
Cet épisode propose un commentaire de l’Évangile selon saint Matthieu, précisément du passage où Jésus envoie ses apôtres en mission. Le texte évangélique et son exégèse sont présentés par Anatole Laurentin, laïc missionné.
Le texte évangélique
Jésus dit à ses apôtres : « Sur votre route, proclamez que le royaume des cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. »
Il leur interdit de se munir d’or, d’argent, de monnaie de cuivre, de sac, de tunique de rechange, de sandales, ni de bâtons. « L’ouvrier en effet mérite sa nourriture », dit-il.
Jésus ajoute : « Dans chaque ville ou village où vous entrerez, informez-vous pour savoir qui est digne de vous accueillir et restez là jusqu’à votre départ. En entrant dans la maison, saluez ceux qui l’habitent. Si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle. Si elle n’en est pas digne, que votre paix retourne vers vous. »
« Si l’on ne vous accueille pas et si l’on n’écoute pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pieds. Amen, je vous le dis, au jour du jugement, le pays de Sodome et de Gomorrhe sera traité moins sévèrement que cette ville. »
Le sens de la proclamation du royaume
Jésus reprend les mêmes termes que Jean-Baptiste avait employés : « Le royaume des cieux est tout proche. » Cependant, cette proclamation ne dit pas que le royaume est arrivé avec Jésus, mais qu’il s’est approché des hommes — une nouveauté radicale.
Le royaume offre aux hommes la liberté d’y entrer ou non. Il leur reste un chemin à parcourir, celui de la conversion, une conversion jamais vraiment achevée. C’est pourquoi cette proclamation demeure toujours d’actualité.
La gratuité de l’annonce
« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. » De la part du missionnaire, l’annonce du royaume est un pur don. Cette exigence de gratuité contraste avec l’Évangile de Matthieu, où la justice rétributive héritée de l’Ancien Testament est souvent rappelée — il y est question de payer un salaire, de rembourser ses dettes, de rendre à chacun selon ses œuvres.
Cette gratuité de l’annonce évangélique demande un grand détachement par rapport aux biens matériels, y compris les plus basiques. C’est pourquoi Jésus exige du missionnaire ce dénuement radical.
Le don gratuit est lui-même l’effet de la grâce reçue, dont témoigne la paix offerte aux maisons qui accueillent les annonceurs de la bonne nouvelle.
Les signes qui authentifient le message
« Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. » Ce sont les œuvres mêmes pour lesquelles Jésus a donné pouvoir aux douze selon le récit précédent : « Jésus appela les douze disciples et leur donna le pouvoir d’expulser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité. »
À cela s’ajoutent ici la résurrection des morts et la purification des lépreux — deux actes perçus dans la mentalité juive comme ayant une plus haute valeur, car ils redonnent à l’homme l’existence physique ou sociale qu’il avait perdue.
L’ensemble de ces signes sont les signes messianiques. Ce sont ceux-là mêmes que Jésus affichera devant les disciples de Jean qui viendront lui demander s’il est celui qui doit venir.
L’essentiel à retenir
Avec la venue de Jésus parmi les hommes, le royaume des cieux a été mis à notre portée, moyennant notre conversion. Comme disciples, nous avons reçu mission de le proclamer autour de nous en paroles et en actes. En recevant cette mission, nous avons reçu aussi la grâce de l’accomplir.
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