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Notre-Dame de Nantes, une Église missionnaire en plein cœur de ville

today23 janvier 2026 198

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Dans le centre-ville de Nantes, quelque chose bouillonne. Entre bières artisanales estampillées paroisse, chapelet d’enfants dans un jardin presbytéral et colocation missionnaire, Notre-Dame de Nantes réinvente l’Église urbaine. Rencontre avec une communauté qui n’a pas peur de bousculer les codes.

Un prêtre aux multiples casquettes

Père Sébastien Catrou ne fait rien à moitié. Depuis septembre dernier, cet homme de 47 ans cumule trois responsabilités qui donneraient le tournis à n’importe qui : curé de Notre-Dame de Nantes, curé de Saint-Clément et chanoine recteur de la cathédrale fraîchement rouverte. Ajoutez à cela sa mission de délégué épiscopal pour la liturgie de 1962, et vous obtenez un agenda qui frôle l’impossible.

« C’est bien parce que je suis un homme qui aime l’éclectisme », confie-t-il avec un sourire. « Je passe d’une réalité à l’autre avec beaucoup de joie. » Seul hic ? Les journées ne font que 24 heures. Qu’à cela ne tienne : six heures de sommeil lui suffisent pour jongler entre ses missions.

Né à Nantes en 1978 dans une famille peu pratiquante, Sébastien Catroux doit sa rencontre avec le Christ à ses grands-parents. Un parcours classique ? Pas vraiment. Après des études de droit et une première expérience parisienne qui l’a plongé dans le bouillonnement urbain, il est revenu dans son diocèse natal. Douze ans passés auprès des collégiens et lycéens lui ont appris cette vérité simple : « Le prêtre est attendu plus qu’on ne pourrait penser. »

Trois clochers, trois visages

Notre-Dame de Nantes rassemble trois églises du centre-ville, chacune avec sa personnalité bien trempée. À Notre-Dame-de-Bon-Port, ce sont les familles qui règnent. « Une assemblée nombreuse, plein d’enfants, c’est un petit peu bruyant, mais c’est très vivant », résume le père Sébastien.

Sainte-Croix, elle, vibre au rythme de la dévotion mariale et accueille une importante communauté africaine. « Franchir les portes de cette église et voir qu’il y a beaucoup d’Africains, c’est assez joyeux », observe-t-il. Les demandes de bénédiction de chapelets y sont récurrentes.

Quant à la basilique Saint-Nicolas, elle attire un public plus classique, mais tout aussi divers. Comment faire unité dans cette mosaïque ? « On arrive à faire unité », assure le curé. La galette des rois partagée dimanche dernier avec les bénévoles en témoigne : « Tout ce petit monde a l’air de bien s’entendre. »

Une famille en mission

Guillaume et Marie-Daphné Maillotte ne font pas les choses à moitié non plus. Mariés depuis 22 ans, parents de cinq enfants (de 18 à 5 ans), ils vivent depuis août 2021 dans l’ancienne maison paroissiale de Bon-Port comme famille en mission.

« On avait vraiment soif de nous engager encore plus pour la paroisse et de chambouler notre quotidien », explique Marie-Daphné. Chambouler, le mot est faible. Le couple a repris des initiatives existantes – le café du jeudi, le chapelet du lundi – mais en a lancé de nouvelles qui détonnent.

Leur coup de maître ? Les bières de paroisse. La Blanche de Bon-Port, l’IPA de Saint-Nicolas, la Blonde de Sainte-Croix. Chaque bouteille arbore un QR code racontant l’histoire du clocher. « On voulait se dire que l’église, c’est pas poussiéreux », sourit Guillaume. L’année dernière, 4 000 bières vendues. Pas mal pour une évangélisation houblonnée.

Mais ce n’est pas tout. Marie-Daphné a lancé le chapelet des enfants le mardi après-midi. Dans le jardin du presbytère, goûter, jeu et prière s’enchaînent. « C’est touchant quand un enfant de quatre ans mène une dizaine.», confie-t-elle, émue.

Le projet le plus récent ? Transformer une partie de la maison en foyer étudiant. Après un an de travaux dans la poussière, trois étudiants ont emménagé en septembre. Un quatrième est recherché. « C’est un vrai moment de croissance personnelle, conjugale, familiale », témoigne Guillaume. « On voulait vivre avec nos enfants qu’une famille peut rajouter des dimensions supplémentaires spirituelles. Et finalement, c’est pas si compliqué. »

L’aumônerie qui cartonne sur les réseaux

À 21 ans, Clémentine Lefebvre jongle entre ses études d’histoire de l’art et sa mission de communication pour l’aumônerie des jeunes de Saint-Nicolas. Comment en est-elle arrivée là ? « Une coïncidence », dit-elle modestement.

Chaque mercredi, des topos avec repas tirés du sac. Des soirées rock. Et surtout, l’after messe au Cornishman, le pub qui fait l’angle de la rue. « On y est allé un peu au culot, on a demandé s’ils pouvaient faire un geste commercial. » Résultat ? Happy hour de l’ouverture à la fermeture pour les jeunes catholiques, et même des buffets offerts une fois par mois et demi.

Sur Instagram et TikTok, l’aumônerie déploie une communication léchée : témoignages vidéo, BD pour présenter les propositions. « Les réseaux sociaux touchent énormément », confirme Clémentine. « On a beaucoup de retours de jeunes qui ont découvert la messe grâce à ça. »

Cette attractivité pose question. Le père Sébastien ne craint-il pas que Saint-Nicolas vide les autres paroisses de leurs jeunes ? « Je pense que ça répond à un besoin à un certain âge de se rassembler assez nombreux », répond-il sereinement. « L’idée, c’est qu’après ils insufflent cette dynamique dans leur future paroisse. »

Qu’est-ce qui fidélise ces jeunes ? « Cette soif de découverte », analyse Clémentine. « Beaucoup débarquent sans trop connaître ce qu’est un pèlerinage ou une retraite spirituelle. » Et ça fonctionne. Weekends, retraites, pèlerinages : « De grandes amitiés naissent, et même des couples. »

La coloc’ missionnaire de Sainte-Croix

Stanislas Le Quéré, 22 ans, étudiant à Centrale Nantes, vit une expérience peu commune. Depuis deux ans, il partage une colocation au prieuré Sainte-Croix avec quatre autres garçons. Pas n’importe quelle coloc’ : une colocation missionnaire.

« Je cherchais un autre moyen de vivre en communauté », explique-t-il. Le père Jean-Baptiste Siboulet lui a indiqué qu’une place se libérait. Bingo. Stanislas a rejoint Antoine, 24 ans, libanais en recherche d’emploi dans l’animation 3D, Cyprien en première année à l’école du bois, Côme qui étudie les sciences politiques, et Ed, alternant en électricité.

Leur mission ? Soutenir Hedwige et Martin Bertrand, la famille en mission installée depuis septembre 2023. Concrètement, les cinq jeunes assurent l’ouverture et la fermeture de l’église en semaine. Ils partagent aussi des repas fraternels avec la famille.

« Ça permet de découvrir ce que c’est la vie en paroisse », souligne Stanislas. « En tant que jeune, on est pris dans le quotidien des études, des copains, des fêtes. On oublie parfois l’aspect spirituel. »

Le quartier Sainte-Croix ? « Hétérogène », résume-t-il. Entre personnes de la rue et bobos, rues tortueuses et bars branchés, communauté africaine importante et quelques familles. « C’est un quartier vivant, agréable à vivre. » Et la présence de jeunes y change la donne.

Les chantiers d’avenir

Quatre mois après son arrivée, le père Sébastien voit déjà les priorités. « Honorer davantage la formation des adultes », dit-il. « Les laïcs engagés font beaucoup de choses, mais peinent parfois à trouver les mots pour témoigner de leur foi. »

Autre chantier : mettre en place les orientations diocésaines. Notamment en constituant un conseil pastoral missionnaire plus large, pour « faire remonter ce qui se vit localement et discerner les enjeux missionnaires du territoire. »

Avec ses quatorze membres, l’équipe d’animation paroissiale (EAP) se réunit chaque mois. Une version réduite, l’EAPR, fait le point tous les vendredis matin. « On délègue, évidemment », confirme le père Sébastien. « Impossible de faire autrement. »

Sainte-Croix Ecoute et le néophytat

Parmi les initiatives qui ont marqué le nouveau curé, Sainte-Croix Ecoute occupe une place particulière. Ce lieu d’accueil pour les personnes en fragilité témoigne d’un « véritable accompagnement des personnes marginales ou en difficulté. » Marie Mitry témoigne de l’engagement de la vingtaine de bénévoles formée à l’accueil et à l’accompagnement de personnes en situation de fragilité. Daniel, lui a pris le chemin de l’église grâce à cette équipe, il a trouvé le Christ dans sa vie, il témoigne de ce que Sainte-Croix Ecoute lui a apporté, lui qui au départ n’osait pas franchir la porte…

 

Le néophytat, autre proposition phare, porté par Virginie Abisser, accompagne ceux qui, comme Alice, viennent de recevoir les sacrements  de l’initiation chrétienne. Une façon de ne pas laisser seuls ces nouveaux baptisés dans leurs premiers pas de foi.

À Notre-Dame de Nantes, l’Église ne se contente pas d’exister : elle ose, elle innove, elle va chercher les gens là où ils sont – même au comptoir d’un pub avec une pinte estampillée paroisse.

 

L’association Lazare

C’est dans ce quartier que l’association Lazare a implanté ses maisons qui accueillent des personnes sorties de la rue dans des colocations partagées avec des jeunes actifs. C’est le cas de Cécile et Brice Lavault, famille responsable de l’une des maisons.

L’association Lazare, présente rue du Refuge, incarne magnifiquement cette Église au service des plus fragiles en plein hypercentre de Nantes.

Écrit par: Tiphaine Sellier

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