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Voyage du Pape en France · 26 septembre 2026
Mgr Dominique Lebrun : « l’intelligence de la foi, pas seulement le nombre »

Un voyage du pape en France à travers les yeux de Monseigneur Le Brun
Monseigneur Dominique Le Brun, archevêque de Rouen, était à Paris pour entourer le pape Léon 14 pendant sa visite en France. Il revient sur la première journée du voyage à l’Élysée, où le pape a mentionné ses origines normandes, ainsi que sur les grands événements parisiens : la messe à Notre-Dame devant des milliers de prêtres et séminaristes, et le spectacle au Stade de France avec 80 000 jeunes.
Les trois mots clés du voyage : merci, joie et responsabilité
Monseigneur Le Brun résume sa perception du voyage en trois mots :
- Le merci : envers tous ceux qui ont organisé ce voyage et envers le pape lui-même
- La joie : une joie particulière liée aux origines normandes du pape, qu’il espère pouvoir rappeler au pape à Lourdes en lui apportant des cadeaux de Normandie
- La responsabilité : le pape a lancé un grand appel à la responsabilité de tous, exprimé calmement mais fermement
Les cadeaux de Normandie
Plusieurs personnes — mères, généalogistes et citoyens — ont fait des recherches généalogiques sur les ancêtres du pape. Les cadeaux comprendront :
- Une photo d’une maison habitée par ses aïeux
- Les sépultures de ses ancêtres
- Des actes de mariage et de reproduction d’anciens documents
- Un livre sur Vitré-Fleur, petit village où a vécu l’arrière-arrière-grand-père du pape, Pierre Prévost
Le message du pape à Notre-Dame : prière personnelle et respect de la liturgie
Devant des milliers de prêtres, religieux et séminaristes à Notre-Dame, le pape a mis en garde contre l’activisme et demandé de ne jamais négliger la prière personnelle. Il a aussi demandé aux prêtres de faire passer la communion avec l’Église avant leur sensibilité personnelle, sans pour autant s’approprier la liturgie.
Monseigneur Le Brun, qui s’occupe notamment de la formation des prêtres à la conférence des évêques, reconnaît que ce message le touche personnellement. Il souligne que c’est un vrai défi pour l’Église de France : approfondir ce qu’est la prière liturgique, respecter la liturgie sans se l’approprier, et garder à la prière personnelle la place qui lui revient. Il avoue que c’est un combat de toute sa vie, étant de tempérament plutôt actif.
Les saints de France au Stade de France et leur impact sur les jeunes
Le pape était devant 80 000 jeunes au Stade de France, où un grand spectacle a mis en scène les saints de France, prolongement d’une lettre papale qui évoquait notamment Saint Jean-Eudes et Sainte Thérèse de Lisieux.
Selon Monseigneur Le Brun, ces figures parlent aux jeunes. Il note que deux figures ont reçu le plus d’applaudissements : Sainte Thérèse de Lisieux, appelée la plus d’affection, qui est une figure normande, et Jeanne d’Arc. Bien que Jeanne d’Arc soit lorraine, elle a été brûlée à Rouen. Monseigneur Le Brun observe concrètement, année après année, que les jeunes s’approprient davantage Jeanne d’Arc, sont plus nombreux et ont envie de mieux la connaître.
Place de la Concorde : l’« intelligence de la foi » plutôt que le nombre
Près de 600 000 personnes étaient attendues place de la Concorde. Monseigneur Le Brun avait demandé à ses diocésains de venir avec « l’intelligence de la foi et pas seulement pour faire du nombre ».
Il explique que le nombre en lui-même n’est pas l’essentiel. Le pape met en garde contre l’orgueil du nombre — la tentation de se rassembler pour se montrer plutôt que pour montrer le Christ, ce qu’il compare au péché de David comptant ses troupes dans la Bible. Le pape a rappelé aux jeunes la parole de Paul : « C’est dans ma faiblesse que je suis fort ».
Un vrai rassemblement doit être une communion, un avant-goût de l’unité du genre humain tout entier — c’est cela que Dieu veut rassembler. Le nombre est intéressant parce qu’il crée une atmosphère de fête familiale, mais il ne faut pas en faire un culte à soi-même.
Lourdes et la dignité face à la maladie et à la souffrance
Le pape se rendait à Lourdes pour être auprès des malades. À l’UNESCO, il a rappelé que notre dignité n’est pas détruite par la maladie ou la souffrance. Cela intervient un mois après la loi sur l’euthanasie en France.
Monseigneur Le Brun ne sait pas si le pape ira plus loin dans ses propos à Lourdes, mais il perçoit un appel à la responsabilité et un avertissement : une société qui ne reconnaît plus la dignité de la personne humaine, notamment quand elle souffre ou ne produit rien, va vers la mort. Certes, il existe une loi, mais cela ne fait pas un acte moral. C’est à nous, disciples de Jésus, de nous entraider et de témoigner d’amour pour les plus faibles. Lourdes est un lieu magnifique pour cela, où les malades sont toujours au premier rang.
Rencontres avec le pape à Lourdes et dernière étape à Metz
Tous les évêques rencontreront le pape le lendemain à 9 heures. Après les discours du cardinal Avelines et du pape, les évêques se salueront personnellement. Monseigneur Le Brun se réserve la possibilité de dire quelques mots au pape, mais ce ne sera pas un dialogue comme celui qu’il a eu en audience privée au printemps.
Metz sera la dernière étape du voyage le lundi, où le pape signera une déclaration co-écrite par tous les responsables des cultes en France.
Le Père Jacques Amel et le sens du dialogue interreligieux
Le diocèse de Rouen porte la mémoire du Père Jacques Amel, assassiné dans son église de Saint-Étienne du Rouvray en 2016. Pour Monseigneur Le Brun, le pape a une ligne de mire claire : le rassemblement de l’humanité par Dieu, qui est la foi première dans le Christ envoyé.
Aujourd’hui, il y a dans le monde des croyants et des non-croyants, des croyants de diverses religions. Il faut les inviter à marcher vers l’unité, vers une coexistence qui ne soit pas simplement côte à côte, mais un dialogue pour chercher ensemble la vérité. Pour les chrétiens, cette vérité est le Christ.
L’héritage du voyage : action de grâce et renouveau pastoral
Monseigneur Le Brun espère que ce voyage laissera dans son diocèse un sentiment d’action de grâce — non seulement pour l’événement lui-même, mais pour les années écoulées dans l’Église en France.
En quittant le Stade de France, il a senti que l’Église recueille des fruits du travail conduit pendant des dizaines d’années par des hommes et des femmes à travers des groupes, des mouvements, des associations, des diocèses et des paroisses. Il a l’impression que l’Église « se met en ordre de marche pour vraiment annoncer Jésus-Christ, annoncer la bonne nouvelle ».
Malgré les critiques, les blessures et les divisions du passé, Monseigneur Le Brun perçoit une profonde unité dans le désir de recevoir à nouveau la responsabilité devant Dieu, devant le Christ et devant une humanité encore dispersée et déchirée par la guerre. Son message pour son diocèse : rendre grâce pour ce qui a été reçu dans les années précédentes.
TranscriptionLire l’entretien
11 min de lecture · transcription automatique, non relue
Monseigneur Dominique Lebrun, bonjour.
Bonjour Tifen, bonjour aux auditeurs.
Merci d'être avec nous, vous êtes archevêque de Rouen et vous êtes à Paris pour entourer Léon 14 pendant ce voyage. Hier à l'Élysée, le pape a glissé qu'il n'oubliait pas ses origines normandes. Qu'est-ce que vous retenez-vous de cette 1re journée?
J'attends, je rejoins 3 mots si vous voulez, c'est le le merci, un grand merci à à tous ceux qui ont organisé ce voyage et puis bien sûr au pape Léon 14. Le 2e mot, c'est la joie. La joie avec cette petite joie des origines normandes et j'espère et j'espère bien pouvoir lui rappeler tout à demain à Lourdes directement en lui apportant quelques cadeaux et puis de sa Normandie, de ses aïeux et puis le 3e mot, c'est la responsabilité. Voilà, je pense que j'ai ce que j'ai entendu hier de la part du pape dit calmement, paisiblement, mais comme 1 1 1 grand appel à à la responsabilité de tous.
Des cadeaux, vous nous donnez l'eau à la bouche, ce sera quoi ces cadeaux? Vous avez le droit de le dire ou pas?
Oui, c'est très simple. Plusieurs personnes, des mères, des généalogistes, des citoyens tout simplement, ont fait des recherches. Alors il y la photo de d'une maison habitée par ses aïeux, il y a aussi les les sépultures, il y a des actes de mariage, il y a des actes de, des reproductions bien sûr, de de d'actes des anciens. Donc voilà, ça va faire un beau tableau et puis un livre sur Vite Fleur qui est un petit village où son, l'arrière arrière-grand-père qui s'appelait précisément Pierre, Pierre Prévost a vécu.
Il va repartir bien gâté. Hier à Notre-Dame devant des des milliers de de prêtres, de religieux et de séminaristes, le pape a mis en garde contre l'activisme et demandé de de ne jamais négliger la prière personnelle. Il a il a leur a aussi demandé de de faire passer la communion avec l'église, avoir leur, je cite, sensibilité personnelle. Vous, Monseigneur Lebrun, qui faites partie du pôle de l'église de la conférence des évêques, qui s'occupe notamment de la formation des prêtres, je précise. Comment est-ce que vous avez entendu, perçu ces mots de Léon 14?
Alors évidemment, ils m'ont, ils m'ont touché parce que j'ai ma propre sensibilité aussi liturgique. Mais comme évêque, je suis au service de tous. Et donc là, il y a un vrai défi, je pense dans l'Église de France, même si j'ai noté que sous les voûtes de Notre-Dame, voilà toutes les sensibilités étaient présentes. Et ne serait-ce que cette cette réponse en quelque sorte à l'appel, cette 1re réponse, mais nous avons devant nous un sans doute un chantier pour approfondir à nouveau ce qu'est la prière liturgique avec aussi l'appel du pape, ne l'oublions pas, à respecter cette liturgie, à ne pas se l'approprier. On on peut d'une certaine manière, parce qu'on est d'accord, parce que voilà dire voilà, je je m'approprie, même en célébrant la liturgie dans dans ses règles comme il faut, elle est, on doit se mettre au service de la liturgie de la prière commune, ne pas se l'approprier.
Et puis évidemment la prière personnelle, c'est c'est quelque chose qui me touche, qui nous touche tous. Voilà, dans tous les cas, je suis d'un tempérament plutôt actif, donc c'est un combat de de de toute de toute ma vie, j'ai envie de dire pour garder à la prière la place qui qui lui revient.
Il y a eu beaucoup de d'événements hier, mais si je me focalise un petit peu sur le stade de France, le pape était devant 80000 jeunes, un grand spectacle a mis en scène les saints de France. Les organisateurs y voient le le prolongement d'une lettre du pape qui évoquait notamment Saint Jean-Eude et Sainte Thérèse de Lisieux de Saint Normand. Selon vous, est-ce que ces figures, elles parlent encore aux jeunes d'aujourd'hui?
Oui probablement, après il faudrait leur demander à eux. Mais on a bien vu qu'il y avait une espèce d'applaudimètre hier au Stade de France et je pense que les 2 saintes, excusez-moi de le dire, ceux qui ont recueilli le plus d'adhésion des jeunes, c'est c'est presque 2 normandes. Enfin, je tire un peu la couverture à moi, il y a Sainte-Thérèse de l'enfant Jésus et de la Sainte-Face, Sainte-Thérèse de Lisieux, très nettement celle qui a été appelée le plus puis Jeanne d'Arc, voilà. Jeanne d'Arc qui est évidemment Lorraine comme tout le monde le sait, mais qui a été brûlée à Rouen et c'est une figure où où je vois concrètement, année après année, grâce à la célébration des fêtes Jeanne d'Arc, les jeunes se l'appropriaient davantage, être plus nombreux, mais aussi avoir envie de de mieux la connaître.
Cet après-midi, si on se projette un petit peu là à 15 heures, ce ne pas loin de 600000 personnes qui sont attendues place de la Concorde et vous vous aviez demandé à vos diocésains de venir, je vous cite, avec l'intelligence de la foi et pas seulement pour faire du nombre. Qu'est-ce que vous entendez par là?
Et bien je je pense que le nombre, ce n'est pas ce qui est important. Le nombre, voilà j'ai entendu quelques commentaires, il faut être plus nombreux ou moins nombreux que ceux qui iront voir Céline Dion. C'est c'est c'est c'est ce n'est pas l'objet. Le nombre fait partie de la qualité. Alors oui, le nombre est intéressant parce que de fait, c'est se rassembler.
Et et vous savez le pape nous met en garde contre contre Babel, contre une image de où on va se rassembler, mais pour se construire et non pas recevoir de Dieu ce que nous avons à recevoir. On veut se montrer au lieu de montrer le Christ. Donc il y une petite tentation, c'est le péché de David dans la bible. David qui s'est mis à compter ses troupes en quelque sorte pour montrer à Dieu et aux autres qu'il qu'il était fort. Et et le pape a rappelé hier aux jeunes cette phrase de de Paul, c'est c'est dans la ma faiblesse que je suis fort.
Voilà, c'est une petite mise en garde et il faut donc rentrer dans l'intelligence de ce qu'est un rassemblement comme une communion qui est un avant-goût, un petit avant-goût de l'unité du genre humain, de toute l'humanité. C'est ça que Dieu veut rassembler, c'est toute l'humanité. Alors c'est beau qu'on soit nombreux et puis on voit bien que ça ça nous donne une atmosphère de fête, ça nous voilà comme dans une fête de famille, il faut que personne ne manque. Mais voilà, ne ne faisons pas du du comptage absolu. Sinon c'est c'est c'est c'est de se faire un culte à nous-mêmes.
Oui, ce soir, le pape va partir pour Lourdes, il sera auprès des malades. Hier à l'UNESCO, il a rappelé que notre dignité n'est pas détruite par la maladie ou la souffrance. Justement un mois après la loi sur à mourir, vous pensez qu'il ira plus loin à Lourdes justement dans ses propos?
Ecoutez, je n'en sais rien. Ce que je sens, ce que je sens et ce que je pressens, ce que je vous disais un petit peu en ouverture, c'est un appel à la responsabilité et et par un avertissement aussi. Comme vous l'avez rappelé, voilà une société qui ne sait plus reconnaître la dignité de la personne humaine, y compris lorsqu'elle souffre ou quand elle ne produit rien dit-il, va va vers la mort. Donc il avertit, mais il nous renvoie à notre responsabilité et je pense à notre témoignage à nous de de chrétiens. Certes il y a une loi, mais ce n'en fait pas un acte moral.
Ce sera à nous, disciples de Jésus, au seuil de la mort aussi, moi je serais tenté probablement si je suis dans de grandes souffrances, je serais tenté, nous serons tentés. Comment nous allons nous entraider les uns et les autres pour répondre à cet appel, c'est notre responsabilité, à notre témoignage qui est un témoignage d'amour pour tous. Pour les plus faibles en 1er lieu évidemment à Lourdes, c'est c'est un lieu magnifique pour cela, les les malades sont toujours au 1er rang et on ne on n'en revient pas tout à fait indemne.
Monseigneur Dominique Lebrun, vous l'aviez rencontré le pape Léon 14 au printemps dernier, vous pensez pouvoir avoir un moment peut-être d'échange avec lui à Lourdes?
Écoutez, ce qui est prévu, c'est que nous nous tous les évêques, voilà, rencontrerons le pape demain à 9 heures et puis à la fin des, l'échange des discours, le cardinal Avelines en notre nom et puis le pape bien sûr on écoutera ce qu'il a à nous dire. Et bien nous nous saluerons chacun personnellement et et je me réserve effectivement la possibilité de lui dire quelques petits mots, mais ce ne sera pas un dialogue comme j'avais eu la chance de la de l'avoir avec lui en audience privée au printemps.
Et puis ce sera Metz, dernière étape du voyage lundi où il signera une déclaration co-écrite par tous les responsables des cultes en France. Monseigneur Lebrun, votre diocèse porte la mémoire du Père Jacques Amel qui a été assassiné dans son église de Saint-Étienne du Rouvray en 2016. Quel sens justement il a ce geste pour vous à messe?
Bien je pense que c'est c'est c'est le pape pape nous a vraiment une ligne qui qui en ligne de mire, le rassemblement de de de l'humanité par Dieu. C'est c'est ça notre foi primaire si j'ai envie de dire par Jésus, par le fils de Dieu envoyé. Aujourd'hui, il y a dans le monde, voilà des croyants et des non-croyants, des croyants de diverses religions. Il faut les inviter à marcher vers l'unité, vers une coexistence qui ne soit pas une coexistence les uns à côté des autres, mais 2 dialogues pour chercher ensemble la vérité. Et pour nous la vérité évidemment c'est le Christ.
Pour terminer monseigneur, qu'est-ce que vous espérez que ce voyage laisse dans votre diocèse?
Et bien, j'ai envie dire une action de grâce, pas seulement pour l'événement, mais pour les années écoulées dans dans dans l'église en France. En en quittant le Stade de France hier, je me disais, nous recueillons quelques fruits. Nous recueillons quelques fruits de ce travail que pendant des dizaines et des dizaines d'années, des des hommes et des femmes ont conduit à travers des groupes, des mouvements, des associations bien sûr diocèses, les paroisses et et on a l'impression qu'on est en ordre, on se met en ordre de marche pour vraiment annoncer Jésus-Christ, annoncer la bonne nouvelle. Et et pour moi j'ai j'ai j'ai aujourd'hui vraiment un sentiment de de profonde action de grâce pour la vie pastorale, modeste souvent qui a été critiqué parfois. On s'est fait mal les uns les autres, mais je sens qu'il y une profonde unité dans dans ce désir en recevant à nouveau notre responsabilité devant Dieu, devant le Christ et devant l'humanité encore dispersée, déchirée par la guerre et par des grandes tentations.
Et je crois que voilà, moi j'ai un grand sentiment et j'espère que dans mon diocèse, en tous les cas c'est le message que je ferai passer, rendons grâce pour ce que nous avons reçu dans les dans les années qui qui précèdent.
Un immense merci Monseigneur Lebrun, je vais vous libérer, merci d'avoir
Je vous en prie Égyptienne
De nous avoir apporté quelques minutes de votre temps.
Bonne bon travail et bonne mission.
Merci, un grand merci Monseigneur et très bonne journée. Au revoir.
Au revoir aux auditeurs, réunion de prière à tous.
C'est un spécial Voyage qui coupe en France en direct de Paris jusqu'à 9
heures.