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Evangile Et Commentaire – Radio Fidélité · 15 septembre 2026
Evangile & commentaire du Mercredi 16 Septembre 2026
Le commentaire de l’Évangile
Commenté par le père Patrice Eon.
Souvenez-vous, chers amis auditeurs, lorsque vous étiez enfants et que vous interpelliez vos camarades de jeu : « Et si on jouait à la marchande ? Et si on jouait à la maîtresse ? Toi tu serais la professeure et nous on serait les élèves. » Et voilà comment débutait une merveilleuse après-midi de jeu de rôle enfantin.
Les gamins dont nous parle Jésus font exactement la même chose. « Et si on jouait au mariage ? » disent-ils. « Vous seriez les mariés, nous serions le cortège de noces, et on danserait sur des airs de flûte, ce serait joyeux. Ah, vous ne voulez pas. Alors si on jouait aux funérailles ? On ferait une procession en chantant des cantiques de deuil, on pousserait des cris de lamentations, ce serait triste. Allons bon, vous ne voulez pas non plus. Alors dites-le carrément, ne cherchez pas de faux prétextes. »
En fait, vous voulez rester entre vous sur la touche, vous ne voulez pas entrer dans le jeu avec nous. C’est ce que reproche Jésus à ses contemporains. Tout est prétexte pour ne pas entrer réellement dans la voie du salut. Tout est prétexte pour ne pas se convertir.
Dans la vie spirituelle, il y a au moins deux grands courants qui sont d’ailleurs tous les deux légitimes et nécessaires.
Le premier courant, c’est celui qu’on pourrait appeler le courant du retrait du monde. Il correspond à cette parole de Jésus à propos de ses disciples : « Ils ne sont pas du monde. » Ou encore à la parole de Saint Paul aux chrétiens de Rome : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent. » Ce courant spirituel voit clairement ce qui dans le monde est en proie aux forces du malin et du péché et qui est contraire à l’esprit évangélique. C’est pourquoi il porte sur le monde un regard plutôt négatif. Il s’en démarque. Comme Jean-Baptiste se démarquait du monde et disait de sa génération qu’elle était une génération mauvaise et pervertie qui devait se convertir.
Or on peut très bien refuser la conversion en disant ceci : « Non, ce courant spirituel est trop rigoriste, doloriste, janséniste. C’est un christianisme dépassé, antéconciliaire. Ne revenons pas à des pratiques ascétiques d’autrefois, ne revenons pas à une église ghetto ou forteresse qui surplomberait le monde de toute sa superbe pour le condamner. »
Tous ces arguments sont justes, frères et sœurs, sauf qu’ils peuvent nous servir de prétexte pour ne pas nous convertir, c’est-à-dire pour ne pas entendre cet appel que nous lance le Seigneur, les prophètes, les apôtres et la cohorte des saints depuis les débuts de l’Église : « Ne te laisse pas gagner par l’esprit du monde. Ne laisse pas ta conscience s’anesthésier par l’esprit du monde. »
Le deuxième courant spirituel, c’est celui qu’on pourrait appeler le courant de l’immersion dans le monde. Il correspond à cette parole de Jésus : « Père, je ne te demande pas de retirer mes disciples du monde. » Ou encore cette autre parole de Jésus : « Je ne suis pas venu pour condamner le monde, mais pour le sauver. »
Il s’agit de s’immerger au cœur du monde, au cœur des masses, comme disait le père Voilaume, pour partager la vie des hommes parce que Dieu a créé ce monde et même si ce monde est blessé par le péché, Dieu l’aime d’un amour de père, d’un amour miséricordieux. Le Christ lui aussi aime ce monde. Il n’est pas resté au désert, il s’est plongé au milieu des foules, il est descendu dans la maison des pécheurs pour manger avec eux, il a touché les lépreux et accueilli les prostituées.
Ce courant spirituel, vous le voyez, porte un regard positif sur le monde. C’est un monde à aimer. Mais là encore, on peut très bien refuser la conversion en disant ceci : « Les tenants de ce courant sont quand même un peu naïfs. On a vu ce qu’il a donné : un christianisme tellement immergé dans le monde qu’il en a perdu son tranchant. À force de prôner la miséricorde, on en est venu à accepter toutes les situations morales déviantes et toutes les affirmations doctrinales erronées. Cet amour du monde mène au laxisme et au relativisme. À force d’enfouissement dans le monde, les chrétiens ont disparu. »
On peut entendre ces arguments, mais on peut aussi s’en servir comme prétexte pour ne pas se convertir, c’est-à-dire pour ne pas entrer dans cette véritable compassion du Christ pour le monde. Car la conversion en ce domaine est crucifiante. Elle nous appelle à ne pas condamner le monde, c’est-à-dire nos contemporains, mais à payer de notre vie pour les sauver.
Ces deux courants spirituels, frères et sœurs, sont complémentaires. Ne les opposons jamais et surtout entendons-les comme des appels à la conversion. Ne refusons pas leur interpellation comme des gamins boudeurs.
Transcription automatique de notre podcast quotidien, relue et mise en forme — le texte de l’Évangile (AELF) n’est pas reproduit.