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Voyage du Pape en France · 25 septembre 2026

Foules immenses, églises vides : le paradoxe français

11 min · en réécoute libre
Foules immenses, églises vides : le paradoxe français

600 000 personnes attendues à la Concorde, et pourtant des églises qui se vident. Yann Raison du Cleuziou, sociologue et politiste à l’Université de Bordeaux, auteur de « Vers une Église sans peuple » (Cerf), explique ce paradoxe. Il décrit le visage de l’Église que le pape va rencontrer, le fossé entre des aînés discrets et des jeunes qui affichent leur foi, et se demande si Léon XIV peut parler à toutes les sensibilités.

Crédit photo : Librairie Mollat

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10 min de lecture · transcription automatique, non relue

Nous recevons un spécialiste du catholicisme français, bonjour Yann Raison Duclosioux, vous êtes sociologue et politiste, chercheur à l'université de Bordeaux à l'institut de recherche Montesquieu, vous êtes aussi l'auteur de vers une église sans peuple paru au Cerf l'an dernier, merci d'être avec nous ce matin. Alors l'engouement pour cette visite est très fort, pourtant aujourd'hui les églises continuent de se vider, 1re question très simple, comment vous expliquez ce paradoxe?

Bien écoutez oui, effectivement on on on est dans un catholicisme dont les les tendances générales restent quand même le déclin, c'est un catholicisme qui fut majoritaire dans la société française et même hégémonique. Pour rappel, au début des années 60, on avait encore 90 pour 100 des enfants environ qui étaient baptisés dans les dans les mois qui suivaient leur naissance. Aujourd'hui ce chiffre du baptême des jeunes enfants, des nourrissons est passé en deçà de 10 pour 100. Donc c'est vraiment 1 1 1 effondrement de de ce que fut le catholicisme dans la société française, mais en même temps le catholicisme ne disparaît pas. En devenant minoritaire, je dirais qu'il change de structure, il se recompose sur ceux qui sont plus convaincus parce que forcément quand on garde la foi dans une société où l'absence de religion devient la la tendance dominante, et bien il faut savoir pourquoi on garde la foi.

Donc on a 1 1 1 catholicisme qui se recompose sur un noyau plus convaincu, plus zélé et qui peut plus se mobiliser à l'occasion de grands événements. Surtout que ces événements comme des grands rassemblements, on en a tous les ans qui mobilisent beaucoup la jeunesse, je pense aux frates et puis dans une tendance très différente le pèlerinage de Chartres. Je pense aussi aux grands rassemblements à Lourdes, les JMJ qu'affectionnent toujours quand même les jeunes catholiques. Au au au dernier JMJ de Lisbonne, il y avait des dizaines de milliers de de de jeunes français qui ont participé. Donc ces grands rassemblements, je dirais qu'ils deviennent d'autant plus précieux que les catholiques sont minoritaires et que leur identité est parfois chahutée.

Donc ils ils ils ont ils vont chercher des moments de ressourcement, des moments où ils peuvent de nouveau faire l'expérience d'une unanimité autour de ce qu'ils croient parce que cela voilà, ce sont pour eux des temps forts, ça leur permet de je dirais de de de renouveler, d'actualiser leur engagement et surtout de de retrouver de l'enthousiasme.

Mais pour ce voyage de Léon 14, ce ne seront peut-être pas que des catholiques qui vont se rassembler. On dit que cette visite elle est extrêmement attendue, je pense aussi aux 600000 personnes qui seront présentes à à la concorde, parmi elles, il n'y aura peut-être pas que des catholiques.

Oui tout à fait, mais je dirais c'est, moi je suis très curieux de de voir ce qui va se passer pendant ce pendant ce voyage. Effectivement il faut rappeler que certes le catholicisme devient minoritaire dans la société française, mais son ancien statut de religion majoritaire conserve une très large empreinte. Dans la société française aujourd'hui, enfin dans la population des 18 ans et plus, on a encore environ 77 pour 100 de français qui sont baptisés. On en a encore environ 40 à 45 pour 100 qui se disent catholiques même quand ils n'ont pas la foi. En revanche on en a plus que 4 pour 104.5 pour 100 qui assistent à la messe au moins une fois par mois.

Si je je prends ces 3 chiffres, c'est pour rappeler tous ces cercles concentriques, cette empreinte de de d'un catholicisme qui fut majoritaire. Et donc il y a encore beaucoup de français qui conservent la mémoire de ce que fut le catholicisme, une mémoire parfois lointaine mais ils peuvent avoir de la curiosité, de la curiosité pour ce que devient le On on on verra bien qui va venir. Effectivement c'est c'est un des enjeux, cet événement va-t-il concerner uniquement les catholiques? Va-t-il mobiliser, enfin les catholiques pratiquants, va-t-il mobiliser au-delà, je dirais dans chez les pratiquants occasionnels, irréguliers et encore au-delà dans le catholicisme culturel? Moi c'est une question que je me pose, je vais essayer d'observer ces dynamiques mais je n'ai pas de réponse là-dessus à priori.

Mais vous disiez que les français ne savent pas encore si c'est vraiment leur pape contrairement à Benoît 16 ou à François. Quel visage l'église de France va-t-elle lui montrer ces jours-ci selon vous Yann Raison du Cluzio?

Écoutez, ce que j'observe, c'est qu'effectivement il y une grande curiosité pour ce pape. Une grande curiosité pour ce pape parmi les parmi les catholiques, je je ne sais pas mais je dirais qu'il y a quelque chose qui nourrit la curiosité, c'est que il il reste relativement peu connu. Et par ailleurs ses interventions jusqu'à présent sont quand même un peu plus rares que celles par exemple du pape François. Par conséquent il il est parvenu à à à gagner le respect je dirais par la rareté de ses interventions mais aussi par la force de de ses interventions sur des sujets qui déplacent un peu les catholiques, qui ne recoupent pas les clivages existants comme le sujet de de l'intelligence artificielle. Et par conséquent, bon ben Benoît 16 quand il a été élu immédiatement, il a été identifié par les les courants que j'appelle les les courants catholiques observant qui le connaissaient déjà, qui connaissaient déjà bien le cardinal Ratzinger et qui ont tout de suite reconnu en lui un pape qui leur ressemblait, assez classique.

Avec le pape François, une fois que l'eau date aussi a été publiée, bien il y a il y des tas de cercles qui désespéraient un petit peu l'église, qui ne s'y intéressaient plus trop, qui ont ont ont retrouvé de l'intérêt pour l'église et surtout qui ont retrouvé de l'intérêt pour la papauté. Aujourd'hui je vois bien qu'il y une curiosité, tout le monde se demande si c'est un pape qui va un peu répondre à ses aspirations et tout reste ouvert pour l'instant. Ce qui fait que tout, beaucoup de catholiques ont envie d'aller voir le pape et aussi beaucoup de courants du catholicisme ont envie de se faire voir du pape parce qu'il y a aussi l'idée que le pape Léon n'a pas encore probablement d'image de l'église de France. Il n'en connaît pas encore la réalité, c'est sans doute aussi lui ce qui l'attire, envie de de de comprendre ce qui se passe. Donc tout reste à construire avec lui et je crois que ça c'est un enjeu qui qui attire beaucoup, qui qui intéresse beaucoup les catholiques.

Yann Raison-Duclosioux, je rappelle que vous êtes sociologue et politiste, vous étudiez particulièrement le catholicisme à la française et ses évolutions et vous insistez beaucoup sur le fossé entre générations. D'un côté les plus de 60 ans qui ont choisi une certaine discrétion, de l'autre des jeunes qui affichent leur foi, qui se lancent dans de grands pèlerinages et de jeunes prêtres qui reprennent le clergimane, parfois la soutane. Léon 14, est-ce qu'il est un pape qui parle à toutes ses sensibilités?

Oui effectivement, il y il y un conflit de génération qui me paraît très important dans le catholicisme parce que en fait c'est aussi l'empreinte du changement rapide qui affecte le catholicisme. On a, je dirais pour aller vite, des des générations de seniors qui ont une expérience doublement majoritaire, qui sont majoritaires en tant que catholiques dans leur tranche d'âge, qui ont vécu dans un monde encore majoritairement catholique et par ailleurs qui sont majoritaires en tant que seigneur. Seniors dans l'église dont dont la pyramide des âges si on regarde les plus pratiquants est est inversée. Et puis on a des des jeunes générations qui ont une expérience doublement minoritaire. C'est-à-dire qu'ils sont minoritaires en tant que catholiques dans leur génération, parmi les 18, 29 ans, 15 pour 100 de catholiques déclarés environ.

Si je prends les chiffres de l'enquête EVS de 2018 et puis en tant que jeunes, ils sont minoritaires dans l'église dont dont les structures restent dominées par les seniors. Et et et donc ces 2 générations vivent dans des contextes radicalement différents et n'ont pas les mêmes aspirations. Les les catholiques les plus âgés ont eu le désir de faire échapper le catholicisme à la pesanteur de son hégémonie afin que voilà le catholicisme puisse de nouveau correspondre aux aux aux aspirations, à la liberté, à l'épanouissement, à l'accomplissement de soi qui ont caractérisé la culture des années 60, 70. Ils ont voulu passer d'un catholicisme d'imposition culturelle, un catholicisme d'émancipation individuelle. Les les jeunes et et donc ça ça s'est traduit par une certaine pastorale de la discrétion parce qu'il ne fallait pas, il fallait sortir d'un catholicisme déjà très pesant parce que très hégémonique.

Les jeunes générations ont une expérience minoritaire et donc elles, elles ne souhaitent pas contribuer à l'effacement d'un catholicisme qui est déjà très fragilisé. D'où leur envie d'assumer publiquement leur foi, de rechercher des des formes plus ascétiques de vécu. Et puis il faut dire aussi que ces jeunes générations, elles elles pensent leur rapport à la foi avec un vis-à-vis. L'islam qui est assez important, 13 pour 100 de de musulmans dans parmi les 18 29 ans, un islam qui a beaucoup de visibilité et et et et par rapport auquel effectivement les catholiques ont aussi envie d'exister, ont envie de montrer que que le catholicisme est là. Donc 2 univers radicalement différents, je dirais que pour l'instant tout le monde s'intéresse au Pape Léon parce que à la fois il a des des des positions sur les questions internationales qui répondent assez à ce que fut le projet d'un d'un d'un catholicisme de progrès, d'un catholicisme réformateur qui lutte pour plus de justice dans le monde, qui était voilà une vision qui était très importante dans dans les années 60, 70 et et et au-delà.

Et puis en même temps c'est le pape et donc c'est quelqu'un qui est un guide spirituel, qui vient rappeler les exigences d'une vie dans la conformité à l'évangile, ce qui plaît à une jeunesse qui est en cherche un peu de radicalité religieuse et spirituelle.

Merci beaucoup, y une raison du closure de nous avoir accordé cet entretien. Au fond ces 4 jours seront un véritable laboratoire d'analyse sociologique, Quel visage l'Église de France montrera-t-elle au pape qui viendra à sa rencontre et quelle résonance auront ces mots bien au-delà des catholiques? Parmi les questions qu'ils se posent, les cas técumènes viendront-ils écouter Léon 14? Un chiffre pour mesurer le phénomène à Pâques 2026, 13234 adultes ont été baptisés en France, c'est 28 pour 100 de plus qu'en 2025 et 3 fois plus qu'il y a 10 ans, Les 18, 25 ans sont les plus nombreux, il y a désormais autant de personnes sans tradition religieuse que de personnes issues de familles chrétiennes, un vrai laboratoire pour Yann Raison-Duclosiou.

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