play_arrow

L'invité(e) de la matinale

Municipales à Pornic : matinale spéciale à 7h

micRadio Fidélitétoday20 février 2026 92

Arrière-plan
share close
  • cover play_arrow

    Municipales à Pornic : matinale spéciale à 7h Radio Fidélité


Pornic : entre mémoire médiévale et débats d’avenir, une ville qui cherche son équilibre

Entre son château qui surplombe le Vieux Port et ses ruelles chargées d’histoire, Pornic, cette cité balnéaire aux airs de carte postale, prépare son scrutin municipal.

Pornic sous les projecteurs : une matinée spéciale élections

Mais aujourd’hui, c’est Pornic qui capte l’attention. Radio Fidélité y a posé ses micros pour une matinale spéciale élections municipales. Face à l’Atlantique, entre château emblématique et port plein de charme, la ville se raconte. Qui sont ces candidats qui veulent la façonner ? Quels enjeux pour ce territoire tiraillé entre tradition et modernité ?

Clara Bert anime cette émission depuis le West Hotel. Au programme : rencontres avec des historiens, des journalistes locaux, des habitants ou encore un regard spirituel avec le père François-Xavier Henry, curé de la paroisse Notre-Dame de la Côte de Jade.

Plongée dans le Moyen Âge porniquais

Pour comprendre Pornic aujourd’hui, il faut remonter le temps. Pierrick Rousseau, auteur des *Âmes suppliciés*, nous embarque au XIe siècle. À cette époque, Pornic n’était pas une ville balnéaire. Plutôt un point stratégique, une garnison modeste scrutant la mer. Quelques pêcheurs, une église perchée – Saint-Gilles sur les hauteurs –, et des vies rythmées par les prières.

« Imaginez cette petite bourgade balayée par le vent, le sel marin, » raconte Pierrick. « La vie était rude. On besognait dur. Et la foi structurait tout. » Sept fois par jour, les cloches appelaient à la prière. En cette période, on se serait préparé à la troisième : prime, celle qui marque l’arrivée de la lumière.

Le pouvoir ? Pas question de l’élire. On héritait du sang, pas du vote. La famille de Retz contrôlait les châtellenies alentour – Prié, Machecoul, le monastère de Buzay. Le château de Pornic ? Une bâtisse sombre en bois, une garnison guettant les menaces venues de la mer. Les Plantagenêt lorgnaient le territoire, tout comme le duché de Bretagne.

Mais déjà, les moulins hydrauliques exploitaient la force des marées. « On croit que les usines marémotrices sont une invention des années 60, » s’amuse Pierrick. « En fait, utiliser la puissance motrice des marées, c’était déjà fait ici. » Ces roues verticales, héritées de l’Antiquité, tournaient au rythme de l’océan.

Aujourd’hui, des traces subsistent. Des croix, des calvaires au détour des rues. Des reliques d’un culte ancien. Il faut y être attentif. Lever les yeux. Chercher les vestiges.

Une ville qui divise autant qu’elle séduit

Mais qu’en pensent les Porniquais d’aujourd’hui ? Les avis divergent, c’est le moins qu’on puisse dire.

« L’été, ça vit beaucoup, » confie un habitant. « Parfois le signal mobile est même mauvais à cause du monde. Mais l’hiver, c’est calme. Pas grand-chose pour les jeunes. Il faut vite aller sur Nantes ou La Baule. »

Une autre voix s’élève : « C’est dynamique, ça bouge. Mais il n’y a pas assez de choses pour les jeunes. C’est un vrai problème. »

Certains regrettent l’évolution. « Je suis né ici, j’ai toujours vécu ici. Il y avait du charme. Maintenant, il y a trop de bâtiments, trop de gens de l’extérieur. Les vrais Porniquais, ils ne sont plus beaucoup. »

D’autres applaudissent. « Beaucoup d’activités toute l’année. Un tissu associatif très développé. Pour moi, la ville est très bien gérée. J’arrive de Nantes, je vois la différence. C’est que du bonheur. »

Mais un point fait consensus : le manque d’infrastructures. Stationnement difficile. Peu de bars pour les jeunes. Une ville qui vieillit, qui attire les retraités. « J’aimerais plus de concertation, » lance une Porniquaise. « Qu’on demande aux citoyens ce qu’ils veulent vraiment. »

Les défis d’une croissance galopante

Hervé Pinson, rédacteur en chef du « Courrier du Pays de Retz », connaît ces tensions par cœur. Depuis onze ans, il couvre l’actualité locale. « C’est une claque quand on vient de la campagne normande, » sourit-il. « Ces pêcheries, ce cadre… À trois quarts d’heure de Nantes, c’est un luxe. »

Mais derrière la carte postale, les problèmes s’accumulent. Un sondage récent du journal a recueilli plus de 600 réponses. Premier sujet de préoccupation ? La santé. « L’accessibilité aux soins, pour plus de 70 % des gens, » précise Hervé. « 500 nouveaux habitants par an depuis plusieurs années. On est à 18 500 habitants. Une des plus fortes croissances de Loire-Atlantique. »

Résultat : pénurie de médecins traitants. Sur les réseaux sociaux, les appels se multiplient. « Quelqu’un connaîtrait un médecin qui prend encore des patients ? » Une communauté locale de santé s’organise, cherche des solutions. Mais c’est compliqué.

Deuxième préoccupation : la mobilité. 46 % des répondants réclament plus de connexions. Plus de trains. Les étudiants doivent partir étudier ailleurs. Les travailleurs filent vers Nantes ou Saint-Nazaire – les chantiers navals, Airbus. « On est obligés d’aller dans les grands centres, » soupire Hervé.

Viennent ensuite la sécurité, l’environnement, le logement. 700 demandes de logements sociaux en attente. Des années d’attente. Partout, des grues, des pelleteuses. Dans la Ria, rue de Nantes. « Il faut faire de la place, » résume Hervé. « Mais ça prend deux ans minimum pour sortir un programme. »

Une campagne apaisée… en apparence

À un mois du scrutin, l’ambiance reste relativement sereine. « Je trouve qu’il y a un certain respect entre les candidats, » estime Hervé. « Pas de tensions choquantes. Des programmes très différents, mais pas de climat délétère. »

Pourtant, les réseaux sociaux s’enflamment régulièrement. Un candidat initialement invité au débat de ce matin a finalement été écarté, en conflit avec la maire sortante. Polémique. Réactions vives. « Ça cristallise les problèmes du centre-ville, » analyse Hervé. « Stationnement, circulation, mobilité. »

Les commerçants réclament des places de parking. Les personnes âgées – nombreuses à Pornic – veulent pouvoir accéder facilement aux commerces. « L’hiver, c’est compliqué, » reconnaît Hervé. « Marcher des centaines de mètres sous la pluie pour aller au restaurant, c’est pas évident. Mais comment on fait ? Plus de navettes ? Qui paie ? »

Le journal avait titré un jour : « Pornic, ville de vieux. » Provocateur, certes. Mais révélateur. « Sur la courbe démographique, les personnes âgées sont les plus représentatives, » confirme Hervé. « C’était pas péjoratif. Juste un constat. »

Regards spirituels et horizon municipal

Au cœur de cette matinale spéciale, un autre regard s’est invité : celui du père François-Xavier Henry, curé de la paroisse Notre-Dame de la Côte de Jade. Depuis son clocher ouvert sur l’Atlantique, il observe lui aussi les mutations de la ville.

« Une commune, ce n’est pas seulement des routes, des parkings ou des permis de construire. C’est une communauté humaine », rappelle-t-il. Pour lui, l’enjeu n’est pas d’opposer anciens et nouveaux habitants, jeunes actifs et retraités, mais de recréer du lien. « La question, c’est : comment fait-on société ici ? »

À Pornic, les cloches ne rythment plus sept offices quotidiens comme au XIe siècle, mais elles sonnent encore. Comme un fil tendu entre passé et présent. Entre l’église perchée d’hier et la ville balnéaire d’aujourd’hui.

Entre héritage et projection

Dominé par le majestueux Château de Pornic, le Vieux Port demeure le symbole de cette continuité. Autrefois forteresse stratégique convoitée par les seigneurs de Retz et les puissances voisines, il est devenu décor de carte postale, théâtre de balades familiales et de couchers de soleil photographiés mille fois.

Mais derrière l’image, la réalité est plus complexe.

La croissance démographique – l’une des plus fortes du département – impose des choix structurants. Construire sans dénaturer. Accueillir sans exclure. Dynamiser sans bétonner. Les 700 demandes de logements sociaux en attente traduisent une tension réelle. Les 500 nouveaux habitants par an transforment en profondeur les équilibres.

La question n’est plus seulement : « Quelle ville voulons-nous ? »
Elle devient : « Pour qui la voulons-nous ? »

Une ville à l’heure des choix

À l’approche du scrutin municipal, Pornic apparaît comme un concentré des défis des villes littorales françaises : attractivité, vieillissement, pression immobilière, mobilité, accès aux soins.

Ville de mémoire, avec ses calvaires et ses vestiges médiévaux.
Ville de passage, rythmée par les saisons touristiques.
Ville d’avenir, qui cherche un modèle durable.

Les débats restent, pour l’instant, mesurés. Les programmes s’opposent sans s’invectiver. Mais sous la surface calme, les attentes sont fortes. Les habitants veulent être entendus. Consultés. Associés.

Entre la mer qui avance et la terre qui se construit, Pornic cherche son équilibre.

Et peut-être est-ce là, finalement, le cœur de cette campagne : trouver la juste mesure. Entre tradition et modernité. Entre identité et ouverture. Entre silence hivernal et effervescence estivale.

Dans le vent salé qui balaie le port, une question demeure suspendue :
Quel cap les Porniquais choisiront-ils pour écrire la prochaine page de leur histoire ?


L'invité(e) de la matinale

Rate it