
Deux histoires entrelacées de guérison et de résurrection
L’Évangile selon saint Matthieu rapporte deux récits liés : la résurrection de la fille d’un notable et la guérison d’une femme souffrant d’hémorragie depuis douze ans. Ces deux histoires, mêlées l’une à l’autre, révèlent des dimensions complémentaires de la foi et de l’intervention du Christ.
Pourquoi ces deux histoires sont-elles ainsi imbriquées ?
Plusieurs explications se dégagent du récit. D’abord, il s’agit du destin de deux femmes pour lesquelles l’appel de la vie s’est refermé : l’impuissance à donner la vie pour la première, la perte d’espoir de la transmettre un jour pour la seconde. C’est aussi la force de la foi des deux personnes qui sollicitent l’intervention de Jésus. Mais c’est aussi tout simplement parce que la femme qui souffre d’hémorragie vient soudain interférer dans la requête de l’homme : une nouvelle urgence qui interrompt le cours des choses.
L’audace des deux requérants
Le notable s’approche, se prosterne devant Jésus et interrompt son discours : Ma fille est morte à l’instant, mais viens lui imposer la main et elle vivra. C’est comme s’il disait que sa demande est simple en apparence, mais qu’il faut agir vite, car plus le temps passe, moins sa fille aura de chances de revivre. Jésus répond immédiatement en se levant et en le suivant.
C’est alors qu’intervient la femme souffrant d’hémorragie. Fallait-il qu’elle fût dans un grand désarroi pour arrêter Jésus dans son élan et prendre la priorité sur le père éploré. Cette femme ne dit pas un mot. Sa demande est encore plus pressante que celle de l’homme : tout se joue dans son esprit. Elle se dit : si je parviens seulement à toucher son vêtement, je serai sauvée. À peine fait-elle le geste que Jésus se retourne et lui dit : Ta foi t’a sauvée. Le salut lui est donné dans l’instant même, avec la guérison.
La résurrection de la fille du notable
Aussitôt, Jésus parvient à la maison du notable. Il commence par faire cesser toutes les manifestations de deuil et affirme contre l’évidence que la jeune fille n’est pas morte mais dort. Il supporte sans répondre les moqueries pour cet apparent déni. Enfin, face à elle, un seul geste : il lui saisit la main et la jeune fille se lève.
Ce que révèle la brièveté des récits
La brièveté des deux récits dans Matthieu est saisissante. Les réponses de Jésus aux deux sollicitations sont admirables d’humanité. Au notable qui demande sa venue, il répond aussitôt et va jusqu’au bout de son désir. Quant à la femme qui souhaite le salut, comme s’il avait lu dans ses pensées, il la gratifie de tout le don qu’elle espère.
Une leçon de foi dans l’épreuve
Peut-on en conclure simplement ceci : ayons une foi à la mesure de nos détresses ? Cette formulation est étonnante, car la foi est un don de Dieu. Mais ce don nous est offert en toutes circonstances. N’ayons ni peur ni honte dans les moments d’épreuve de demander à être sauvés. Demandons-le avec audace.
Commentaire d’Anatole Laurentin, laïc missionné