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Quand ça Balance · 1 octobre 2026
Quand ça balance
Ça Balance est l’émission de jazz de Radio Fidélité, présentée par Jean-Philippe Hidal en compagnie de Didier Toulant, Pierre Antoine Champenois, Jean-François Corté et Antoine Orin. Cette semaine du 1er octobre, l’équipe revient avec son habituelle sélection de découvertes et de grands noms du jazz, en passant par des curiosités musicales et des annonces d’événements à venir.
Albert Lévi et la musique de film muet
Jean-Philippe ouvre l’émission en présentant une découverte faite à la brocante : un disque en piano solo du pianiste Albert Lévi, qui a notamment accompagné Claude Nougaro et participé à des émissions avec Jacques Martin et Bob Kibel à la contrebasse. Le morceau écouté, The Entertainer de Scott Joplin (utilisé dans le film L’Arnaqueur), révèle un traitement raffiné où Lévi convoque Bach, Mozart, Chopin et Ravel autour de ce classique du ragtime. L’album d’où est tiré cet enregistrement s’intitule Musique pour film muet — un clin d’œil aux accompagnements que les pianistes de cinéma jouaient autrefois sur les films en noir et blanc, avec leurs passages rapides, lents et classiques selon la scène. Jean-Philippe se souvient que sa grand-mère, née en 1897, jouait ainsi au piano dans les cinémas pendant ses études.
Dizzy Gillespie : du bebop à la ballade
Jean-François présente Dizzy Gillespie (né en 1917), qui a rejoint à 19 ans l’orchestre de Teddy Hill engagé à Paris en juillet-août 1937 au Moulin Rouge pour la revue Cotton Club. Lors de sessions d’enregistrement organisées par Hugues Panassier pour le label Swing qu’il venait de créer, Gillespie a été écarté, jugé trop excentrique — mais comme le rapporte Alain Tercinet, Dizzy s’en consola en disant : « À Paris j’étais plus occupé qu’un unijambiste en train de participer à un concours de coup de pied au cul. » Gillespie reviendra souvent en France, d’où nous conservons de nombreuses captations en studio et en concert.
Si Gillespie est surtout connu pour son jeu virtuose et ses compositions bebop et jazz afro-cubain, on l’écoute ici dans un registre très différent : I Wait for You, composition de Dizzy Gillespie et Gill Fuller. L’enregistrement présenté date d’avril 1973 à Paris pour le label America, en petite formation avec Kenny Drew au piano, Kenny Clarke à la batterie et Niels Henning Ørsted Pedersen à la contrebasse.
Didier annonce que Gillespie sera au cœur d’une soirée de l’Académie du Jazz : mercredi 14 octobre à Nantes et jeudi 15 octobre à Saint-Nazaire.
Louis Prima : du swing au boogie-woogie
Pierre Antoine Champenois revient sur Louis Prima (né en 1910 à la Nouvelle-Orléans), d’origine italienne, surtout connu pour son titre Just a Gigolo, enregistré en 1943 pour les V-Discs de l’armée américaine et qui a fait danser le boogie-woogie à plusieurs générations. Prima a collé à toutes les tendances musicales de son époque : orchestre local, combo swing dans les années 1930, puis big band dans les années 1940. La clé de son succès a été d’introduire dans le swing une bonne dose de boogie-woogie. Musicien très exubérant, Prima a aussi prêté sa voix au roi Louis dans Le Livre de la Jungle ; ce personnage était directement inspiré de Prima lui-même et de son orchestre, qui bougeait sur scène comme les singes du film. En 1944, il enregistre The Very Thought of You, composition de Rube Bloom.
Louis Prima sera au cœur de la programmation de l’Académie du Jazz avec Paul Maisonneuve qui le présentera comme roi du swing, chanteur et trompettiste : mardi 2 février au théâtre de Châteaubriand, mercredi 3 février au salon du Nantes et jeudi 4 février au théâtre Jean-Bard de Saint-Nazaire. Note : Prima est aussi le compositeur de Sing, Sing, Sing, le célèbre morceau de Benny Goodman.
Jacques Loussier : Bach en mode swing
Didier présente Jacques Loussier, né à Angers en 1931, qu’il salue d’abord pour cette première qualité angevine. Après une solide formation au conservatoire de Paris dès ses 16 ans, Loussier fréquente les cabarets parisiens où il accompagne Catherine Sauvage, Charles Aznavour et Léo Ferré, avant de s’immerger dans les clubs de jazz de la capitale. En 1959, il fonde un trio avec le contrebassiste Pierre Michelot et le batteur Christian Garos avec l’ambition de rajeunir Bach en mode swing.
Malgré les critiques des deux camps — les classiques reprochaient le manque d’authenticité classique, les jazzmen criaient au jazz bâtardisé —, cinq albums successifs publiés sous le titre Playbach (calembour évident) obtiennent un succès planétaire : près de 8 millions de disques vendus et 15 ans de tournée mondiale. Loussier s’attaquera ensuite au répertoire de Mozart, Beethoven, Satie et Maurice Ravel. Compositeur éclectique et prolifique, il signe une cinquantaine de musiques de films, dont Le Doulos de Jean-Pierre Melville, et plus de 100 génériques de feuilletons TV, dont Thierry la Fronde et Vidocq. De 1977 à 1995, il anime un studio d’enregistrement dans un château en Provence où l’élite des musiciens pop — Pink Floyd, Téléphone, Indochine — viendra enregistrer. Jacques Loussier s’éteint le 5 mars 2019.
L’émission propose d’écouter La Swingante Fugue n° 2 en ut mineur tirée de l’album Playbach n° 1. L’équipe note que dans les années 1960, cet album a créé un véritable engouement : le monde entier l’avait. Bien que d’autres, comme Arvanitas avec Pierre Gossès, aient essayé de reproduire la formule, aucun n’a atteint la popularité incroyable de Loussier.
Ella Fitzgerald : les débuts avec Chick Webb
Antoine conclut l’émission avec Ella Fitzgerald (née en 1918, décédée en 1996), qui a été déclarée trésor national par le président Reagan en 1987 — une très haute distinction aux États-Unis. Elle débute en 1934 en remportant le premier prix d’un concours amateur à l’Opéra House de Harlem, puis est engagée immédiatement dans le grand orchestre de Chick Webb, dont elle devient la vedette de 1935 à 1939.
L’enregistrement écouté date de 1939, au tout début de sa carrière avec Chick Webb : Stairway to the Stars, standard écrit en 1934 avec la musique de Matty Malneck et Frank Signorelli, et les paroles ajoutées en 1939 par Mitchell Parish. Ella avait 20 ou 21 ans à l’époque ; on reconnaît déjà sa voix caractéristique, bien que l’équipe note que celle-ci s’affirmera et s’améliorera encore au fil des années.
L’Académie du Jazz célébrera Ella Fitzgerald pendant la saison avec Michel Macaire qui la présentera. Les dates programmées sont : mardi 6 avril, mercredi 7 avril et jeudi 8 avril à Châteaubriand (Nantes) et à Saint-Nazaire. Véronique Rodriguez incarnera Ella Fitzgerald lors de ces événements.
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