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Evangile Et Commentaire – Radio Fidélité · 12 septembre 2026
Evangile & commentaire du Dimanche 13 Septembre 2026
Le commentaire de l’Évangile
Commenté par le père Patrice Eon.
Non pas 7 fois mais 70 fois 7 fois, autrement dit toujours. Et cela, frères et sœurs, ça dépasse nos forces. C’est comme si Jésus disait à Pierre : « Mon pauvre Pierre, si tu t’imagines que tu peux pardonner par tes propres forces, tu te fais illusion. »
Voyez, pour que nous arrivions à pardonner, il faut que le Seigneur lui-même vienne libérer en nous la source du pardon. Et cela ne se fait pas en une minute, cela demande du temps et des étapes.
Personnellement, je vois au moins 4 étapes dans cette guérison de notre cœur.
**Première étape** : accepter toute l’agressivité qu’il y a au fond de nous. Le Seigneur me dit de pardonner, bien sûr, mais il ne me dit pas de faire comme si je n’avais pas été blessé. Il ne me dit pas de faire l’ange alors qu’il y a une bête tapie au fond de mon cœur, prête à bondir sur celui qui m’a fait du tort. Le Seigneur me dit : reconnais d’abord ton agressivité, reconnais d’abord que tu aimerais que l’autre disparaisse hors de ta vue et de ta vie. Reconnais-le. C’est le premier pas vers le pardon. Finalement, c’est reconnaître le péché qui m’habite moi aussi et donc faire un pas vers mon ennemi. Nous sommes deux pécheurs, lui et moi : lui parce qu’il m’a blessé, moi parce que j’ai envie de lui rendre ce qu’il m’a fait.
Je crois que c’est ce que reproche le maître de la parabole au premier serviteur. Il lui reproche de n’avoir pas découvert qu’il était aussi pécheur que le second serviteur, et même mille fois plus pécheur. Le premier serviteur devait 300 tonnes d’argent, le second 300 grammes.
**Deuxième étape** vers le pardon : c’est de laisser Dieu pardonner à notre place. Je pense à ces personnes qui ont été abusées sexuellement pendant leur enfance, et pour qui c’est impossible de donner un pardon à leur agresseur. Je pense à cette épouse qui n’arrive pas à donner un pardon à son conjoint qui l’a abandonné. Il faut bien sûr que ces personnes demandent justice et réparation s’il y a besoin, mais le pardon dépasse la justice. Ce sera déjà un grand pas pour eux que d’accepter que Dieu pardonne à leur place.
**Troisième étape** : demandez au Seigneur de verser en mon cœur sa propre miséricorde. Seigneur, je n’ai pas de miséricorde au fond de moi, mon cœur est sec vis-à-vis de mon adversaire. Viens aimer en moi, partage-moi ton amour pour que non seulement toi tu pardonnes à ma place, mais que moi aussi je sois enfin capable de pardonner comme toi et avec toi.
Et enfin **quatrième étape** : décider de pardonner. Pour pardonner, il faut à un moment ou un autre le décider. Le temps de la lente maturation est nécessaire au pardon, mais il peut aussi pourrir une situation si je ne prends pas un jour la décision de pardonner.
Ces 4 étapes, frères et sœurs, on les retrouve dans le très beau témoignage du prix Nobel de la paix Miguel Ángel Estrella, un pianiste torturé sous la dictature en Argentine. Voici ce qu’il raconte.
Pendant les séances de torture, je priais parfois avec des hurlements. Mais quand je disais le Notre Père, je sautais la phrase « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Je ne pouvais pas, c’était au-dessus de mes forces. Voyez, première étape : je ne peux pas.
Le septième jour, ils m’ont mis les mains sur une table et ils ont déclenché la scie en m’annonçant qu’ils allaient me les couper. Mes mains ! Alors j’ai crié : « J’ai à peine 40 ans, j’aime la vie, vous vous trompez, Dieu vous pardonne. » Deuxième étape.
Parmi eux, il y avait une femme, c’était elle la plus sadique. Un jour, elle est venue me donner à manger dans ma cellule. J’ai pu alors établir un dialogue avec elle, lui demander comment elle en était arrivée là. Elle m’a répondu qu’elle habitait dans un bidonville, qu’elle avait été séduite par quelqu’un qui l’avait entraînée vers la drogue et la violence, qu’elle était dégoûtée de la vie. Je lui ai dit alors : « Fuis. » Non, m’a-t-elle répondu, si je le fais ils me retrouveront et me tueront. Si ce n’est pas eux, ce sera toi. Un jour, moi lui ai-je dit, je te pardonne.
Voyez tout le chemin de guérison qui s’est effectué dans son cœur. Bien que le Seigneur fraie aussi ce chemin dans notre cœur. Amen.
Transcription automatique de notre podcast quotidien, relue et mise en forme — le texte de l’Évangile (AELF) n’est pas reproduit.