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L'invité de la matinale Nantes – Radio Fidélité · 14 septembre 2026
Agriculture en crise : les aides suffisent-elles face à l’été « sans précédent » ? avec Antoine Baron, président de la confédération paysanne 44
Un été violent en Loire-Atlantique
Cet été a été marqué par des températures exceptionnelles atteignant 45 degrés, des restrictions d’eau et des pertes massives de production agricole. Antoine Baron, éleveur de bovins laitiers et président de la Confédération Paysanne de Loire-Atlantique, dresse le bilan des conséquences concrètes pour les exploitations du département.
Les impacts directs sur les exploitations
Les pertes ont été considérables et multiples : perte de fourrage avec les prairies et le maïs qui ont peu poussé, stocks massifs distribués aux animaux, et animaux affaiblis par les chaleurs extrêmes nécessitant plus de soins et d’accompagnement. Sur une exploitation représentative de polyculture-élevage en Loire-Atlantique, les pertes s’élèvent à environ 35 000 à 40 000 euros.
Les sols se sont desséchés extrêmement vite après un printemps conforme à la normale, voire légèrement arrosé. Cette violence climatique a généré du stress et de la fatigue physique et mentale chez tous les agriculteurs du département.
L’irrigation en Loire-Atlantique : une question mineure mais réelle
Seuls 2 à 3 % des surfaces agricoles en Loire-Atlantique sont irriguées, principalement pour le maraîchage et l’arboriculture, ainsi que quelques cultures fourragères en Sud Loire et région d’Ancenis. La majorité du département pratique l’agriculture en sec.
Pour les maraîchers, l’été a été particulièrement catastrophique : pertes de production fortes, impossibilité de vendre faute de produits, et difficultés qui s’étaleront sur le long terme. Les plants sont morts et certains seront difficiles à retrouver pour relancer les cultures. De plus, les maraîchers ont dû travailler intensivement pour mettre des voiles d’ombrage, gérer l’irrigation, manipuler des tuyaux et des vannes en permanence, ce qui a amplifié l’épuisement physique et les difficultés économiques.
Les mesures gouvernementales jugées insuffisantes
La semaine précédente, un plan national de 1 milliard d’euros a été annoncé par Annie Genevart, décliné en Pays de la Loire avec un fonds de réarmement agricole de plus de 16 millions d’euros. Le préfet de région a promis un premier versement en octobre.
Cependant, ce plan s’avère très insuffisant : réparti entre 30 000 exploitants en Pays de la Loire, il ne représente que 500 euros par exploitation. Pour une ferme ayant subi des pertes de 35 000 à 40 000 euros, c’est insignifiant. L’ensemble des syndicats agricoles réunis en préfecture ont convenu qu’il serait inefficace de distribuer cette aide de façon très largement dispersée. Ils réclament au contraire que l’aide soit concentrée sur les fermes les plus en difficulté, pour avoir un véritable impact.
L’indemnité de solidarité nationale : des critères qui ne correspondent pas à la réalité
Le principal levier attendu reste l’Indemnité de Solidarité Nationale (ISN), qui prend en charge les pertes de production exceptionnelles. Cependant, ce dispositif pose plusieurs difficultés.
Pour les prairies, l’ISN se déclenche lorsqu’on perd 50 % de sa production annuelle. Or, en Loire-Atlantique, le printemps ayant été correct, les exploitations devraient atteindre les 50 % de pousse normale sur l’année. Malgré les pertes d’été, elles ne seront donc pas éligibles à l’ISN. C’est d’autant plus problématique que, bien que des stocks de foin et d’ensilage aient pu être constitués au printemps, les animaux ont dû en consommer beaucoup plus que d’habitude l’été — puisqu’ils ne pouvaient pas pâturer — rendant la situation fourragère très précaire.
Pour les productions plus atypiques, il n’existe pas de références, ce qui rend l’accès à l’ISN encore plus compliqué.
Les besoins réels : trésorerie et débouchés
Au-delà des montants d’aide, les vrais enjeux sont la rapidité de versement et l’avancement des paiements de la PAC. Les trésoreries des exploitations sont à sec, et les aides doivent arriver en urgence.
La période la plus critique à venir sera la fin de l’hiver et le début du printemps 2025, quand il faudra réimplanter toutes les cultures d’automne et de printemps sans aucune récolte réalisée. C’est toujours une période de très forte tension sur les liquidités, et de nombreuses exploitations risquent de se retrouver complètement à sec.
Un besoin de projet politique pour l’agriculture
Au-delà de l’urgence financière, Antoine Baron souligne un problème plus profond : l’absence de projet politique d’avenir pour l’agriculture française et européenne depuis près d’une dizaine d’années. Les exploitants sortent de cet été découragés, fatigués et inquiets, non seulement par les difficultés à court terme (comment nourrir les animaux, trouver les liquidités pour continuer), mais aussi par l’absence de vision long terme.
Ce qui manque, c’est une politique qui dise clairement quelle agriculture on souhaite dans 10, 15 ou 20 ans, et ce qui sera supportable et adapté au territoire et à la population. Sans ce projet d’avenir, l’agriculture ne peut que rester en mode de survie, tentant de maintenir un statu quo fragile.
La critique de la loi d’urgence agricole
En août, le Conseil constitutionnel validait l’essentiel de la loi d’urgence agricole, y compris la réintroduction dérogatoire d’un pesticide néonicotinoïde interdit en France. Antoine Baron critique cette orientation : elle s’inscrit dans une logique qui continue à intensifier des pratiques arrivées au bout, au lieu de réorienter l’agriculture pour s’adapter au futur climatique et environnemental. Ces mesures donnent de faux espoirs aux agriculteurs et s’avèrent sans effet quelques semaines après leur adoption. Elles ne prennent pas le problème par le bon bout.
L’Union européenne et les importations de viande brésilienne
L’annonce de la suspension par l’Union européenne de ses importations de viande brésilienne, en raison de manquements aux normes sanitaires sur l’usage des antibiotiques, est accueillie favorablement par la Confédération Paysanne. C’est un premier pas vers la mise en œuvre des clauses miroirs et des échanges équitables, une demande que les syndicats dénonçaient notamment lors des discussions sur l’accord du Mercosur.
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