← Accueil Podcasts Un Livre Une Histoire

Un Livre Une Histoire · 7 septembre 2026

Jean Pruvost, Dieu à travers les mots et leur histoire, Desclée de Brouwer, 2025.

14 min · en réécoute libre

Un ouvrage d’érudition sur les mots et Dieu

Dieu à travers les mots et leur histoire de Jean Pruvaux (éditions d’Esclé de Brouvet, 2025) est un livre qui examine plus de mille mots ayant rapport avec Dieu, la religion et les religions. L’auteur est un professeur d’université émérite, historien de la langue française, qui a donné plus de 5000 chroniques radiophoniques et télévisées et a reçu un prix de l’Académie française. Il puise dans sa collection personnelle de plus de 10 000 dictionnaires pour restituer l’évolution des mots et de la langue avec humour et érudition.

Structure de l’ouvrage

Le livre s’articule en plusieurs chapitres :

  • La notion de Dieu et les mots de Dieu
  • Dieu au cœur de la langue française
  • Dieu très entouré : ses témoins (personnes, édifices religieux)
  • Dieu entouré par ses ennemis (le diable, Lucifer, Belzébuth)
  • Dieu au prisme de l’étymologie et du mot religion

L’importance du mot Dieu lui-même

L’auteur débute en citant Jean-Luc Marion : « Dieu, tout le monde le connaît du mot au moins de nom, y compris ceux qui croient l’ignorer. » Le mot Dieu apparaît constamment dans les conversations de tous types. Pruvaux avoue rechercher les erreurs typographiques dans ses ouvrages et note que débusquer les « coquilles » les plus dissimulées constitue presque un sport de compétition.

Exemples tirés des dictionnaires

Les locutions latines du Petit Larousse

Pruvaux étudie le Petit Larousse illustré de Pierre Larousse (qui a créé sa maison d’édition en 1852). Ce dictionnaire de 714 pages comporte à la fin des locutions latines, ancêtres des célèbres « petites pages roses » du Larousse. Dans les locutions latines, on trouve « bonnet Deus » (bon Dieu), expression familière autrefois utilisée pour exprimer l’étonnement ou la surprise. Cette expression a depuis disparu du Petit Larousse illustré.

Vade retro Satanas

L’expression « vade retro Satanas » (soit en arrière Satan) est longuement commentée par l’auteur, professeur de littérature. Il cite Verlaine qui, en 1893, publie Mes prisons, récit autobiographique de son séjour en prison au cours duquel il se convertit au catholicisme. Le jour de l’Assomption en 1874, Verlaine prie pour le salut de son âme et se dit « vade retro ». L’expression apparaît aussi chez Barrès en 1913 dans La Colline inspirée.

L’évolution de « adage »

Au 19e siècle, Pierre Larousse définit l’adage comme « proverbe plus ou moins juste suivant lequel on établit la vérité d’un fait, la justice d’une chose sur l’accord unanime des opinions et surtout des opinions du vulgaire ». En 2025, le Petit Larousse offre une définition améliorée : « adage suivant lequel on établit la vérité d’un fait, la valeur d’une chose sur l’opinion du plus grand nombre ». La notion de mépris envers le vulgaire a disparu. De plus, l’édition 2025 a ajouté « Inch Allah ».

Confiteor et autres mots religieux

L’auteur cite le mot « confiteor » chez Baudelaire en 1867 dans Le Confiteor de l’artiste, ainsi que chez Julien Green et dans Le Comte de Monte Cristo.

Dieu dans les noms de lieux

L’auteur examine Dieu à travers les toponymes. Il mentionne la Chaise-Dieu en Loire, Dieu-le-Fit en Drôme, Dieu-l’Ivol en Gironde. La Chaise-Dieu provient du latin Casa Deo (maison de Dieu) datant de 1052. Le mot « casa » s’est transformé en « chaise » à partir de la graphie « Chaza » au 12e siècle.

Prénoms contenant Dieu

Amadeus, le prénom de Mozart, vient de l’amour de Dieu ; sa traduction française est Amédée. En hébreu, des prénoms comme Natanaël, Emmanuel et Abdiel contiennent le suffixe « ell » ou « iel » renvoyant à Dieu. En grec, à partir de la racine theos (Dieu), on trouve Théodor, Théophile, Théophane, Théotyme, Timothée, Théobald et Théodore. Chacun porte un sens : Théodore signifie « cadeau de Dieu », Théophile « ami de Dieu », Théophane « celui qui est la lumière divine et l’apparition de Dieu ».

Les sans-Dieu

L’auteur développe une réflexion sur les sans-Dieu en s’appuyant sur Michelet et Sartre. Il cite un ouvrage de 1939 qui reprend l’idée mythologique de l’homme sans Dieu, « créature sans sexe par nature androgyne ». Le texte affirme : « L’homme d’abord créature sans sexe, voulu procréer sans Dieu et s’imagina dans la nature animale. Dieu alors créa Ève pour empêcher que l’homme ne chût au rang des bêtes. »

Hugo, dénonce ceux qui vivent sans Dieu. Au 18e siècle, il écrit : « Impies et châtiés dit Hugo, société sans Dieu qui par Dieu fut frappée. »

Les clercs et les laïcs

Pruvaux explique longuement l’étymologie et les différences entre clercs et laïcs, ainsi qu’entre « laïcs » avec différentes terminaisons qui n’ont pas exactement la même définition. Il expose aussi pourquoi les chrétiens s’appellent entre eux « frères » et « sœurs ».

Les ennemis de Dieu

L’auteur consacre un long développement au diable, Satan, Lucifer, aux démons, ainsi qu’à des figures comme le dragon, le Léviathan, Bélial, Belzébuth et la bête de l’Apocalypse. Il cite Hugo en 1869 dans L’Homme qui rit :

On calomnie le démon. Ce n’est pas lui qui a tenté Ève, c’est Ève qui l’a tenté. Lucifer, passer tranquille, il a aperçu la femme, il est devenu Satan.

Pruvaux évoque aussi Méphistophélès dans Faust de Goethe et même quelques considérations sur Dracula.

L’étymologie de Dieu

La racine indo-européenne de Dieu est dei, signifiant « briller ». Elle désigne un ciel lumineux. Dieu, le divin, la divinité renvoient ainsi à la lumière brillante, céleste. La Bible parle du père céleste et évoque souvent la lumière divine.

L’étymologie du mot religion

L’auteur débat deux étymologies possibles du mot religion. Selon les linguistes francophones, le latin religio désigne le respect scrupuleux des rites et des obligations envers les dieux de la cité, sans correspondre nécessairement à un ensemble de croyances personnelles. À l’époque antique, c’étaient les pratiques qui importaient, non la doctrine. Ainsi, religio vient de religere (ramasser, cueillir, lire, relire, recueillir) : respecter scrupuleusement les rites, les cérémonies, les actes de culte extérieur.

Une autre étymologie, religare (relier), a beaucoup de succès chez les anglo-saxons. Elle suggère que la religion est ce qui relie l’homme à Dieu de manière verticale, et qui relie aussi les croyants entre eux de manière horizontale. L’auteur cite Cicéron, Lactance et Saint Augustin pour élucider cette différence.

Toute la série « Un Livre Une Histoire »

Journée
DIRECT
Radio Fidélité Écoutez en direct votre radio chrétienne