoir. Ils sont touchés par la grâce. Et après, ils demandent le baptême. » Avant, c’était l’inverse : on découvrait la messe par le catéchisme. Aujourd’hui, c’est la liturgie qui ouvre le chemin.
Emer raconte ces moments de grâce. « Une maman m’a envoyé un message après une première communion. Son neveu, qui avait arrêté de pratiquer depuis longtemps, avait été touché pendant la messe. Il a redécouvert sa foi. » Des histoires comme ça, elle en a plein. Et ça la porte.
Les veillées au coin du feu. Un nom qui sent bon la convivialité, presque le scoutisme. Mais ici, pas de guitare ni de chansons. Juste des ados qui se posent, qui parlent. De la vie, de la mort, de l’amour, de Dieu.
Gwenola Gautier a repris le flambeau après Emer. Sept couples accueillent aujourd’hui des groupes de collégiens et lycéens, chaque vendredi soir à 19h30. « L’idée, c’est de leur donner un lieu pour parler de choses qu’ils ne peuvent aborder nulle part ailleurs. Pas à l’école, pas toujours en famille. » Le principe ? Un petit temps de partage autour d’un pique-nique, puis une discussion sur un thème choisi par les jeunes eux-mêmes. « On cadre un peu : on parle de l’humain, de Dieu, de la foi. Pas du dernier match de foot. Mais on n’a même pas besoin de recadrer. Les thèmes sortent tout seuls : l’amour, l’amitié, la mort… »
Et ça marche. Les jeunes viennent spontanément, amènent des copains. « Un nous dit : j’ai un copain au basket, il aimerait bien venir. Et il vient. » Certains ne sont même pas pratiquants. Mais ils trouvent là un espace de liberté, d’écoute.
Gwenola insiste : « C’est important que ce soit chez un couple chrétien, pas dans un lieu paroissial. Ils voient un homme et une femme qui vivent leur foi au quotidien. C’est un beau témoignage. » Et le vendredi soir, quand on est fatigué, accueillir huit jeunes dans son salon… « On en ressort reboostés. À chaque fois, il se passe des choses incroyables. »
La plupart des jeunes qui préparent leur confirmation sont passés par ces veillées. Un chemin vers les sacrements, certes. Mais surtout un lieu où ils peuvent être eux-mêmes.

Anne-Louise résume bien l’état d’esprit : « Travailler pour la gloire de Dieu, c’est quand même fort. Et tous ces gens que je rencontre tous les jours… Mon mari me demande toujours : alors, t’as vu du monde ? J’ai toujours plein de monde à raconter. »
Michel et Laurence Bourcier ont créé la maîtrise de Saint-Luc de Bretagne il y a trois ans. Une maîtrise, dans une paroisse de campagne ? L’idée pouvait sembler audacieuse. Mais elle a pris. Zélie, 14 ans, fait partie des pionniers. « J’aimais bien chanter. Et chanter à la messe, ça me tentait. ». Paul, 10 ans 1/2 aussi était là dès le début : « Ma maman m’a proposé, j’ai testé, ça m’a plu », raconte-t-il. Agathe, 10 ans 1/2 aussi a rejoint l’aventure un peu plus tard, convaincue par une amie. Qu’est-ce qui les touche dans ce chant sacré ? « Quand on chante à la messe, ça résonne. Ça fait du bien, ça donne une paix intérieure », explique Zélie. « C’est pas comme un chant moderne. Là, on chante vraiment pour Dieu. On ressent qu’Il est là parmi nous. » Paul acquiesce : « Ça nous donne de la joie. On se sent bien dans l’église. » Des mots simples, mais qui disent l’essentiel.
Michel et Laurence ne cachent pas leur fierté. Cette maîtrise, c’est un peu leur bébé. Et elle grandit.
Gilles Villemain connaît l’église Saint-Étienne sur le bout des doigts. Après avoir expliqué l’origine du nom Saint Etienne de Montluc, il explique que l’église actuelle a été construite entre 1841 et 1847, à la place de l’église médiévale devenue trop exiguë. Son architecte Saint-Félix Seheult, d’origine nantaise, choisit de lui donner un style néo classique inspiré de l’architecture classique romaine.
Mais cette église n’est pas qu’un bâtiment. C’est un témoin. De siècles de foi, de prières, de vie communautaire. Elle recèle de trésors comme ses vitraux qui raconte un pan d’histoire ou ses deux grandes statues de bois anciennes provenant de l’église précédant celle d’aujourd’hui, et représentant Saint Clair, premier évêque de Nantes que l’on invoquait dans le temps pour les problèmes d’yeux, et Saint Corneille, patron des bêtes à cornes en Bretagne.
Le père Didier est là depuis un peu plus d’un an. Encore en phase de découverte, dit-il. « J’ai besoin d’écouter ce que l’Esprit Saint laisse entendre dans cette communauté. » L’assemblée paroissiale qui se prépare sera un moment clé. « Il faut écouter ce que peut dire l’Esprit dans le cœur des fidèles. Le pasteur doit regarder ce qui se passe sur le terrain. »
Anne-Louise résume bien l’état d’esprit : « Travailler pour la gloire de Dieu, c’est quand même fort. Et tous ces gens que je rencontre tous les jours… Mon mari me demande toujours : alors, t’as vu du monde ? J’ai toujours plein de monde à raconter. »
Des passages, des appels, des rencontres. Parfois moins agréables, concède-t-elle. Mais en général, ça se passe bien.
Rejoindre ceux qui sont loin. Géographiquement, mais aussi spirituellement. C’est l’obsession du père Didier. « Le pape François parle des périphéries. Pour nous, c’est aussi dans nos communautés. Comment rejoindre ceux qu’on ne voit pas beaucoup ? »
Emer le dit autrement : « Il y a une vraie soif chez les gens qui sont loin de l’Église. Mais aussi une peur. L’important, c’est l’accueil. Un accueil chaleureux, sans jugement. Dès qu’on fait tomber cette première muraille, on crée des relations. » Elle se souvient de ces débuts, quand elle invitait des jeunes couples à l’apéro après la messe. « L’accueil, l’accueil, l’accueil. C’est tellement important. »
Dans une société où les églises se vident, où les vocations se raréfient, Saint-Luc de Bretagne fait figure d’exception. Pas de recette miracle. Juste des gens qui donnent de leur temps, qui accueillent, qui écoutent. Et qui croient que l’Esprit Saint fait son œuvre.
Dans cette paroisse du nord-ouest nantais, la foi ne se vit pas en solitaire : elle se partage, se chante, se transmet – du presbytère aux salons, des enfants aux couples, dans un mouvement qui refuse l’immobilisme.
Deux acteurs du monde associatif sont venus présenter leurs actions. Que ce soit grâce à la marche ou à travers des événements festifs, ils créent du lien social. Alain Saulnier, président du Comité des fêtes de Saint-Étienne-de-Montluc fait partie des organisateurs de la fameuse Fête des Jonquilles qui a lieu chaque année le jour des Rameaux et rassemble pas moins de 30 000 visiteurs et 600 bénévoles le jour J. La prochaine aura donc lieu dimanche 29 mars 2026… Bruno Fasani, lui, est président des Sentiers Pédestres de Vigneux-de-Bretagne, qui fait de plus en plus d’adeptes. Ils proposent ainsi des sorties deux fois par semaine, le mardi et le jeudi. Bruno est également adjoint de la responsable du centre montfortain de Nantes, et rappelle que le 77ème pèlerinage Montfortain à Lourdes aura lieu du 19 au 25 avril prochain.
Écrit par: Tiphaine Sellier