Quand le géant américain choisit la campagne bretonne
C’est officiel depuis le sommet Choose France organisé à Versailles : Amazon va installer son premier centre de distribution des Pays de la Loire à Derval. Une annonce faite en grande pompe par Alain Hunault, président de la communauté de communes Châteaubriant Derval et maire de Châteaubriant, aux côtés de Patrick Labarre, président d’Amazon France.
Mais cette implantation n’est pas sortie d’un chapeau. Elle découle d’une délibération du conseil communautaire datant du 15 avril 2021. Ce jour-là, les élus locaux avaient validé la cession de 14 hectares pour accueillir une plateforme logistique de 70 000 m². Le vote ? 42 pour, 12 abstentions, zéro contre. Un consensus rare en politique locale.
Pourquoi Derval, au juste ?
La question mérite d’être posée. Qu’est-ce qui a séduit le mastodonte du e-commerce dans ce territoire coincé entre Rennes et Nantes ? « Derval est remarquablement située », explique Alain Hunault sans détour. La position géographique, d’abord. Mais pas seulement.
L’intercommunalité affiche un taux de chômage de 5,8 %, ce qui témoigne d’un certain dynamisme. Et puis il y a ce centre de formation créé en 2023 avec le Greta, spécialisé dans les métiers de la logistique. Un détail qui n’a pas échappé aux équipes d’Amazon lors de leurs repérages. Sans oublier la qualité de vie et les infrastructures du territoire, arguments qui pèsent lourd dans la balance quand on cherche à attirer des talents.
Le choix ne s’est pas fait à la légère. Cinq ans de procédures administratives et environnementales, avec notamment l’instruction du permis et l’arrêté d’autorisation ICPE. « Cette réglementation a été très respectée d’une façon très claire et sans contestation », insiste le maire.
Un millier d’emplois, vraiment ?
Amazon promet 1000 emplois directs d’ici le 31 décembre 2027. Ça va vite, très vite même. Et selon Alain Hunault, il faut multiplier ce chiffre par 2,5 pour mesurer les retombées réelles en termes d’emplois indirects. On parle donc potentiellement de 2500 postes générés par cette seule implantation.
Qui dit emplois dit forcément profils recherchés. Ici, pas besoin d’avoir fait polytechnique. « Il y a énormément de bénéficiaires du RSA concernés par ces emplois, des gens sans formation qui sont formés par Amazon », précise le président de la communauté de communes. Soixante métiers différents sont proposés, allant des fonctions opérationnelles aux postes de support et d’encadrement.
D’ailleurs, depuis l’annonce officielle, les candidatures affluent déjà. Signe que l’attractivité est bien réelle, malgré les critiques.
Le commerce local va-t-il trinquer ?
C’est LA question qui fâche. Comment concilier l’arrivée d’un géant du e-commerce avec la survie des commerces de proximité ? Alain Hunault assume une position pragmatique : « Je pense que les consommateurs sont responsables. Chacun a la liberté de sa façon de consommer. »
Amazon, rappelle-t-il, a créé 25 000 emplois en France en 25 ans. Le groupe fait partie du paysage économique français, qu’on le veuille ou non. À Châteaubriant, la municipalité a investi 25 millions d’euros dans le centre-ville sur vingt ans. La ville a même obtenu le label Action Cœur de Ville.
Pour soutenir les commerces locaux, la communauté de communes a mis en place des mesures concrètes : loyers gratuits pendant six mois pour les nouveaux commerçants, puis pris en charge à 50 % les six mois suivants. « L’un n’empêche pas l’autre », martèle Alain Hunault. Une vision complémentaire plutôt qu’opposée.
Reste que le commerce de centre-ville souffre. La conjoncture économique n’arrange rien. Mais selon le maire, si l’offre locale est de qualité, les consommateurs continueront à fréquenter les boutiques de proximité. Question d’équilibre, finalement.
Des conditions de travail dans le viseur
Impossible d’évoquer Amazon sans parler des conditions de travail. L’entreprise traîne une réputation sulfureuse : cadences infernales, automatisation déshumanisante, emplois précaires. Les opposants au projet ne manquent pas d’arguments.
Alain Hunault balaie ces critiques d’un revers de main : « Vous aurez toujours des anti-tout qui donneront des leçons en matière d’emploi alors qu’ils n’en auront jamais créé de leur vie un seul. » Franc du collier, le maire poursuit : « Les gens ne vont pas chez Amazon de force. Les personnes qui travaillent chez Amazon sont contentes, sont satisfaites. »
Il invite à regarder les reportages réalisés dans les centres Amazon pour se faire une idée plus juste. Selon lui, beaucoup de clichés circulent, loin de la réalité du terrain. Reste que la question divise, et les témoignages d’anciens employés ne vont pas tous dans le même sens.
Une zone qui ne sort pas de nulle part
Les 70 000 m² de l’entrepôt Amazon occupent des terrains vendus 2400 euros par la communauté de communes. Ces parcelles, fléchées « zone d’activité » depuis des années, étaient inconstructibles pour d’autres usages. Pas question donc d’avoir sacrifié des terres agricoles fertiles.
En attendant leur commercialisation, des conventions avaient même été signées avec des agriculteurs, qui ont été compensés à hauteur de 125 euros par Amazon. La transparence a été de mise tout au long du processus : séances publiques du conseil communautaire, diffusion en direct des débats, procédures administratives rigoureuses.
Aucun camion ne traversera la ville, promet Alain Hunault. La desserte a été pensée pour éviter les nuisances. Et côté environnement ? « Amazon respecte des normes environnementales extrêmement poussées. C’est exemplaire », assure l’élu.
Un territoire qui voit plus loin
Cette implantation s’inscrit dans une dynamique plus large. Il y a quatre ans déjà, lors d’un précédent sommet Choose France, Châteaubriant avait décroché un projet à 100 millions d’euros avec l’entreprise Tetrapac. Dans le secteur de la santé, le territoire représente le troisième pôle du département, avec 72 millions d’investissements prévus.
« C’est un tout. C’est une dynamique territoriale », résume Alain Hunault. Entre les métropoles rennaise et nantaise, Châteaubriant et Derval entendent bien se faire une place au soleil. Le territoire mise sur l’économie comme priorité, avec des résultats tangibles : un taux de chômage contenu, des formations adaptées aux besoins du marché, des infrastructures qui attirent les investisseurs.
L’arrivée d’Amazon vient renforcer cette stratégie. Pour ses défenseurs, c’est une chance à saisir. Pour ses détracteurs, un risque à mesurer. Le débat reste ouvert, mais les dés sont jetés : les premiers recrutements démarreront bientôt, et l’entrepôt devrait tourner à plein régime d’ici fin 2027.