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Le Billet d'Humeur – Radio Fidélité · 13 septembre 2026
A quoi on sert ?
À quoi sert mon engagement ?
Un militant écologiste interrogé la semaine précédente a posé cette question qui trouble beaucoup de gens : « À quoi on sert ? » Après un été marqué par la canicule, la sécheresse, les restrictions d’eau et les incendies, nombreux sont ceux qui ressentent un grand coup de blues. Ils ont manifesté, alerté, expliqué, trié, planté, milité souvent depuis des décennies, et le résultat ne saute pas aux yeux.
Une question qui dépasse chacun d’entre nous
Cette phrase — à quoi on sert — a probablement été prononcée un jour ou l’autre par presque chacun d’entre nous, au-delà même des seuls écologistes :
- L’infirmière qui enchaîne les gardes et voit le service se dégrader
- Le professeur qui s’use pour une classe de 30 élèves et lit le dernier classement PISA
- Le bénévole du Secours catholique qui distribue les colis depuis des décennies et voit la file s’allonger d’année en année
- Le sapeur-pompier qui a tenu le feu à distance mais n’arrive plus à faire face
- Le maire d’une petite commune qui se bat pour garder son bureau de poste ouvert le samedi
- Le parent qui a tout donné pendant 20 ans et dont l’enfant n’en fait rien pour l’instant
- Le prêtre qui célèbre devant une assemblée un peu plus clairsemée chaque année
Une question qui s’attaque à la raison de continuer
C’est peut-être la question la plus décourageante qui soit. Elle ne s’attaque pas à ce qu’on fait — on pourrait le corriger, le faire autrement, le faire mieux. Elle s’attaque à la raison même de continuer.
Deux observations importantes
La première : ce sont toujours ceux qui font qui se posent cette question. Ceux qui ne font rien ne se la posent jamais. Le découragement est une maladie de ceux qui s’engagent. C’est déjà un indice.
La deuxième : on a pris l’habitude de tout évaluer — des chiffres, des courbes, des bilans, des indicateurs de performance. On veut savoir si ça marche et on veut le savoir tout de suite. Or l’essentiel de ce qui compte dans une vie ne se mesure pas au moment où on le fait. Le professeur ne saura jamais lequel de ses élèves il a sauvé. Le bénévole ne saura jamais ce que devient la famille qui repart avec son colis.
L’exemple de la Croix glorieuse
Le 14 septembre, l’église célèbre la Croix glorieuse — c’est-à-dire très exactement le moment où tout semblait perdu, inutile, raté. Si on avait fait le bilan ce vendredi-là en fin de journée, il aurait été catastrophique : trois ans de prédication, une poignée de disciples en fuite, le jour du bilan qui fait dire « à quoi bon ». Et pourtant, on connaît la suite.
Un appel à continuer
À tous ceux qui se demandent à quoi ils servent en ce lundi matin — et vous êtes de plus en plus nombreux : peut-être que ça ne se mesure pas maintenant. Peut-être que ça ne se mesurera d’ailleurs jamais. Peut-être que ce n’est tout simplement pas à vous de le mesurer. Alors continuez quand même.