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Les enfants du vinyle – Radio Fidélité · 23 septembre 2026
Les Villes Anglaises en chansons
Présentation de l’émission
Les Enfants du Vinyle, opus 42, accueille Edmond Guibert pour un voyage musical en Angleterre. L’émission explore les liens complexes entre la France et le Royaume-Uni — de la « Perfide Albion » de Bosfait aux rivalités historiques — et montre comment ces relations ont inspiré les auteurs de chansons français. Le thème du jour : les villes anglaises en chanson.
L’attrait des chanteurs pour les villes anglaises
L’intérêt des artistes français pour les cités d’outre-Manche s’explique surtout par l’émergence des courants musicaux britanniques depuis les années 1960. Les Beatles, les Rolling Stones, les Who et d’autres groupes mythiques de Grande-Bretagne ont inspiré de nombreux artistes français, qui soit ont fait des pèlerinages en Grande-Bretagne, soit ont puisé dans le répertoire britannique.
Marcel Muluji — « Manchester »
Marcel Muluji (dit Muluji) était d’origine kabyle par son père et bretonne par sa mère. Issu d’une famille modeste et défavorisée, il s’intéresse très tôt à l’art et au théâtre. Il devient acteur en 1946 dans Nous sommes tous des assassins de Cayat avant de devenir chanteur.
Sa carrière de chanteur débute en 1955, en grande partie grâce à sa rencontre avec Jean-Louis Barreau. Son succès repose sur son talent et son interprétation de grands auteurs comme Boris Vian et Prévert, ainsi que sur son engagement politique fort : il reprend notamment Le Déserteur de Vian. Il produit son premier album en 1955 avec une majorité de textes de Prévert et Vian. Il publiera environ 30 albums au total et créera sa propre maison de production, Disque Muluji.
« Manchester » est tirée de l’album Comme le dit ma concierge (1971). Les paroles et la musique sont de Muluji et Gabriel Wagenem, grand chef d’orchestre et arrangeur qui a également travaillé avec Jacques Brel et Serge Gainsbourg. La chanson dépeint Manchester comme « la plus vilaine ville de la terre », tout en célébrant les petites Anglaises. Bien qu’elle ne soit pas la plus célèbre chanson de Muluji, la mélodie en est très belle et montre la grande diversité musicale de l’artiste, qui pouvait interpréter du jazz et de la chanson populaire.
Ne pas confondre
Il existe une autre chanson de Muluji intitulée Annabelle de Manchester, qui est différente de Manchester.
Patsy — « Liverpool »
Patsy (prénom et nom d’artiste) est née d’une mère bretonne et d’un père malgache guitariste. Sa mère était aussi chanteuse. Demi-sœur métissée comme Muluji, elle a une belle combinaison artistique en héritage.
Elle commence à chanter très tôt, à 15 ans avec sa mère. Elle n’a pas été uniquement chanteuse : elle a également été nommée ambassadrice de Madagascar auprès de l’UNESCO et de l’UNICEF. Elle évolue dans la chanson française surtout dans les années 1980. Sa discographie est assez mince : environ 3 à 4 albums et une dizaine de 45 tours, désormais introuvables.
« Liverpool » est son grand succès. Enregistrée en Belgique, cette chanson a été co-composée par Claude Vie et Pascal de Teuf, deux compositeurs belges. La chanson sort en 1988 et entre dans le Top 50. Elle est très nostalgique, évoquant la pluie de Liverpool et les Beatles, notamment John Lennon. C’est une belle chanson imprégnée de nostalgie, très bien interprétée et enrobée par la voix suave de Patsy.
Sylvie Vartan — « Il pleut sur Londres »
Sylvie Vartan est née en Bulgarie en 1944, dans un pays peu démocratique qu’elle a quitté avec toute sa famille en train en 1952 pour s’installer à Paris.
Elle débute sa carrière de chanteuse en 1961, encore lycéenne, grâce au producteur Daniel Philippachi. Son premier 45 tours s’intitule Quand le film est triste. Son grand succès vient du disque La Panne d’essence, un duo avec un artiste yé-yé de l’époque. Bien que ce disque soit assez mauvais, il la propulse comme petite vedette yé-yé et porte-parole d’une jeunesse de l’époque.
Dès 1964, elle se produit à l’Olympia. Ironie de l’histoire : aux années 1960, les Beatles font la première partie de Sylvie Vartan. Elle devient ensuite chanteuse internationale, se produisant en Amérique du Nord et du Sud, au Japon et en Europe. Elle publie environ 40 albums et interprète plus de 1500 chansons en dix langues différentes. Son succès principal vient cependant de la France, avec environ 19 à 20 millions de disques vendus, ce qui constitue un très beau score. Elle fait ses adieux à la scène et à la chanson en 2025.
Son frère, Eddy Vartan, compte aussi dans le show business de cette époque en tant qu’arrangeur, producteur et compositeur.
« Il pleut sur Londres » est tirée de l’album Confidences (1989). Les paroles sont composées par Didier Barbolivien, véritable faiseur de tubes. La musique est cosignée par Raymond Dones et Georges Lunguini, qui est un parent de la chanteuse Elsa. Bien qu’elle n’ait pas été un succès commercial, c’est une très belle chanson d’album, intime et bien construite, particulièrement nostalgique. On l’imagine en noir et blanc — une jolie balade mélancolique qui montre Sylvie Vartan dans un rôle intimiste.