La grâce comme antidote
Pourquoi parler de grâce en 2024 ? La question mérite qu’on s’y attarde. Chaque année, la diaconie de la beauté réunit son collectif lors d’un séminaire, le week-end de la miséricorde. C’est là, dans ce moment de réflexion collective, que naît le thème de l’édition suivante. Un vote démocratique, presque un rituel. L’année dernière, c’était la Genèse. Cette fois, la grâce s’est imposée.
« Tout est grâce », confie Anne Facerias avec une conviction palpable. « Malgré les épreuves, malgré les souffrances, malgré les guerres, il faut essayer de renverser le monde qui n’est pas toujours beau en un monde meilleur. » Une ambition qui pourrait sembler démesurée ? Peut-être. Mais c’est justement cette audace qui fait battre le cœur du festival depuis maintenant une quinzaine d’éditions à travers la France.
Les Lefebvre : quand les voix racontent l’unité
Le coup d’envoi sera donné vendredi 28 novembre avec un événement qui attire chaque année son lot d’admirateurs : le concert de Noël de la famille Lefebvre. Vous vous souvenez d’eux ? Cette famille phénomène qui avait remporté la finale de La France a un incroyable talent en 2020. Leur secret ? Des voix sublimes qui s’entrelacent a cappella, sans artifice ni fioriture.
« On est amis depuis longue date », raconte Anne. « Depuis le début de nos festivals itinérants, on les programme chaque année parce que pour nous, cette famille incarne vraiment cette beauté qu’on a envie de servir. » De Venise aux îles de l’océan Indien – Maurice, la Réunion – les Lefebvre ont sillonné le monde aux côtés de la diaconie. Et ce qui touche au-delà du talent vocal pur, c’est cette image d’une famille unie qui grandit, évolue, se transforme.
Blanche, la numéro deux, vient de se marier. Gaël, l’aînée, a franchi le pas l’année dernière. Les petits-enfants arrivent. La vie continue, la famille s’agrandit, mais ils trouvent encore le moyen de se réunir pour partager leur art. « Ça sera peut-être plus compliqué les années à venir », reconnaît Anne avec un sourire dans la voix. Pour l’instant, profitons-en.
L’Amadir : quand un lieu devient galerie
Le samedi 29 novembre, direction l’Amadir à Orvault pour une journée qui promet d’être particulièrement dense. Ce lieu résidentiel, avec son parc de deux hectares, se métamorphose le temps d’un week-end en véritable écrin artistique. Café vernissage dès le matin pour accueillir les visiteurs dans une ambiance décontractée, puis découverte des œuvres de plusieurs artistes plasticiens.
Thérèse Giraud, Christiane Le M, Thomas Langouet, Emmanuelle Betty, Ghislaine Lejard, Marie-France Cornec, Isabelle Clouet… Ces noms ne vous disent peut-être rien encore, mais ce sont des habitués de la maison. Des artistes qui reviennent année après année, créant une forme de continuité, de famille artistique élargie.
L’après-midi ? Place à la transmission avec deux ateliers : modelage avec Thérèse, dessin avec Christiane. Parce que la beauté, ça se contemple, mais ça se pratique aussi. Mettre les mains dans la terre, tracer un trait sur le papier, c’est une autre manière de toucher du doigt cette grâce dont on parle tant.
Michael Lonsdale : cinq ans déjà
La soirée du samedi prendra une tournure plus intime, plus émouvante aussi, avec un hommage à Michael Lonsdale. Cinq ans déjà que cet immense acteur nous a quittés, le 21 septembre 2020. Pour ceux qui auraient besoin qu’on leur rafraîchisse la mémoire, on parle d’une figure majeure du cinéma français, César du meilleur acteur dans un second rôle pour son interprétation bouleversante du frère Luc dans Des hommes et des dieux.
Mais Michael Lonsdale, c’était bien plus qu’une carrière cinématographique impressionnante. C’était un pilier, un cofondateur de la diaconie de la beauté. « On a démarré cette aventure avec Michael en octobre 2012, au moment du synode de la nouvelle évangélisation au Vatican », explique Anne Facerias. L’acteur a fréquenté l’Amadir à plusieurs reprises, en résidence. Beaucoup de Nantais l’ont croisé, ont échangé avec lui.
Cette soirée hommage, c’est un peu comme retrouver un vieil ami. Des vidéos, des témoignages, des talents artistiques partagés « en famille », comme le dit si bien Anne. Pas de grandes démonstrations, juste la mémoire vivante d’un homme qui incarnait cette alliance rare entre excellence artistique et engagement spirituel profond.
Quand deux saints se donnent la réplique
Le dimanche 30 novembre, le festival se clôturera sur une note originale avec un spectacle qui aurait pu sembler improbable sur le papier : Saint Vincent de Paul raconté par Pierre Giorgio Frassati. Deux grandes figures de la charité, séparées par plusieurs siècles, qui dialoguent à travers le temps.
Comment naît une telle idée ? Par la rencontre de deux actualités ecclésiales, tout simplement. D’un côté, les pères lazaristes qui souhaitaient célébrer les 400 ans de leur congrégation. De l’autre, la canonisation du bienheureux Pierre Giorgio Frassati à Rome – initialement prévue le 3 août, finalement célébrée le 7 septembre.
Daniel Facerias, le mari d’Anne, a écrit, mis en scène et mis en musique ce spectacle qui a déjà rencontré un beau succès lors de ses précédentes représentations. L’idée ? Faire raconter l’histoire de Saint Vincent de Paul par Pierre Giorgio Frassati, qui était lui-même vincentien. Une transmission à travers les siècles, un pont jeté entre deux époques, deux sensibilités, mais une même soif de servir.
Le rendez-vous est fixé à 16 heures à l’externat des enfants nantais. Et bonne nouvelle pour les lecteurs : des places gratuites sont disponibles. Il suffit de joindre le 0240692855.
Une approche pluridisciplinaire qui fait sens
Ce qui frappe dans la programmation du Festival de la beauté, c’est cette volonté de ne pas enfermer l’art dans des cases. Arts plastiques, musique, théâtre, ateliers de transmission, célébrations spirituelles… Tout se mêle, tout se répond, tout fait écho.
« On essaie de programmer dans nos festivals une exposition pour les arts plastiques, un concert pour la musique, un spectacle pour le théâtre, des ateliers pour l’art de la transmission, l’art de la parole », détaille Anne. « Et puis on aime célébrer également une messe d’artistes pour célébrer la beauté de Dieu. »
Cette approche globale n’a rien d’un fourre-tout. Au contraire, elle traduit une vision cohérente : la beauté ne se fragmente pas, elle irrigue tous les domaines de l’existence. Elle se contemple dans un tableau, s’écoute dans une voix, se vit dans un geste partagé, se célèbre dans la prière.
Un mouvement qui essaime
Difficile de parler du Festival de la beauté sans évoquer son ampleur. Aujourd’hui, une quinzaine de festivals sont organisés à travers la France et au-delà. De Venise aux îles de l’océan Indien, le mouvement a pris de l’ampleur tout en gardant cette dimension familiale, presque artisanale, qui fait son charme.
Chaque édition locale garde sa couleur propre tout en s’inscrivant dans une dynamique collective. Le séminaire annuel du week-end de la miséricorde permet de maintenir ce fil rouge, cette cohésion entre les différentes équipes. Un modèle qui fonctionne, visiblement, puisque le public suit, revient, s’agrandit.
Pourquoi ça marche ?
Qu’est-ce qui explique le succès grandissant de ces festivals ? Peut-être justement cette capacité à proposer autre chose dans un monde saturé de divertissements formatés. Ici, pas de course à l’audimat, pas de recherche du buzz à tout prix. Juste une invitation à ralentir, à regarder autrement, à s’ouvrir à cette beauté qui « élève, qui touche le cœur et qui révèle la grâce présente dans nos vies », comme le dit si joliment la présentation du festival.
Dans une société où l’urgence et l’anxiété semblent parfois tout dévorer, prendre le temps de contempler, de créer, de partager devient presque un acte de résistance. Une résistance douce, bienveillante, mais réelle.
Informations pratiques pour ne rien rater :
Le programme s’étale donc sur trois jours, du vendredi 28 au dimanche 30 novembre. Voici les temps forts à ne pas manquer :
- Vendredi 28 : Concert de Noël de la famille Lefebvre
- Samedi 29 à l’Amadir, Orvault : Café vernissage, exposition, ateliers modelage et dessin l’après-midi, hommage à Michael Lonsdale le soir
- Dimanche 30 à 16h : Spectacle « Saint Vincent de Paul raconté par Pierre Giorgio Frassati » à l’externat des enfants nantais